Salanskis Continu, Cognition, Linguistique

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Reflection on the continuum from the standpoint of mathematics, linguistics and philosophy. Text in french.

Text of Salanskis Continu, Cognition, Linguistique

  • 03/02/2015 Salanskis:Continu,cognition,linguistique

    http://www.revuetexto.net/19962007/Inedits/Salanskis_Continu.html 1/26

    CONTINU,COGNITION,LINGUISTIQUE

    JeanMichelSALANSKISUniversitdeLilleIII,CAMS

    (ExtraitdeRastier,F.(d.),SensetTextes,Paris,Didier,1996)

    SOMMAIRE:Introduction1.Lgitimitsdiversesducontinuparrapportaulinguistique1.1.L'entreperceptive1.2.Ledynamismecognitif1.3.Uncontinudusens?2.Espacecognitif,espacetranscendantal2.1.Positionduproblme2.2.Lepointdevuecognitif:Talmy,Poincar2.3.Confrontationdel'espacecognitiflinguistiqueetdel'espacetranscendantalgomtrique2.4.Laconceptionphnomnologiquedel'enracinement2.4.1.Indicationsgnralessurlerapport2.4.2.L'espaceorientpourlecorpsetl'intuitionpure3.Conclusion:ladisputeducontinu

    Introduction

    Le continu, nous l'envisageons d'abord, dans cette tude, comme le signifi d'une activit delangageparticulireetprivilgiebeaucoupd'gards,l'activitmathmatique.Cetteactivit,qui,aujourd'hui,alieusuivantladontologieformelle,prendplusspcialementlenomd'analyserelleoucomplexelorsqu'elleviselecontinu.Aucoursdelapriodercente,elleaproduitunequantitimmense de savoir, dont une part ellemme considrable se range sous le titre gomtriediffrentielle.Denombreuxaspectsdecesavoirs'investissentdanslaphysiquemathmatiquedecesicle,pour laplusgrandegloireet leplusgrandsuccsdecettedernire : lemariagede lagomtrie diffrentielle et de la physique, clbr la fin duXVIIe sicle avec la naissance ducalculinfinitsimal,continued'trelefaitmajeurlasciencemoderne,ycomprisductdelathoriequantique,reboursdecequ'imaginentdesgenstropimpressionnsparlecaractrediscretdesniveauxd'nergiedel'atomed'hydrogne.

    La linguistique, mais avec elle plus gnralement les diverses disciplines de la constellationstructuraliste,ou,plusprsdenous,delagalaxiecognitive,n'onttoutd'abordpassuivilemodlede la physique du point de vue de ce rapport au continu. La voie de la formalisation futemprunte,maisonacefaisantsystmatiquementprivilgilamathmatiquediscrte.Sil'onenaus ainsi, c'est sans nul doute pour de bonnes raisons, ayant trait l'intuition que l'on avait del'objetdontons'occupait.

    Aujourd'hui,cependant,diversestentativesdemodlisationoudedescriptiontmoignentdecequecettepremireoptionn'taitpeuttrepas irrversible,et leprsentcolloquerendmanifestequecetteremiseenquestionatteintlalinguistiqueellemme.Nousdisonslalinguistiqueellemmeparcequelalanguesembledeprimeabordprsenterunediscrtionpourainsidireimprenable,etqu'une thorisation continue apparat donc commeapriori maximalement improbable dans soncas.

    Nous savons, cela dit, dans quelle circonstance le continu parvient nanmoins concerner lalinguistique:cequi joueunrledcisifest ici laproblmatiquecognitive, le faitque la recherchelinguistiquesetrouvedeplusenplusappeles'insrerdanslecadreplusgnraldel'tudeobjectivedelacognition.Nousallonsdonctenterdeprcisercommentlaproblmatiquecognitiveparvient importer le continu dans le champ linguistique, en distinguant cet gard plusieursmodalits. Lamthode suivie estphilosophique, c'estdire que nous tentons chaque fois decaractriser philosophiquement la perspective dans laquelle le continu est sollicit par la thorie

  • 03/02/2015 Salanskis:Continu,cognition,linguistique

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    cognitive,etlamesuredanslaquellecettemobilisationconcerneleniveauproprementlinguistique.

    C'est ainsi que nous abordons dans ce qui suit trois points, correspondant aux trois types delgitimationpossiblesdel'interventiondelagrammaireducontinuqu'estl'analyserelledanslesmatirescognitives:lalgitimationparleperuetlaperception,lalgitimationparl'approchedynamicistedel'activitcognitive,lalgitimationparlapriseencompted'uncontinudusens.

    Mais nous prendrons aussi, dans un second temps, le problme dans le sens inverse : ladescription linguistique dgage quelque chose comme une grammaire du continu habitantl'usage ordinaire de la langue, qui fait en quelque sorte concurrence au dispositif logicomathmatique,rfrenceimplicitedetoutlediscourssurlecontinuquiprcde.Nousessaieronsdonc d'analyser le rapport entre les deux niveaux d'laboration du continu disponibles, qui seprsentent en l'occurrence comme deux niveaux d'laboration de la spatialit. Nous profiteronsalorsdufaitquelaquestiondurapportentreunespacecognitifetl'espacedelagomtrieadjt pose dans l'aire philosophique, propos de l'interprtation de la doctrine kantienne del'esthtiquetranscendantale.

    1.Lgitimitsdiversesducontinuparrapportaulinguistique

    1.1.L'entreperceptive

    Unepropritfondamentaledel'activitcognitiveestqu'ellesemetenrapportaveclemonde.Ilestdonc possible d'introduire le continu dans le champ linguistique en invoquant la dpendance dulangagesurlaperception:laperceptionoudumoinsleperua,jugeonsnous,toutvoiraveclecontinu.

    C'estbiencequeditPylyshynlorsqu'ilparledetransduction:pourlui,unefonctiondetransductionest une fonction qui envoie certain classes of physical states of the environment intocomputationallyrelevantstatesofadevice.Maisladifficultproprelatransduction,cequifaitquelatransductionn'estpasuncalculsymbolique,c'est,Pylyshinlesignalenouveauentermesonnepeutplusclairs,lefaitquelesparamtresdeladescriptionphysiquesontincommensurablesavecleregistresymbolique:

    Physicaldevicesrespondtophysicalmagnitudes(thatis,thebasicdimensionofphysicsforce,time,length).Thedevelopmentoftechnologicaltoolsformechanicalorelectricaltasksisintimatelyrelatedtothedevelopmentofphysicaltheory.Whatmakesspeechseemhighlyvariableisthatwelack physical dimensions that correspond to phonetic similarity in other words, we lack adescription,inphysicalterms,thatwillgroupsoundsintoperceptuallysimilarclasses.

    Formulainsi, leproblmeapparatcommelicequesont lesparamtresphysiquesde force,tempsoulongueur:ilprocdeplusprcismentdecequ'cesparamtressontassocisdanslathorisationphysiquedesdomainesmathmatiqueso leursvaleursdoivents'inscrire,domainesquisont tousconstruitssur lemodlemathmatiqueducontinu linaireR.Passerdecequiestainsid'abordrapportunecollectiondenombresrels,decequiest leplussouvent interprtcommeunpointd'unevaritdiffrentiableplusoumoinscomplexe,passer,donc,via uncritremathmatiqued'assimilationde cequi vaut symboliquement comme lemme,de l'informationsymbolique, est le problme dit de la transduction, dont Pylyshyn donne comme exemple dersolutionpartielle lestravauxdeMarr(maisonpeutaussiciter l'approchemorphodynamiqueduproblmede la reconnaissancedes formessensiblesexternesproposeparPetitotdansPetitot[1991],etl'tudeprsenteparlemmeduproblmedelaperceptioncatgorielledansPetitot[1985]). Ce problme a ses attraits, ses difficults et son langage, mais ce que nous voulionsseulementsouligner,c'estquelecontinu,jusquel,n'intervientqueparcequ'ilintervientengnraldanslamodlisationphysique,iln'yaaucunmotifproprementlinguistiquedelefairecomparatre.L'ide est simplement qu'il y a une prparation de toute activit cognitive linguistique dans latransduction,etquelatransductionpardfinitioncommencedansununiversconventionnellementmodlisparlecontinu.

  • 03/02/2015 Salanskis:Continu,cognition,linguistique

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    Certes,ilyabienunesecondeinstancedel'affaireperceptivepourlelangage:depuisquel'onacommePylyshynposleproblmedel'entredusystmecognitifentermesdetransduction,onjugeparalllementquelabarrireentrelatransductionetlecalculsymbolique,entrelepassageduphysique au symbolique et l'opration symbolique ellemme, est essentiellement relative, floue,variable.CitonscettefoislercentarticledeChalmersFrenchHofstadter:

    RecentlybothPylyshyn(1980)andFodor(1983)havearguedagainst theexistenceof topdowninfluences inperception,claiming thatperceptualprocessesarecognitively impenetrableofinformationally encapsulated . These arguments are highly controversial, but in any case theyapply mostly to relatively lowlevel sensory perception. Few would dispute that at the higher,conceptuallevelofperception,topdownandcontextualinfluencesplayalargerole.

    Certes,unediscussions'amorcepartirdecesconsidrations,etelleaurancessairementdesretentissementssurleniveauproprementlinguistique:lefaitquelelangagesoitlemdiumdelarecognition, comme le pointent ChalmersFrenchHofstadter, contraint une certainecommensurabilit, unecertaine relation lesoprationsdu langageet la fonction transductive : laperception s'achve dans la recognition. Comme ChalmersFrenchHofstadter explicitent lecaractrekantiendecettediscussion,ilpeuttresimpleetclairantdedirequeceproblmeseraitdanslelexiquekantienceluiduschmatisme,alorsquelepremierseraitceluidelasensibilitetdel'intuitionpure.Entouttatdecause,lorsqu'onaditcela,onn'apaschanglefaitquelecontinuqui vient ainsi concerner vritablement le niveau linguistique au niveau de sa fonctionschmatisante, est le continu de la physique, le continu imput par la physique l'tant spatiotemporeldelanature.

    Enfait,notreassimilationduproblmeceluiduschmatismeestfoncirementinexacte,ouplutt,elleentretientuneconfusion.L'examende la littraturecognitivervlequ'ilyaplusexactementdeuxproblmes:

    Le problme de ce que l'on pourrait appeler la prparation transductive des actes decatgorisation, de recognition dlivrs dans et par le langage : la stratgie mathmatique etl'implantation sur rseaudontPetitot rend compte dansPetitot [1991] nous semblent relever decette rubrique dans l'exactemesure o les archtypes cognitifs y sont les termini ad quemininterrogsdutravaildurseau.

    Leproblmeduschmatismeausensplusprcisduterme,etquiestaufondleproblmedelamesuredanslaquellelelangagesetransposedeluimmedansleregistrecontinuduperu:ceserait,parexemple,leproblmedecomprendrecommentlelangagepeutprescrirelasignificationcontinuedesdiagrammesdeLangacker(s'ilyenaune).

    Le trans de transduction et transposition, selon les cas, ne va pas dans lamme direction. Lapremireproblmatiqueest cellede laprparationphysiquedusymbolique (dans les termesdePylyshyn), la seconde celle du pouvoir s