Jean Pierre Faye, La critique du langage et son economie.pdf

  • View
    191

  • Download
    4

Embed Size (px)

DESCRIPTION

1973

Text of Jean Pierre Faye, La critique du langage et son economie.pdf

  • l 1

    1 ! 1LA CRiTiQUE U A GAGE

    / ET SON ECONOMiE 1' .

    ; 1-1

    DITIONS GALIL E

  • . '

    Langue

  • la critique du langage et son conomie

    Classes sociales, articulation, pouvoir.

    aux combattants chiliens de l'unit populaire

    et de la gauche rvolutionnaire 18 septembre 1973.

  • DU MEME AUTEUR

    A ux ditions Galile

    Luttes de c/asses a Dunkerque. Les morts, les mots, les appareils d'Etat , Cahiers Luttes, 1, 1973.

    Chez d'autres diteurs

    Thorie du rcit, Hermann, 1972. Langages totalitaires, Hermann, 1972. Hypotheses (avec Roman Jakobson, Morris Halle, Noam

    Chomsky, Jean Pars, Jacques Roubaud, Mitsou Ronat). Seghers/Laffont, collection Change, 1972.

    lskra. Narration pour Lnine. Seghers/Laffont, 1972. Hexagramme. Seghers/ Laffont (a paraitre). Le rcit lumique. Notes pour une thorie du rcit. Seuil,

    1967. Graphie de l'idologie. Hitler et les intellectuels alle-

    mands in : Contributions a la sociologie de la con-naissance (avec Roger Bastide, J acques Derque, Lucien Goldmann, Albert Memmi). Anthropos, 1967.

    Doctrines et maximes d' Epi cure. Introduction, Hermann, 1965.

    Que peut la littrature? (avec Yves Buin, Simone de Beau-voir, Yves Berge r, Jean Ricardou, Jorge Semprun, Jean-Paul Sartre) . 1 O! 18, 1965.

    Couleurs plies. Gallimard, 1965. Holder/in (Traduction de douze poemes), GLM, 1965. La Machine Folle et l'Anti-Gohring >>, Change 12, 1972. Pouvoir, violence. Note sur le mot " Gewalt " :t, Change

    9, 1971. Eclats, Le tres sombre noyau , Change 7, 1970. ,, Destruction, rvolution, langage , Change 2, 1969.

    et

    jean pierre faye

    la critique du langage

    , . .

    son econom.1e

    ditions galile

  • /.}) ~2 1 5-z~ ~y>

    r i L (:l j g;: 1 A Yl.f.'fRft

    AVERTISSEMENT LATERAL

    Ce volume se dveloppe par retours successifs a la question qui le constitue, et ~~mme _,par rcurrence - reprenant et retra~ant ICI la fievre rcurrente de l'histoire.

    Tous droits de traduction, de reproductio~ r.tu d~a~aftation rservs pour tous les pays, y compns . . . .

    Editions Galile, 1973. Srie Langue_ >. 4. rue des Meuieres, 95430 Auvers-surise.

    . ISBN-2-7186-001 2-8

    e Le mot re;oit de l'articulation (die Articu-lation) le pouvoir de reprsenter par sa forme une partie d'un tout infini, c'est-a-dire d'une langue. Car c'est a l'articulation que nous devons la possibilit, prsente jusque dans 1~ mots isols, de former a partir de Ieurs lments et d'apres un ensemble de dtermi-nations implicites et explicites, une quantit indfinie d'autres mots, et, ce faisant, de cons- . tltuer une affinit entre tous les mots qui est la rplique de l'affinit des conceptS. :. HUMBOlDT, eber die Verschiedenheit des menschlichen Sprachbaues, 1836, p. 71 (tr. J. C. Milner).

    e La production et l'change des moyens d'existence conditionnent de leur cot la distribution, l'articulation (die Gliederung) des diffrentes classes sociales. ~

    MARX, Deutsche Idologie, l.

    Pour HuGJboldt, dire d'un mot a !'intrieur d'une Iangue qu'il est articul >, c'est ie renvoyer au systeme d'lments sous-jacents a pan i; duque[ il f'S l construit, timents qui pourraient etre uriliss pour former, a l'infini, de nombreux autres mots, en fonction d'intui-tions et de regles bien prcises. >

    C HOMSKY, Cartesian Linguistics.

    Nous avons toujours dans le pouvoir go:-! vernen:ental deux ln,ents, l'action relle et la raison d'E tat de cette ac tion : comme une autre conscience relle qui , dans une articulation totale (in einer tata-len Gliederung), est la Bureaucratie. ~

    MARX, Critique de la philosoplzie de l'Etat de H egei, 308.

    .J L r-..,. ._ ..... f""'\

  • I

    la critique du langage et son , . econom1e

    Il y a cinq ans nous vivions la chronologie d'une cer-taine anne : l'anne 1968.

    I! y a exa(;tement cinq ans - dans la mesure ou il y a une exactitude de cette pratique mi-empirique mi-scien-tifique qu'est la chronologie- il y a cinq ans exactement, le 24 fvrier 1968, Louis Althusser venait parler ici de Lnine et la philosophie. Il nous disait : ce que la philo-sophie ne peut supporter, c'est l'ide d'une thorie de la philosophie capable de changer sa pratique - car la philosophie vit et survit grace a la dngation d'une pareille thorie. C'est pourquoi, prcisait-il, Lnine est insupportable a la philosophie universitaire et... a la tres grande majorit des philosophes >> . Il est insuppor-table paree qu'au fond, et en dpit de tout ce qu'ils peu-vent raconter sur le caractere prcritique de sa philoso-phie, sur l'aspect sommairc de certaines de ses catgories,

    11

  • LA CRITIQUE DU LANGAGE ET SON CONOMIE

    les philosophes sentent bien et savent bien que ce n'est pas la vraie question . Ainsi, ce que les philosophes peu-vent raconter sur la philosophie de Lnine n'est pas la vraie question.

    Curieusement cette remarque althussrienne semble re-dire quelque chose qui a t dit en un temps prlniniste, ou prlninien : par Hegel. Et par Hegel en un texte rccopi et rcrit par Lnine dans ses Carnets de philoso-phie. Ce texte de la Wissenschaft der Logik souligne ce quelque chose, en effet : La philosophie ne peut se contcnter de raconter ce qui est; elle doit chercher a con-naitre la vrit de ce qui arrive, et c'est a la lumiere de cette vrit qu'elle doit chercher a comprendre ce qui, dans le rcit, n'tait que simple vnement l. Ce texte, que je reproduis ici dans la traduction J anklvitch, nous le retronvons traduit de l'allemand en russe par Lnine -- et en traduction-retour ou plutt en traduction-dtour -- dans la traduction franc;aise de Lida V ernant : La philosophie ne doit pas etre le rcit de ce qui se produit; elle do.it chercher a connaitre ce qu'il y a d.s vrai dedans. Mais entre le rcit et le vrai, outre leur opposition, une certaine relation de complicit transpa::-ait avec la remar-que qui prcdait immdiatement cette citation cu cette rcriture, dans les Carnets : La vrit n'est pas dans le commencement, mais dans la fin, plus exactement dans la continuation. Entre le rcit et le vrai, entre le rasskaz et l'istinno, i1 y a cette relation curieuse qui est dsigne ici comme la continuatin : ce qui est davantage que le simple commencement , c'est-a-dire l'histoire.

    l . Aber die Philosophie so11 keine Erzablung dessen sein, was geschiebt, sondern eine Erkenntnis dessen, was wahr darin ist, und aus dem Wahren soll sie gerner das begreifen, was in der Erzablung als ein blosses Geschehen erscheint. :. (Wssenschaft der Logik, II. Teil, l. Abschnitt, l. Kapitel.)

    12

    La critique du langage et son conomie

    1

    La remarque de la Grande Logique reprise par Lnine parait opposer le vrai au rcit qui, pour ainsi dire, le contient. Mais un autre texte les relie au contraire par une relation de provenance : celui ou Spinoza, dans l'Appen~ice aux Principes de la Philosophie contenant les penses mtaphysiques , s'attache aux deux mots Vrai et Faux en annonc;ant paradoxalement sa dmarche : nous commencerons par la signification des mots . Paradoxe en effet, pour ceux qui, comme lu, sont occups des eh oses et non des mots . Or les mots, c'est le .vulgaire qui les a d'abord trouvs , avant qu'i1s ne soient employs par les philosophes . Voici qu'un singulier relais smantique s'introduit dans Ja d-marche spinoziste : celui qui cherche la signification premiere d'un mot doit se demander ee qu1il a d'abord signifi pour le vulgaire . Une remarque faite comme entre parentheses ajoute curieusement : surtout en l'absence d'autres causes qui pourraient etre tires de la nature du langage (ex linguae natura) pour faire cette re(;herche . Quelle est dO.dl_; cette nature du langage dont pourraient etre tires }) d'autres causes, dans la recher-che en question ?

    Pour revenir au vulgaire >> - c'est-a-dire au simple locuteur linguistique et sociologique - le dtour de l'in-vestigation par son exprience va dboucher sur une d-couverte : c'est que la premiere signification de Vrai et de F aux semble avoir tir son origine des rcits 2 >>. De quelle fac;on ? On a dit vrai un rcit quand le fait racont

    2. Prima igitur veri et fa/si significatio ortum videtur duxisse a narrationibus (Prin cipia Philosophiae cartesianae. Appendix continens cogitata metaph ysica, Pars 1, cap. VI).

    13

  • LA CRITIQUE DU LANGAGE ET SON CONOMIE

    tait rellement arriv; faux quand le fait racont n'tait arriv nulle part 3.

    Dans l'entre-deux, ou l'intervalle entre ces deux possi-bilits, se dploie le domaine de la fiction, de l'idea ficta : a cet gard 1' Appendice aux Prncipes est d'avance com-plt par le Trait sur la rforme de l'entendement. L'tude de l'ide fausse, de l'idea falsa ne sera pas diffi-cile si elle vient apres l'exploration de la fiction, post inquistionem ideae fictae . Qu'est-ce qu'un rcit ou le fait racont n'tait nulle part arriv? Erreur, ou fiction, falsa ou ficta ? Ce que Spii1oza appelle la fiction premiere, fictio prima, fiction coJI.cemant l'existence ( (( ou l'exis-tence seule est objet de fiction ) se rapporte prcisment a ce fait racont qui n'est nulle part arriv : Par exemple, je forme la ficticn qt!e Pief!"e, que je connais, s'en va a la maison, qu'il vient me voir et autres choses semblables 4. Quant a la fiction seconde, elle se rapporte a l'essence seule , et de telle fagon qu'il peut y avoir une fiction fausse , une falsa fictio - par exemple la fiction d'une mouche infinie ou d'une ame carre. Et comme on peut envisager la fiction d'une chose fausse par sa nature, on peut concevoir la fiction qui a pour objet une chose vraie : si res ficto ... sit vera. La diffrence - la seule - entre l'ide fausse et la fiction, c'est que l'ide fausse im