Mohammed Hachemaoui compare les systèmes politiques algérien et marocain.docx

  • Published on
    26-Dec-2015

  • View
    68

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

Mohammed Hachemaoui compare les systmes politiques algrien et marocainIls profitent une minorit au dtriment de la majorit

Les rgimes politiques marocain et algrien sont-ils identiques, usent-ils des mmes procds de corruption ?Mohammed Hachemaoui, docteur en sciences politiques, tente une rponse ces questions travers une analyse publie dans la dernire livraison de la Revue internationale de politique compare. Intitule Institutions autoritaires et corruption politique : lAlgrie et le Maroc en perspective compare, lanalyse de Hachemaoui arrive cerner les caractristiques des deux rgimes ainsi que leur mode de fonctionnement et mainmise sur leurs conomies. Tout nest pas identique dans les systmes de corruption prvalant en Algrie et au Maroc. Tandis que le premier, marqu notamment depuis le coup dEtat de janvier 1992 par la fragmentation, la d-lgitimation et la privatisation de la violence, est plus instable, le second, tirant profit de la stabilit relative du rgime et du leadership, savre plus ordonn.L o le premier se caractrise par la prolifration des bandits sdentaires, des bandits vagabonds et des transactions extraordinaires, le second se distingue par un nombre rduit doffreurs, des transactions routinires et des prix relativement stables.Aussi, est-ce pourquoi le Maroc soutenu par lancienne puissance coloniale et les ptromonarchies arabes savre plus attractif, en termes dinvestissements directs trangers, que lAlgrie. Les deux systmes, profitant une minorit au dtriment de la majorit, nen gnrent pas moins la dsintgration et les ingalits sociales, lesquelles sont une source dinstabilit, note Hachemaoui dans son article. Il prcise que malgr les contrastes qui distinguent les deux communauts politiques, les arrangements institutionnels qui sous-tendent la corruption dans les deux pays sont proches. En Algrie comme au Maroc, la corruption, institutionnalise ds les fondations des rgimes, participe dun systme politique informel. Dans les deux cas, la corruption est tire par labus de pouvoir et limpunit. Les systmes prtorien et monarchique, en diffusant une corruption endmique au bas de lchelle et une grande corruption au sommet de la pyramide, permettent aux gouvernants de fragmenter llite stratgique, dadoucir lordre autoritaire, de neutraliser le conflit de classe et dassurer la survie de leurs rgimes.

Les prtoriens en Algrie et la monarchie no-patrimoniale au Maroc

Le systme de corruption, qui est derrire de soi-disant plans de dveloppement, a pour consquences dsastreuses le maldveloppement, aggrave la dsintgration et creuse les ingalits, lesquelles font voler en clats le pacte social, indique Hachemaoui. Rgime prtorien dans le cas de lAlgrie, monarchie no-patrimoniale dans le cas du Maroc, les deux systmes se rvlent, tant du point de vue historique, politique quconomique, nettement dissemblables, dit Hachemaoui, mais nuance la diffrence en prcisant que les deux systmes nen divergent pas moins par leurs formules politiques : alors que le roi, qui exerce au Maroc un pouvoir monopolistique et non imputable, sest dot ds lindpendance dun pluralisme de faade; en Algrie ltat-major de larme, qui dtient les rnes du systme, na expriment le multipartisme quaprs lusure, au sortir de la dcennie 1980, de la formule du parti unique. Lconomie politique est un autre rvlateur de contrastes : si lconomie de march marocaine parat plutt diversifie, le systme conomique algrien, libralis au dbut des annes 1990, demeure, lui, mono-exportateur dhydrocarbures et rentier.Lanalyse soutient que les rgles du jeu dans le systme de corruption dans ces deux pays, mais aussi dans tous les pays machrek, se basent sur concentration et exercice non imputable du pouvoir; institutionnalisation des monopoles ; affaiblissement institutionnel de lEtat et de la socit civile. Ces logiques de gouvernement achvent de faonner les symptmes dun systme de corruption domin par des official moguls, cest--dire des magnats troitement lis aux gouvernants. Siger, ONA et Anas Sefrioui au Maroc, Khalifa, Tonic et Cevital en Algrie, Trabelsi, Materi et Mabrouk en Tunisie, Osman Ahmad Osman, Ahmed Ezz et Bahgat Group en Egypte, Ramy Makhlouf en Syrie, en sont des illustrations. Dans les trajectoires empruntes par les deux rgimes pour asseoir leur pouvoir, la corruption est un fondement de base. La mainmise des prtoriens sur le rgime constitue la premire rgle normative du jeu politique algrien.Le collge des prtoriens qui peut soit rester informel, soit revtir une forme organisationnelle en pousant les contours de ltat-major de lArme demeure linstitution qui dtient les rnes du pouvoir en Algrie, analyse Hachemaoui en ajoutant que le pouvoir prtorien, dpassant les limites du domaine militaire stricto sensu, couvre lensemble des activits civiles, commencer par la politique et lconomie. Le dispositif du pouvoir prtorien pntre tous les pores du corps tatique. Il comprend, par-del la cooptation des chefs dEtat et de gouvernement, la conduite des grandes oprations commerciales et financires extrieures. La police politique contrle ce domaine rserv, en permanence.

Institutionnaliser la corruption pour survivre

La prennisation de ce systme passe par linstitutionnalisation de la corruption et ce depuis lindpendance. Lallocation corrompue des ressources de lEtat permet aux prtoriens datteindre un objectif politique imprieux : obtenir le silence sinon la complicit des anciens acteurs de la guerre dindpendance dont la raction leur mise lcart pouvait, lheure des rbellions armes, menacer la stabilit du rgime naissant, indique Mohammed Hachemaoui en soulignant que la concurrence sur le partage des prbendes se pose, face la rpression politique, comme le seul jeu admis par le systme.La rpartition des butins se fait entre cercles ferms : La rpartition des prbendes, qui dure jusquau dbut des annes 1970, est sous le contrle des services de la Scurit militaire. Les clients coopts qui obtiennent, bas prix, droits dacquisition et concessions, forment le premier noyau du secteur priv. Celui-ci est constitu pour lessentiel danciens chefs maquisards, seigneurs de guerre, marchands darmes et/ou leurs parentles respectives. La corruption politique concerne, aussi, llite militaire en place. Le groupe dirigeant, craignant les tentatives de putsch, est contraint de cder aux chefs des rgions militaires des fiefs et des circuits lenrichissement en compensation de la monopolisation grandissante du pouvoir rel par lui exerc.Evoquant en parallle, le dbut de linstitutionnalisation de la corruption au Maroc, lanalyste tient prciser dabord la diffrence de Constitution des deux rgimes. Le Maroc, sous protectorat franais de 1912 1956, na pas subi, comme lAlgrie, les effets destructeurs de la colonisation de conqute et de peuplement sur la communaut traditionnelle. Sous limpulsion du marchal Lyautey, le protectorat franais y a mme prserv le sultan et le makhzen en veillant les dpossder toutefois de leurs fonctions de gouvernement et de patronage. Fort de cet hritage historique, le sultan Mohammed V est parvenu, depuis son retour hroque dexil en 1955, simposer trs vite au centre du jeu politique : en divisant les factions nationalistes dun ct, en salliant aux notables ruraux ci-devant allis du protectorat franais de lautre. Alors que lindpendance contribue accrotre lautorit et le pouvoir du monarque, la dcolonisation, progressive et non brutale comme en Algrie, permet celui-ci de prendre possession des plus belles terres et de devenir le plus grand propritaire foncier du royaume.Et donc : La domination sultanienne concourt la restauration du makhzen comme source principale de distribution des bnfices aux clientles du Palais. Hassan II, qui succde Mohammed V en 1961, poursuit lentreprise entame par son dfunt pre. Un systme de corruption simpose, comme dans lAlgrie des prtoriens, titre de march de substitution la participation et la contestation. Et dajouter : La corruption politique a, pour reprendre lexcellente analyse de John Waterbury, permis au roi de lier les intrts des officiers suprieurs de larme (berbres pour la plupart), des hauts fonctionnaires du ministre de lIntrieur et des notables ruraux la survie du rgime. La bourgeoisie de Fs est mise contribution dans cette mise en alliance de la clientle du souverain. Du ct de lAlgrie, la prbende est distribue par la mise sous monopole du cercle du pouvoir de tout lappareil conomique. Les gouvernants algriens, exerant les pouvoirs dEtat sans contrle ni reddition des comptes (accountability), rigent ou prennent possession de multiples monopoles logs dans diffrents lieux de lconomie.Le contrle, selon Hachemaoui, sexerce par le truchement des fameux intermdiaires institutionnels marchands darmes, anciens maquisards, ambassadeurs et affairistes lis aux dirigeants qui tirent de colossaux bnfices travers le jeu des pots-de-vin et des commissions auquel donnent lieu la conclusion, par lEtat mono-exportateur dhydrocarbures, des gros contrats relatifs lachat darmement, dquipement, dusines et dinfrastructures cls en main. Hachemaoui rappelle que le gouvernement des rformateurs sous la coupe de Mouloud Hamrouche avait tent de mettre fin cette structure du-tout-corruption. Les mesures prises lpoque, en sattaquant aux leviers de la corruption politique, suscitent lhostilit des matres du systme. Ces derniers parviennent, par le truchement de la dirty tricks politics et lintervention de larme en juin 1991, faire chec lentreprise de sortie du rgime dautoritarisme et de corruption. Aprs 1992, les oligopoles privs, directement lis aux chefs prtoriens, viennent la rescousse et hritent du monopole commercial.Les gouvernants rigent, lombre de lextraversion de lconomie et de la privatisation de la violence, des oligopoles commerciaux grce auxquels ils sont trs rapidement devenus linscurit favorisant la prdation rapace 71 de puissants (protecteurs de) magnats dans limportation des produits alimentaires de premire ncessit, des mdicaments, des matriaux de construction, etc., note Hachemaoui. Prenant exemple sur le Maroc, les prtoriens algriens, qui suivent de trs prs le modle du Maroc, cherchent russir la greffe capitaliste.Au Maroc, les banques commerciales, qui forment au Maroc un oligopole restreint, savrent le principal instrument de contrle du makhzen Hassan II, parvenu exercer une influence considrable sur le secteur priv, peut contrairement aux prtoriens algriens qui misent sur la rente ptrolire et limport approfondir linsertion de son pays dans le mouvement de la mondialisation, sans avoir craindre la dfection des grandes familles.Mohammed VI est sur la mme voie, puisque depuis son intronisation la tendance est la concentration capitalistique et laccroissement du patronage du makhzen la fortune personnelle du roi estime par Forbes tant passe, lheure o le taux de pauvret au Maroc a atteint, selon le PNUD, plus de 18%, de 500 millions en 2000 2,5 milliards de dollars en 2009. La justice tant dans les deux cas entre les mains des rgimes, les affaires et scandales financiers qui se font jour jouissent dune impunit totale. Les processus rvolutionnaires enclenchs en Tunisie et en Egypte dvoilent au grand jour deux dimensions saillantes: les liens structurels entre corruption et rgime politique ; la centralit quoccupe la question de la corruption dans la d-lgitimation thique des rgimes. Les systmes prtorien et monarchique en vigueur dans cette rgion pourront-ils prsent fonctionner sans ce mode de gouvernement ? Lattitude des clans Ben Ali, Moubarak, El Gueddafi et Al Assad face aux mobilisations protestataires le montre bien : les groupes dominants ne renoncent pas facilement aux intrts acquis. Les trajets institutionnels faonns depuis les fondations tant robustes et difficiles changer, les agendas de rformes proposs par les dirigeants sous la pression des soulvements populaires seront valus laune dune donne fondamentale: le dmantlement des arrangements liant institutions politiques et corruption systmique, conclut Mohammed Hachemaoui. R. P.

Quand le pouvoir rcupre le tribalisme son profitPourquoi aprs plus dun sicle charg de ruptures allant de lcroulement du makhzen turc la colonisation de peuplement, de la dsagrgation de la tribu la dpossession foncire, de la domination coloniale au triomphe du nationalisme, de la rvolution socialiste la umma, le fait tribal savre-t-il aussi prvalent dans lAlgrie de Bouteflika?Le politologue Mohamed Hachemaoui a publi en mars dernier dans les Cahiers dtudes africaines Y a-t-il des tribus dans lurne ? Sociologie dune nigme lectorale, une tude qui entend dmontrer, dabord, la prgnance du tribalisme sans tribu. Et qui semploie montrer, ensuite, la prvalence du clientlisme politique et de la corruption lectorale ; lhybridation des trois rpertoires prsidant la fabrique du politique en situation autoritaire. En voici un extrait.Dans son tude (voir papier ci-contre), Mohammed Hachemaoui a apprhend le puzzle tribu/politique Tbessa. Quatre raisons ont motiv ce choix. La premire est inhrente au fait tribal : Tbessa est un bled anciennement tribal, explique-t-il. La deuxime est immanente au pouvoir dtat : Tbessa est langle droit du fameux triangle du BTS (Batna-Tbessa-Souk Ahras) dans lequel se recrutait une bonne partie de llite dirigeante des annes 1980 et 1990. La troisime est lie lintensit du jeu social : aucun parti politique, pas mme la machine lectorale du rgime qui soctroie ailleurs la majorit des bulletins, nest parvenu, depuis le retour aux lections lgislatives en 1997, obtenir, dans la circonscription de Tbessa qui comprend 350 000 lecteurs, plus de deux siges sur les sept dont elle dispose ; la quatrime considration est affrente lconomie de larne locale : Tbessa est devenue une place forte du blanchiment de largent des circuits de la contrebande en Algrie. Lenqute sest droule sur plusieurs sjours de recherche, dune dure de deux trois semaines, entrepris entre 2002, 2003 et 2004. Le matriau constitu comprend des sources de premire main et des documents indits (des entretiens qualitatifs avec candidats, lus, notables, fonctionnaires, militants, financiers et cadres de partis ; lobservation directe de meetings, runions partisanes huis clos et autres festins ; sources crites (documents de travail des appareils partisans locaux, rapports confidentiels dinstitutions de ltat, publications dacteurs locaux, tracts).

Mohammed Hachemaoui passe au crible ses effets dvastateursCorruption politique, le nerf de lordre autoritaireLa voix ponctue de trmolos, le dernier intervenant au panel 5 consacr lanalyse du rgime politique algrien, le politologue Mohammed Hachemaoui, contient difficilement son motion.Et pour cause: cest la premire fois quil partage le fruit de ses travaux devant un public algrien, des travaux qui portent sur la corruption politique. Un gros morceau. Autant dire une bombe. En sattelant une si lourde tche, Hachemaoui qui a par ailleurs le mrite dtre le concepteur de...