41
ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES 1 Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7 LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO–ECONOMIQUE, CONJONCTURE ET POLITIQUE ECONOMIQUE MACRO-OBJECTIFS (dossier pédagogique de l’UE) 1. présenter et analyser de manière critique les principaux mécanismes économiques : l'offre et la demande agrégées sur les marchés. 2. mettre en évidence le rôle de la croissance économique dans nos sociétés contemporaines : variation du revenu national et du volume de l'emploi. 3. analyser et critiquer les problèmes liés à la croissance économique : évolution des cycles économiques. 4. mettre en évidence et évaluer les politiques économiques mises en œuvre par les pouvoirs publics ; 5. analyser et confronter les fondements des principaux mouvements théoriques (classique, keynésien, monétariste, ...) en saisissant leurs relations avec les phénomènes politiques et sociaux. OBJECTIFS : Au cours de cette leçon, l’étudiant va : 1. analyser et confronter les principales théories décrivant l’équilibre macro -économique : la théorie keynésienne ; le modèle de demande et d’offre globales et le concept de PIB potentiel ; 2. appréhender la notion de taux naturel de chômage (NAIRU) ; 3. analyser comment les variations de la demande ou de l’offre globale peuvent provoquer des récessions, et confronter les remèdes « Classiques » et « Keynésiens » ; 4. réfléchir à la problématique de la croissance économique ; 5. analyser succinctement la relation entre la croissance et le chômage à travers la loi d’OKUN, et ses conséquences ; 6. appréhender la notion de cycle conjoncturel et les théories y associées ; 7. s’approprier les concepts fondamentaux de la politique économique PLAN : INTRODUCTION SECTION 1 : L’EQUILIBRE KEYNESIEN : SOUS-EMPLOI & MULTIPLICATEUR. SECTION 2 : LE MODELE DEMANDE & OFFRE GLOBALES. SECTION 3 : REFLEXIONS SUR LA CROISSANCE SECTION 4 : CYCLES ECONOMIQUES & CONJONCTURE SECTION 5 : POLITIQUES ECONOMIQUES Pour en savoir plus : fiche de lecture 1/7 : Théories économiques & idéologies politiques. RESUME & QUESTIONS DE REVISION.

LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

  • Upload
    others

  • View
    3

  • Download
    0

Embed Size (px)

Citation preview

Page 1: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

1

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO–ECONOMIQUE, CONJONCTURE ET POLITIQUE ECONOMIQUE

MACRO-OBJECTIFS (dossier pédagogique de l’UE)

1. présenter et analyser de manière critique les principaux mécanismes économiques : l'offre et la demande agrégées sur les marchés.

2. mettre en évidence le rôle de la croissance économique dans nos sociétés contemporaines : variation du revenu national et du volume de l'emploi. 3. analyser et critiquer les problèmes liés à la croissance économique : évolution des cycles économiques. 4. mettre en évidence et évaluer les politiques économiques mises en œuvre par les pouvoirs publics ; 5. analyser et confronter les fondements des principaux mouvements théoriques (classique, keynésien, monétariste, ...) en saisissant leurs relations avec les phénomènes politiques et sociaux.

OBJECTIFS : Au cours de cette leçon, l’étudiant va : 1. analyser et confronter les principales théories décrivant l’équilibre macro-économique : la théorie keynésienne ; le modèle de demande et d’offre globales et le concept de PIB potentiel ;

2. appréhender la notion de taux naturel de chômage (NAIRU) ; 3. analyser comment les variations de la demande ou de l’offre globale peuvent provoquer des

récessions, et confronter les remèdes « Classiques » et « Keynésiens » ; 4. réfléchir à la problématique de la croissance économique ; 5. analyser succinctement la relation entre la croissance et le chômage à travers la loi d’OKUN, et ses

conséquences ; 6. appréhender la notion de cycle conjoncturel et les théories y associées ; 7. s’approprier les concepts fondamentaux de la politique économique PLAN : INTRODUCTION

SECTION 1 : L’EQUILIBRE KEYNESIEN : SOUS-EMPLOI & MULTIPLICATEUR.

SECTION 2 : LE MODELE DEMANDE & OFFRE GLOBALES.

SECTION 3 : REFLEXIONS SUR LA CROISSANCE

SECTION 4 : CYCLES ECONOMIQUES & CONJONCTURE

SECTION 5 : POLITIQUES ECONOMIQUES

Pour en savoir plus : fiche de lecture 1/7 : Théories économiques & idéologies politiques. RESUME & QUESTIONS DE REVISION.

Page 2: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

2

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

INTRODUCTION

Maintenant, vous êtes en principe à même de vous intéresser en connaissance de cause aux

problèmes concrets qui interpellent tout citoyen, et préoccupent les décideurs : l’évolution

et les déséquilibres du système économique. Tel est l’objet de cette leçon et de la leçon

8 (inflation & chômage). Dans ce cadre, il est logique que nous abordions les questions de

politique économique en établissant le lien avec les théories exposées.

Nous aborderons la question fondamentale (sections 1 à 2) de l’équilibre du revenu

national, qui implique que l’offre agrégée ou globale OG (Y) = la demande agrégée ou

globale (DG), c’est-à-dire :

Y = C + I + G + (X – M) 1

Les deux grands courants de la pensée économique, Classiques et Keynésiens, s’opposent

sur la manière dont cet équilibre se réalise (on parle d’ajustement) ; en résumé :

Réalisation de l’équilibre Mécanisme d’ajustement

CLASSIQUES DG s’adapte à OG Variation des prix

KEYNESIENS OG s’adapte à DG Variation de l’output

Ensuite, nous poursuivrons par une réflexion générale sur la croissance (section 3), et nous

nous intéresserons à la notion de conjoncture. Enfin nous décrirons les principales politiques

économiques que les gouvernants peuvent mettre en œuvre pour essayer d’atteindre cet

équilibre et contrer les récessions conjoncturelles. Dans ce cadre, nous verrons que si

Classiques et Keynésiens sont en général d’accord sur les outils, ils ne le sont pas toujours

quant à leur utilisation et leur efficacité.

Dans la leçon 7, nous analyserons à l’aide de nos théories les principaux déséquilibres du

système, inflation et chômage, et nous verrons comment les gouvernants utilisent les outils

de politique économique pour les combattre.

John Maynard KEYNES.

1 Leçon 4 – équation de la dépense nationale.

Page 3: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

3

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

SECTION 1 : L’EQUILIBRE KEYNESIEN : SOUS-EMPLOI & MULTIPLICATEUR

Objectif 1/1 : analyser et confronter les principales théories décrivant l’équilibre macro-

économique : la théorie keynésienne.

QUELQUES CONCEPTS KEYNESIENS DE BASE

La pensée de KEYNES présente un caractère particulièrement hétérodoxe ; il se manifeste

déjà lorsqu’il s’oppose aux lourdes réparations imposées à l’Allemagne après la Grande

Guerre2, qui ne peuvent qu’appauvrir l’Europe tout entière et y développer les antagonismes ;

l’Histoire lui donnera raison. Il condamnera ensuite la politique déflationniste de la Grande

Bretagne3, menée par Winston CHURCHILL4, alors chancelier de l’Echiquier5.

Dans la théorie classique développée jusque-là, l’offre s’établit toujours au niveau du plein

emploi, et les marchés tendent vers l’équilibre grâce à la flexibilité des prix et des salaires.

sur le marché du travail, toute baisse de la demande de la part des entreprises induit une baisse des salaires, et les

candidats souhaitant travaillé au salaire courant trouvent de l’emploi (développement de ce point à la leçon 7). Sur le

marché du capital, l’équilibre entre l’épargne et l’investissement est réalisé par le taux d’intérêt. Toute modification

de la demande macroéconomique n’a d’impact que sur le niveau général des prix ; par conséquent, toute politique

économique est inefficace.

Durant la crise des années 1930, dans un contexte de baisse de la production ET des

prix, la persistance d’un chômage élevé (des millions de ménages dans les pays industrialisés)

défiant les théories classiques a amené le Président Franklin D. ROOSEVELT6 à lancer dès 1932

sa politique de « New Deal », vaste programme de grands travaux publics destinés à résorber

le sous-emploi. Telle fut également la voie suivie par les gouvernements des deux pays

européens les plus durement touchés par le chômage, l’Italie dès les années 1920, puis

l’Allemagne. La nouvelle philosophie semblait donc être : quand le marché démontre

son inaptitude à ramener l’économie à son point d’équilibre, l’Etat se doit

d’intervenir. Keynes va la théoriser7 ; elle repose sur trois piliers :

le concept de la demande globale, qui détermine la production :

2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919 ; voyez ce problème à la leçon 8, l’hyperinflation.

3 J.M. KEYNES, la réforme monétaire, 1923 ; politique déflationniste signifie en résumé « austérité ». 4 Winston CHURCHILL (1874-1965), homme politique britannique, 1er Ministre durant la seconde guerre mondiale, notamment célèbre pour ses paroles prononcées lors d’une conférence au Westminster College de Fulton (USA) en mars 1946 pour illustrer la mainmise communiste sur une partie de l’Europe: « de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu sur le continent », moins célèbre pour le prix Nobel de littérature obtenu en 1953 pour ses Mémoires. 5 Dans le gouvernement britannique, le Chancelier de l’Echiquier est le ministre des finances ; la volonté de Churchill était de ramener la £ à sa parité de 1913 ; cette surévaluation fut facteur de crise et de chômage. 6 Franklin Delano ROOSEVELT (1882-1945), Président des USA (1933-1945). 7 J.M. KEYNES, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936.

Page 4: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

4

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

la demande macroéconomique peut être insuffisante pour assurer le plein-emploi Keynes développe un

modèle d'équilibre de sous-emploi dans lequel un chômage persistant est possible pour un niveau donné de la

demande existante.

la rigidité (ou la viscosité) des prix et les salaires dans un contexte de récession.

à court terme, les salaires s’adaptent en général assez mal à la baisse ; en outre, si les prix baissent plus vite que

les salaires nominaux, les salaires réels (= salaires nominaux déflatés) augmentent et les entreprises embauchent

MOINS. Les prix sont parfois lents à s’adapter, la principale cause en étant l’imperfection des marchés (leçon 3).

une théorie de la monnaie fondée sur la préférence pour la liquidité8.

Keynes écrit dans la « théorie générale » : « Si la propension à consommer et le taux des

nouveaux investissements donnent une demande effective insuffisante, le niveau effectif de

l’emploi sera inférieur à l’offre de travail potentiellement disponible ».

Principale conséquence : L’OFFRE S’ADAPTE A LA DEMANDE, MAIS CELLE-CI PEUT ETRE

INSUFFISANTE POUR ASSURER LE PLEIN EMPLOI ; puisque le mécanisme des prix est inopérant, il

faut agir directement sur la demande [= C+I+G+(X-M)]

L’EQUILIBRE KEYNESIEN

Partons d’un modèle simplifié dit « d’économie fermée » (pas de X-M) et sans Etat (pas de G,

pas d’impôt) et utilisons des fonctions linéaires, pour simplifier9. On a : Y (revenu) = Yd

(revenu disponible) = PIB

Pour déterminer l’équilibre macro-économique, traçons une fonction de consommation (en

bleu) et la bissectrice du système d’axes (en vert). En tout point de cette bissectrice (par

exemple A), la consommation est égale au revenu, et l’épargne est nulle. Nous avons ajouté

à la fonction de consommation l’investissement I, en supposant qu’il s’agit d’une variable

exogène (c’est-à-dire dont le niveau est déterminé à l’extérieur de notre modèle ; la fonction

(C+I) est donc parallèle à la fonction C

Y,C+I

S C+I

E

C

I A

45°

x

O Y’ Y* Y** YPE Y

8 Nous avons développé ce point à la leçon 5. 9 Revoyez à la leçon 4 la fonction de consommation keynésienne.

Page 5: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

5

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Le point de rencontre E entre la fonction (C+I) et la bissectrice est le niveau d’équilibre du PIB vers lequel tend la

production (OY*), puisque Y = C+I ; à ce point, les agents ne dépensent pas tout leur revenu (C se situe sous la

bissectrice) ; ils épargnent l’équivalent de I ; donc, à ce point, S = I : l’épargne désirée des ménages y est égale à

l’investissement désiré des entreprises.

Que se passe-t-il si le système s’éloigne de son point d’équilibre ? Supposons un PIB plus

élevé, soit OY** > OY*, là où la droite (C+I) se situe au-dessous de la bissectrice ; les

ménages épargnent plus que ce que les entreprises sont prêtes à investir , alors que dans

le même temps, elles voient s’accumuler les stocks, puisque les consommateurs

consomment MOINS que ce qui est produit ; elles vont diminuer leur production ce qui

va ramener progressivement le PIB vers le point Y*. Tout écart du système par rapport

au point Y* incitera les firmes à modifier leur niveau de production (ajustement par la

variation de l’output, ou adaptation de l’offre à la demande, voyez page 2).

Contrairement à l’hypothèse classique, rien ne permet selon Keynes de conclure que le

niveau de production d’équilibre corresponde au niveau de l’output de plein-emploi (que nous

avons fixé à YPE sur le graphique)10.

Y* SE SITUE A GAUCHE DE YPE EQUILIBRE DE SOUS EMPLOI

LE MULTIPLICATEUR KEYNESIEN – ACTION SUR LA DEMANDE

Au vu du schéma ci-dessus, nous comprenons intuitivement que le niveau d’équilibre sera

modifié si une de ses composantes au moins, C, I (et si nous introduisons les dépenses

publiques G, qui sont aussi exogènes) varie.

Développons :

La fonction de consommation s’écrit C = a + c Yd, avec a = consommation autonome (ou exogène – c’est-à-dire la

part de la consommation qui n’est pas liée au revenu disponible Yd) et c = la propension marginale à

consommer11 ; en supposant toujours que Y = Yd (pas d’impôt), la fonction de consommation simplifiée s’écrit

donc : C = a + c.Y 12

les dépenses de l’Etat G et les investissements I étant exogènes, l’équilibre s’écrit, en remplaçant C par sa

valeur : Y = a + c.Y + I + G ,

ce qui donne : Y – c.Y = a + I + G, et enfin : )GIa.(c

Y

1

1

En passant à la notion de variation, on peut écrire :

).(1

1GIa

cY

10 Nous développerons la notion de produit de plein emploi dans la section suivante. 11 Notion vue à la leçon 4. 12 Pour rappel, si la variable Y est modifiée, on se déplace le long de la droite C ; par contre, lorsqu’un paramètre (a, ou c, …) est modifié, la droite C se déplace.

Page 6: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

6

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

La variation totale du PIB est égale à un multiple de la variation exogène (a, I, G) de la

demande finale. CE MECANISME S’APPELLE L’EFFET MULTIPLICATEUR, et agit comme suit :

1. une augmentation initiale de I provoque une augmentation d’un même montant de Y (via

Y = C+I+G) ;

2. l’augmentation de Y provoque une augmentation plus faible de la consommation (Y = a +

c.Y, la propension marginale c < 1) ;

3. l’augmentation de la consommation provoque une augmentation d’un même montant de Y

(via Y = C+I+G)

4. l’augmentation de Y provoque à nouveau une augmentation plus faible de la

consommation, etc …

LE MULTIPLICATEUR KEYNESIEN EST EGAL A 1/(1-c).

COMMENT PASSER DU SOUS EMPLOI AU PLEIN EMPLOI ?

Exemple : supposons une situation d’équilibre de sous-emploi où :

YPE = 450 Y* = 400 C = 10 + 0,8Y13 I = 50 G = 20

nous avons : C = 10 + (0,8 * 400) = 330 ; C+I+G = 330 + 50 + 20 = 400 < YPE 450

Y, C+I+G (C+I+G)’ = 410

C+I+G = 400

C = 330

+10

x

O Y*= 400 YPE=450 Y

Comment atteindre le plein-emploi YPE = 450 ? Il faut modifier l’équilibre de sorte que Y

= C + I + G = 450 et pour cela accroître la demande par une augmentation exogène soit

de I, soit de G.

Supposons que l’Etat réalise un nouvel investissement public (par exemple une route) d’un montant de 10 : ΔI

(ou ΔG) = 10. Le mécanisme du multiplicateur décrit ci-dessus en montre l’impact :

1. ΔI = 10 ΔY=10 car maintenant Y = 330 + 60 + 20 = 410

2. Cette augmentation de Y entraîne une augmentation de C : ΔY=10 ΔC = 8 (ΔC = c * ΔY = 0,8 * 10)

3. Cette augmentation de C se répercute sur Y = 338 + 60 + 20 = 418

13 La propension marginale à consommer est égale à 0,80 (80%) et ne peut être modifiée par une politique quelconque.

Page 7: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

7

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Le mécanisme évolue vers un équilibre fini où ΔY = (1/1-c)(Δa+ΔI+ΔG). Dans notre exemple, Δa et ΔG étant nuls et

ΔI = 10, on a : ΔY = (1/[1-0.8)]*10 ΔY final = 50 et Y final = 400 + 50 = 450

Nous constatons que pour obtenir une variation finale de Y = 50, une augmentation de 10 de

l’investissement ou de la dépense publique a suffi ; VOILA L’EFFET MULTIPLICATEUR : une

augmentation exogène de I ou de G provoque une augmentation de Y qui engendre

des augmentations endogènes (= induites) successives de la consommation.

Notez que le modèle se complexifie si l’on tient compte de la fiscalité (Yd = Y-T), et plus

encore en économie ouverte ; il faut alors au minimum tenir compte de la propension à

importer m14.

14 Dans l’accroissement de la consommation, quelle est la part de produits importés (frein à la production intérieure) ?

Page 8: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

8

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

SECTION 2 : LE MODELE DEMANDE & OFFRE GLOBALES

Objectif 1/2 : analyser et confronter les principales théories décrivant l’équilibre macro-

économique : le modèle de demande et d’offre globales.

Nous allons maintenant présenter une théorie contemporaine qui permet d’expliquer les

variations économiques à court terme. Le modèle met l’accent sur deux variables : l’une

réelle, à savoir le PIB (réel), et l’autre monétaire, le niveau général des prix, mesuré par le

déflateur du PIB.

LA DEMANDE GLOBALE DG

La DEMANDE GLOBALE indique LA QUANTITÉ DE BIENS ET DE SERVICES DEMANDÉE DANS

L’ÉCONOMIE À CHAQUE NIVEAU DE PRIX.

Elle montre qu’une hausse (baisse) du niveau général des prix P induit une diminution

(augmentation) de la quantité demandée, et par conséquent une baisse (hausse) du produit

global. Graphiquement :

P DG = C+I+G+(X-M)

P*

P1

Y* Y1 Y

INTERPRETATION DE LA COURBE DG

La courbe de demande globale DG = [C+I+G+(X-M)] relie le niveau général des prix

P et le produit global Y. P* représente le niveau général des prix en vigueur, et Y* le PIB

réel. Elle représente la dépense réelle à chaque niveau de prix, toutes choses égales par

ailleurs. Trois phénomènes expliquent sa forme décroissante, et donc le fait qu’une baisse

(ou hausse) du niveau général des prix P entraîne un glissement LE LONG de la courbe, par

exemple de (P* Y*) vers (P1 Y1) :

Page 9: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

9

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

l’effet de richesse, dit effet « Pigou »15 :

alors que la valeur nominale de l’argent détenu par un agent économique reste constante (1 € est 1 €), sa

valeur réelle (= pouvoir d’achat) varie en fonction du niveau général des prix P ; s’il baisse, les agents détenteurs

de monnaie voient leur pouvoir d’achat s’accroître, ce qui les encourage à consommer plus Y réel augmente ;

l’effet de taux d’intérêt (Keynes) :

lorsque le niveau général des prix P baisse, les agents ont besoin de moins de liquidités pour acheter les biens

et services (moins d’encaisses de transactions – voyez le schéma du marché monétaire à la leçon 5) ;

l’abondance de liquidités qui en résulte fera baisser le taux d’intérêt, favorisant l’investissement, composante de

DG Y réel augmente ;

l’effet de taux de change (Mundell-Fleming16) :

lorsque les taux d’intérêt baissent, certains investisseurs rechercheront un meilleur rendement à l’étranger ;

ils achèteront pour cela des devises, contre de la monnaie nationale, avec pour conséquence une baisse de son

cours (rappel : le marché des changes fonctionne selon le schéma classique offre-demande) ; si le cours de

notre monnaie baisse par rapport aux autres devises, nos produits deviennent relativement moins chers pour

l’étranger (X augmente), tandis que les produits étrangers deviennent relativement plus onéreux dans notre

pays (M diminue) ; (X+ - M-) engendre une augmentation de Y réel.

Ces raisonnements ne sont valables qu’à offre de monnaie (masse monétaire) constante,

puisqu’une modification de celle-ci engendre notamment une modification du taux d’intérêt

sur le marché monétaire (leçon 6).

DEPLACEMENT DE DG

Examinons les facteurs qui engendrent un déplacement de la courbe DG :

les mesures de politiques économiques17 : les mesures de politique budgétaire et

fiscale, dès lors qu’elles visent à accroître les dépenses publiques G ou le revenu

disponible Yd (moins d’impôts, plus de transferts sociaux), et les mesures de politique

monétaire engendrant une réduction des taux d’intérêt, et donc à prix constant une

augmentation de C et de I ;

les variables exogènes au modèle, telles que la variation de facteurs à l’étranger,

pouvant agir sur les exportations nettes, la modification du prix de matières premières

comme le pétrole, …

Si les économistes sont globalement d’accord sur les déterminants de DG, leurs opinions

divergent quant à l’importance relative qu’il faut leur accorder, et donc sur les mesures à

prendre pour la modifier.

15 A.C. PIGOU, qui est l’origine de la théorie des encaisses réelles ; voyez leçon 2. 16 Robert MUNDELL (1932), économiste canadien, spécialiste des questions d’économie internationale, prix Nobel 1999 ; Marcus FLEMING (1911-1976), économiste britannique, Fonds Monétaire International. 17 Voyez la section 5 ci-après.

Page 10: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

10

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

P

DG DG’

Effet d’une augmentation des dépenses publiques, par exemple

P*

Y* Y1 Y

L’OFFRE GLOBALE OG

L’offre globale (OG) explique le comportement des entreprises ; elle représente le niveau

de l’output réel produit à chaque niveau de prix, toutes choses égales par ailleurs.

Il nous faut considérer l’offre globale à long terme et l’offre globale à court terme, ce qui

nécessite quelques développements.

Objectif 2 : appréhender la notion de taux naturel de chômage (NAIRU)

OG LONG TERME : CONCEPTS CLE : PRODUIT POTENTIEL & « NAIRU »

L’offre à long terme dépend du PRODUIT POTENTIEL (NOTION TRES IMPORTANTE).

LE PIB POTENTIEL EST DÉFINI COMME LA QUANTITÉ MAXIMUM DE BIENS ET SERVICES QUE PEUT

PRODUIRE UNE ÉCONOMIE DANS LA STABILITÉ DES PRIX, ET COMPTE TENU DES CONTRAINTES EN

TERME DE FACTEURS DE PRODUCTION ET DE TECHNOLOGIE18. LA STABILITÉ DES PRIX ET DONC

CELLE DES SALAIRES IMPLIQUE L’EXISTENCE D’UN TAUX NATUREL (OU STRUCTUREL) DE CHOMAGE,

qui est le taux de chômage pour lequel les pressions à la hausse et à la baisse sur les salaires

s’équilibrent. plein emploi « économique » ≠ chômage zéro !!!

Le « taux naturel de chômage » est également désigné par le vocable « taux structurel

de chômage »19, ou encore NAIRU (non accelerating inflation rate of

unemployement). Il est induit par le fonctionnement normal du marché du travail, et

dépend essentiellement des phénomènes réels qui sous-tendent l’offre et la demande sur le

marché du travail (facteurs démographiques, progrès techniques, organisation même du

marché, …, variables dans le temps). En conséquence, la valeur du NAIRU n’est pas figée

dans le temps et varie d’un pays à l’autre.

tous les facteurs susceptibles de faire apparaître des pénuries sur le marché du travail influencent le NAIRU à la

hausse ; ainsi en va-t-il de la spécialisation des qualifications (des pénuries vont apparaître dans certains métiers

alors qu’il y a pléthore et chômage dans d’autres), et des contraintes légales (salaires ou grilles de salaires minimals).

18 C’est la notion quelque peu plus sophistiquée de FPP, frontière de possibilités de production que nous avons définie à la leçon 1. 19 A ne pas confondre avec la notion de chômage structurel, voyez la leçon 7.

Page 11: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

11

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Prenons l’exemple d’une hausse du SMIC (salaire minimum garanti, imposé par l’Etat) ; elle va engendrer une

tension sur les salaires, puisque les travailleurs qui étaient rémunérés quelques pourcents au-dessus de l’ancien

SMIC vont aussi exiger une augmentation ; pour contrer ces tensions à la hausse, il faudrait que le chômage

augmente (car plus de chômage = tendance à la baisse des salaires), ce qui correspond à une hausse du NAIRU.

ATTENTION : ne pas confondre le NAIRU, qui est un taux théorique, et le taux de chômage

réellement observé dans l’économie, appelé taux conjoncturel.

Les calculs récents montrent dans l’UE des pays à taux de NAIRU très élevés (> 10% : GRE, SVK), élevés (8 à 10% :

BEL, FRA, IRL, ITA, PRT, POL), moyens (5 à 7% : DEU, LUX, DNK, FIN), bas (< 5% : AUT, NLD, NOR) ; pour comparaison :

moyenne zone euro (10), USA (6,1), GBR (6,9), JPN (4,3), CHE (3,9).2021

L’offre globale à long terme dépend de l’offre de facteurs (travail et capital) et de la

technologie, éléments ne dépendant pas du niveau général des prix. OGLT est donc

verticale, au point de produit potentiel (ou encore produit de « plein emploi » YPE). Toute

modification dans le système économique qui affecte ce PIB potentiel déplace OGLT.

Par exemple, une évolution technologique importante, ou une forte croissance démographique, déplacera OGLT

vers la droite ; cela ne veut évidemment pas dire qu’il y aura plus d’emplois, mais juste que le potentiel sera plus

élevé !22 Dans l’exemple exposé ci-dessus (hausse du SMIC), la hausse du NAIRU se traduit par un déplacement de

OGLT vers la gauche, puisque conserver l’équilibre des salaires, il faudrait plus de chômage.

OFFRE GLOBALE DE COURT TERME

Pour interpréter le schéma OG/DG, RETENEZ CECI : sur l’axe des abscisses Y représentant

le PIB réel, plus on s’éloigne de l’origine, plus le PIB est élevé, et plus le taux d’emploi sera

important et donc le taux de chômage faible.

Analysons maintenant l’offre globale à court terme : un accroissement du niveau général des

prix pousse la production vers le haut, la courbe a une pente positive.

P

OGLT

(=PIBpot)

OGCT

YPE Y

20 OCDE : http://stats.oecd.org/Index.aspx?QueryId=48230&lang=fr 21 codes pays : http://www.actualitix.com/annexes/code-iso-2-et-iso-3-des-pays.php 22 Revoyez à ce sujet le raisonnement relatif à la FPP, leçon 1.

Page 12: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

12

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

YPE représente le point de « plein emploi » (compte tenu du NAIRU). Plusieurs phénomènes expliquent la forme

de la courbe OGCT, dont la viscosité des salaires et celle des prix, concepts keynésiens exposés ci-dessus ; nous

n’entrerons toutefois pas dans ces détails. Ces explications ne sont valables qu’à court terme, car elles sont en fin de

compte basées sur des « mésinterprétations » de la part des agents économiques, qui finissent par être corrigées à

long terme.

La courbe d’offre globale à court terme peut se déplacer, sous l’influence du coût des

facteurs, y compris les matières premières ; par exemple, une hausse des prix du pétrole

(entrant dans de très nombreux outputs) déplace OGCT vers la gauche. Mais ce sont surtout

les anticipations qui induisent les variations de OGCT.

Si les agents s’attendent à une hausse des prix, ils demanderont une augmentation de salaire afin de maintenir et

même d’améliorer leur pouvoir d’achat, ce qui augmentera les coûts de production et diminuera OGCT (déplacement

vers la gauche).

L’EQUILIBRE MACROECONOMIQUE

L’équilibre de court terme est déterminé par l’intersection de DG et OGCT (graphique de gauche, ici équilibre de sous-emploi « keynésien »).

P

DG DG

E

E OGLT

OGCT OGCT OGLT

Y* YPE Y Y*=YPE Y

L’équilibre de long terme est déterminé par l’intersection de DG et OGLT (graphique de

droite). Vous remarquerez que OGCT passe par ce même point, les salaires et les prix étant

parfaitement ajustés aux conditions d’équilibre.

Objectif 3 : analyser comment les variations de DG et/ou d’OG peuvent provoquer des

récessions, et confronter les remèdes « Classiques » et « Keynésiens ».

DESEQUILIBRES & AJUSTEMENTS

A court terme, l’équilibre OGCT-DG (PIB réel) peut se situer en deçà du PIB

potentiel, ce qui signifie que le taux de chômage conjoncturel (réel) est supérieur

au NAIRU. Question : existe-t-il une recette simple qui amène l’économie à un équilibre

satisfaisant en termes d’objectifs macroéconomiques ? En d’autres termes, existe-t-il un

moyen pour « réparer » les conséquences néfastes d’une récession, c’est-à-dire d’une

diminution de l’activité économique engendrant du chômage ?

Page 13: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

13

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Nous en revenons à la controverse « Classiques versus Keynésiens » dont nous parlions

au début de cette leçon. Pour bien mettre en évidence cette controverse, imaginons deux cas

de récession, l’un par la demande, l’autre par l’offre :

1er cas : suite à un événement « exogène », les agents économiques deviennent

pessimistes quant à l’avenir ; les consommateurs font ceinture, les entreprises diminuent

leurs investissements, ce qui a pour conséquence un déplacement vers le bas de la

demande globale (DG1 DG2). (flèche jaune : effet initial ; mauve : ajustements

« automatiques » des marchés ; rouge : politique économique)

P

DG1 OGLT

A

P1

DG2

P2 OGCT B

Y2 Y1=YPE Y

La situation est claire : l’économie, que nous avions supposée en équilibre de plein emploi (au

point A, Y1=YPE) se retrouve en équilibre de sous-emploi (au point B, Y2<Y1) :

selon les classiques, la flexibilité des prix et des salaires permet leur baisse, et la courbe

d’offre globale à court terme va se déplacer vers la droite, en OG’CT. A long terme,

l’équilibre économique s’établira au point C, donc avec plein-emploi Y1 (et un niveau

général des prix P plus bas P3<P2<P1 – cela s’appelle une déflation) :

P

DG1 OGLT

P1 A

DG2 OG’CT

P2 OGCT B C

P3

Y2 Y1=YPE Y

selon les keynésiens, le manque de flexibilité des prix et des salaires empêche cet

ajustement ; l’économie peut donc vivre longtemps au point B, équilibre de sous-emploi.

La solution est, selon eux, une action sur la demande globale (retour au point A) ; il

faut la déplacer vers la droite, de manière à revenir à l’ancienne situation.

Page 14: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

14

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

P

DG1 OGLT

A

DG2

OGCT B

Y2 Y1=YPE Y

C’est à l’Etat d’agir, par des politiques économiques adéquates. Puisque DG est

partiellement composée des dépenses publiques, tout accroissement de ces dépenses

diminue l’écart entre le PIB réel Y2 et le PIB potentiel YPE.

2ème cas : les entreprises subissent une hausse de leurs coûts de production, suite par

exemple à une augmentation du prix des matières premières (pétrole, …). Cela se traduit

par une réduction de l’offre globale à court terme .

Schéma classique Schéma keynésien

P OGLT OGLT

P3 OGCT OGCT

DG

P2 B B

P1

OG’CT A OG’CT

Y2 Y1=YPE YPE Y

L’économie, que nous avions supposée en équilibre de plein emploi (au point A) se retrouve

en équilibre de sous-emploi (au point B) mais avec à la fois chômage (PIB réel < PIB

potentiel) et inflation (P2 > P1), ce que l’on traduit par le terme STAGFLATION. Tant pour

les Classiques que pour les Keynésiens, les remèdes sont identiques à ceux qu’ils préconisent

ci-dessus (cas 1). Chez les Classiques (graphique de gauche), le retour de OG’CT à OGCT

ramène l’équilibre en A . Par contre, chez les Keynésiens (graphique de droite), la hausse

de DG tend à résoudre le problème du chômage, mais pas celui de l’inflation (P3).

Remarquez que ces deux schémas correspondent grosso modo (en simplifiant !) aux deux

grandes crises économiques du XXème siècle : celle des années 1930 (1er cas), celle des

années 1970 (2ème cas).

1

2

2

1

2

1

Page 15: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

15

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Portefeuille de lecture/9 : chocs d’offre et de demande globale (Le Vif/l’Express)23

23 Philippe MAYSTADT (Belgique, 1948), économiste, fut à plusieurs reprises Ministre des Finances, ensuite Président de la BERD (2000 – 2011)

Page 16: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

16

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

SECTION 3 : REFLEXIONS SUR LA CROISSANCE

Avant d’aborder le problème de la croissance, il me paraît important d’introduire en chiffres

les conséquences temporelles des phénomènes cumulatifs (exponentiels) que sont la

croissance (économique, démographique) et l’inflation. Un taux annuel de 0,5 ou 1% peut

vous paraître faible, mais à long terme les conséquences sont non négligeables :

Taux annuel Sur 5 ans Sur 10 ans Sur 20 ans Sur 30 ans Sur 50 ans Sur 100 ans

0,1% 0,5% 1% 2,02% 3,04% 5,10% 10,50%

0,25% 1,30% 2,80% 6,40% 9,75% 13% 28%

0,5% 2,50% 5,10% 10,50% 16% 28% 64%

1% 5,10 % 10,50% 22% 35% 64% 127%

1,5% 8% 16% 35% 56% 110% 343%

2% 10% 22% 49% 81% 169% 624%

3% 16% 34% 80% 143% 338% 1.822%

5% 28% 63% 165% 332% 1.146% 13.150%

Un taux de croissance démographique de 0,5% donnerait une population de 11 milliards en 2100 !

Un taux de croissance du PIB de 1,5% augmente celui-ci de plus de 50% en une génération !

Une inflation modérée à 2% augmente les prix de 50% en 20 ans !

Objectif 3 : réfléchir à la problématique de la croissance économique.

QUELQUES FAITS & CHIFFRES

Nous avons les yeux rivés sur les chiffres de croissance, indicateurs d’expansion ou de crise,

et nombre de nos politiciens rêvent aux taux de croissance des Trente Glorieuses ou à ceux

des pays émergents, tandis que des économistes se demandent si ce ne sont pas là des

périodes uniques dans l’histoire de l’humanité. Mais qu’en est-il réellement ? Que s’est-il

passé dans les siècles, les millénaires précédents ? Difficile de répondre à cette question,

surtout pour l’ère antérieure à la révolution industrielle24.

Source : T. Piketty, op. cit., p 127 ; les taux mentionnés sont annuels.

24 Angus MADDISON (1926-2010, économiste britannique) a tenté de reconstituer des séries historiques de PIB depuis l’Antiquité, travaux sur lesquels Thomas Piketty s’est basé ; on imagine la difficulté de la tâche, notamment faute de sources statistiques complètes et fiables.

Révolution Industrielle

Page 17: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

17

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

La problématique de la croissance est à la fois démographique25 et économique. La

croissance économique fait grossir le gâteau, la croissance démographique

détermine la taille des parts. Nous voyons que la période 0-1700 aurait été caractérisée

par une croissance annuelle de la population mondiale d’à peine 0,1% ; il s’agit évidemment

d’une moyenne26. Cela paraît bien peu, mais ce taux a suffi à faire passer la population

mondiale d’environ 180 millions à 600 millions d’habitants27. Le taux de croissance du PIB

mondial sur la même période est aussi estimé à 0,1%/an. Cela signifie que pendant 17

siècles, en moyenne, la part du gâteau de chacun n’a pratiquement pas évolué !

Pratiquement invérifiable, mais compatible avec de nombreuses sources et récits historiques

qui nous disent que la majorité de nos ancêtres avaient à peine de quoi subsister ; dans nos

contrées, les gens du XVIIème siècle vivaient à peine mieux que ceux du Moyen-Âge.

Ensuite, l’Histoire s’accélère. Les progrès techniques et sanitaires permettent un

accroissement rapide de la population mondiale, tandis que le gâteau des richesses produites

grossit plus vite encore, timidement d’abord, incontestablement au XXème siècle. J’insiste sur

le fait qu’il s’agit de moyennes mondiales, et que tout le monde n’a pu profiter de cette

croissance de la même manière ; la révolution industrielle est née en Europe, a gagné les

USA et le Japon et n’a véritablement atteint l’Asie continentale et l’Afrique qu’après la

seconde guerre mondiale. Dans la plupart des nations industrialisées, le PIB réel par tête a

été multiplié par 6 à 10 au cours le XXème siècle, ce qui donne un taux de croissance séculaire

d’environ 1,5 à 2% (1,9% pour l’Europe)28.

PIB/habitant (à prix constants base année 2000, en USD)

Pays Période Tx Moyen PIB début (USD) PIB fin (USD) Tx 2014

Japon 1890-2000 2,81 1.256 22.460 0,1

Brésil 1900-2000 2,45 650 7.320 -0,8

Canada 1870-2000 2,23 1.984 27.330 1,3

Allemagne 1870-2000 2,03 1.825 25.010 3,1

USA 1870-2000 1,81 3.347 34.260 1,6

GBR 1870-2000 1,35 4.107 23.550 2,3

Inde 1900-2000 1,45 564 2.390 6,0

Source: G. MANKIW et M. TAYLOR, op.cit. p 645; taux 2014: Banque Mondiale.

Comparez par exemple les PIB de l’Inde29 en 2000 et des USA ou du GBR en 1870.

Comparez aussi l’évolution de du GBR30 avec les USA ou l’Allemagne !

25 Revoyez l’évolution de la population mondiale à la leçon 1. 26 De fréquentes guerres et épidémies ont décimé des populations ; ainsi, de 1347 à 1351, la peste aurait fait disparaître environ 1/3 de la population européenne. 27 C’est une question d’échelle temporelle, voyez le tableau de la page précédente. 28 Cela signifie voici 100 ans un revenu moyen mensuel par habitant de 400 € contre 2.500 aujourd’hui, en euros constants. En 1913, en France, un instituteur débutant gagne environ 300 € « d’aujourd’hui » (il n’y avait pas d’impôt sur le revenu). 29 L’interprétation de la statistique pour l’Inde doit tenir compte du fait que ce pays est resté une colonie britannique jusqu’en 1947 ; en outre, à l’indépendance, deux pays sont nés : l’Inde et le Pakistan, lui-même composé de deux parties, le Pakistan oriental devenant à son tour indépendant en 1971 sous le nom de Bengladesh.

Page 18: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

18

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Notez bien qu’il s’agit là de moyennes, nos économies ayant connu tantôt des périodes

fastes, tantôt difficiles ; l’évolution est cyclique (EXPANSIONS-RECESSIONS)31.

Quelles sont les causes principales de cette croissance, qui a fait passer nos économies

d’une ère rurale, puis industrielle à une ère post-industrielle où dominent consommation de

masse et prépondérance du secteur des services ?

CROISSANCE & PRODUCTIVITE

Expliquer les causes de la croissance tient d’abord en un mot : PRODUCTIVITE32. Au cours

de la leçon 4, nous avons montré que plus un pays produisait de biens et de services, plus il

était riche (PIB) et meilleur était le niveau de vie de ses habitants, a priori.

Pour améliorer les niveaux de vie de nos ancêtres, et passer du stade d’une économie rurale

de subsistance au stade de l’industrie, processus enclenché vers 1750 en Europe, il a fallu

une amélioration significative des techniques utilisées dans l’agriculture ; cela a permis

d’améliorer les rendements et produire plus avec moins d’individus, de façon à dégager un

surplus de ressources humaines disponibles pour d’autres activités économiques, elles-

mêmes plus productives.

Le même phénomène s’est reproduit voici quelques décennies : une bonne partie de la

population active travaillait dans les mines et les usines33, dans des conditions souvent peu

enviables. Pour passer à une société de « consommation de masse », il a fallu une

considérable évolution technologique, à la suite de laquelle les entreprises ont fabriqué plus

et mieux avec moins de travailleurs, ce qui a permis une réduction du temps de travail, plus

de revenus, plus de loisirs, et une main-d’œuvre disponible pour le secteur des services vers

lequel se tournaient les nouvelles demandes.

34

30 La Grande Bretagne était à la fin du XIXème la nation la plus industrialisée et la plus puissante. L’émergence des USA sur scène mondiale, le déclin de sa puissance maritime et militaire et la perte de son empire colonial ont clairement changé la donne. 31 Voyez la section 4 ci-après. 32 Voyez cette notion à la leçon 2, Tome 1. 33 Il y avait en Belgique en 1947 quelque 180.000 mineurs ; la sidérurgie, essentiellement Wallonne, occupe plus de 80.000 personnes dans les années 1960 (moins de 8.000 en 2014). 34 Ce schéma n’est pas neuf, et il faut aujourd’hui relativiser « le faible progrès technique du tertiaire », voyez leçon 8, la révolution numérique.

Page 19: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

19

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Quatre facteurs constituent les déterminants macro-économiques de la productivité : le

capital humain (le savoir et le savoir-faire acquis par l’individu grâce à son éducation, sa

formation, ses apprentissages, son expérience), le capital physique, les ressources

naturelles disponibles et exploitables, la technologie, ou la capacité d’une société à

développer les meilleurs processus pour produire des biens & services.

L’ORGANISATION : TAYLORISME & FORDISME

L’extraordinaire croissance qu’ont connue les économies industrialisées au cours du XXème

siècle repose bien entendu sur le progrès technique et l’intensification du capital, mais

également sur un mode d’organisation du travail humain issu de deux modèles, le

TAYLORISME et le FORDISME.

Winslow TAYLOR35 inventa l’OST (Organisation Scientifique du Travail). L’idée est qu’une

multiplicité de tâches confiées à un seul individu constitue un frein à la productivité ; il faut

donc diviser le travail, et cela de deux manières : verticalement (un encadrement conçoit la

méthode, organise, et impose des normes) et horizontalement (les exécutants n’effectuent

que des tâches simplifiées, parcellisées).

Henry FORD36 , se basant sur les principes de Taylor, a organisé dans ses usines un travail

à la chaîne. L’innovation du FORDISME, c’est la chaîne de production semi-automatique : les

« matériaux » sont présentés devant le poste de travail, équipé pour l’ouvrier, qui perd le

contrôle sur sa cadence de travail. La productivité induite par la spécialisation et

l’augmentation des cadences ainsi que la standardisation du produit permettent de réduire

drastiquement les coûts de production.

L’organisation fordiste présente néanmoins deux risques majeurs : celui du rejet par le

travailleur, et celui de la surproduction. Pour éviter le premier, Ford accroît sensiblement le

salaire des ouvriers ; l’augmentation du pouvoir d’achat qui en résulte doit garantir un niveau

de consommation suffisant pour éviter la surproduction.

35 Winslow TAYLOR (1856-1915), ingénieur américain. 36 Henry FORD (1863-1947), constructeur automobile, fondateur de l’entreprise du même nom.

Page 20: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

20

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

L’usine fordiste Source : www.fr.ford.be

La production de masse a rendu possible une consommation de masse, les gains de

productivité ayant permis l’augmentation des revenus. L’évolution technologique née de la

seconde guerre mondiale a accentué le phénomène. La CROISSANCE FORDISTE, ainsi qu’on l’a

dénommée, a partiellement structuré notre société actuelle :

elle a accéléré l’urbanisation, commencée au XIXème siècle (parfois même au XVIIIème),

et la concentration des entreprises ; aujourd’hui, 55% de la population mondiale vit en

ville (plus de 75% en Europe) ;

le salariat s’est généralisé37, mais s’est également transformé; la « lutte des classes »

chère à Marx s’est traduite au XXème siècle par deux revendications fondamentales :

fixation d’un contrat salarial type, et établissement de la durée du travail à partir de

laquelle est fixé le salaire horaire de base ;

le progrès technique a modifié la structure sociale des pays développés : le poids

des ouvriers au sein de la population active a diminué, au profit des employés et des

cadres, générant une importante « classe moyenne »38 ;

l’économie a largement évolué vers le tertiaire ; cela est dû, d’une part, à l’évolution

de la consommation des ménages, et d’autre part, au nombre croissant de « cols blancs »

dans les entreprises ; les gains de productivité limités dans les services, la difficulté de les

délocaliser maintiennent en outre la nécessité d’une main-d’œuvre importante, bien qu’il

semble qu’une « révolution tertiaire » similaire à la révolution industrielle soit en marche.

37 Le salariat ne s’est réellement développé qu’au XVIIIème. Ce modèle résistera-t-il aux profondes mutations de ce début du XXIème siècle ? Des spécialistes prévoient son effondrement ; voyez l’article à la page suivante. 38 Voyez le graphique de J. FOURASTIE page 18. L’INSEE (France) définit la « classe moyenne » en fonction du revenu disponible ; elle est composée des 5 déciles au-dessus des 3 déciles inférieurs ; autrement dit, il s’agit des revenus (50%) situés entre les 30% les plus pauvres et les 20% les plus riches ; pour un ménage avec 2 enfants, cela donne un revenu disponible net mensuel situé entre 3.100 € et 4.800 € (2014). Selon diverses études, son volume stagnerait, voire serait en régression !

Page 21: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

21

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Portefeuille de lecture/10 : la fin du salariat ? (Le Vif/Express – août 2015)

http://trends.levif.be/economie/entreprises/le-modele-social-bati-sur-le-salariat-est-en-train-de-s-

effondrer/article-normal-396295.html

Page 22: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

22

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

COMMENT FAVORISER LA CROISSANCE ?

investir massivement dans l’éducation et la formation, en organisant un système

éducatif cohérent, et en incitant (et permettant à) la population de l’utiliser au mieux, tant

dans les pays riches que dans les pays pauvres. Dans un article paru dans le Business

Week du 22/11/199939, Gary BECKER40 explique bien que mettre les enfants au travail

plutôt que de les envoyer à l’école est dans beaucoup de pays pauvres une nécessité, une

question de survie pour les familles ; pour sortir de ce cercle vicieux, il propose de

rémunérer les mères pauvres dès lors que l’école certifie que l’enfant suit les cours. Il

faut aussi, dans les pays moins riches, éviter la fuite des cerveaux (les universitaires

partent vers les pays riches, où le niveau de vie est meilleur ; les étudiants partis faire

leurs études dans les pays riches ne rentrent pas) ;

contrôler l’évolution démographique : une forte croissance démographique,

supérieure à celle du PIB, réduit le RN par habitant et pose souvent des problèmes au

système éducatif ; en outre, il faut à terme une croissance soutenue pour « absorber »

l’augmentation de la population active41 ;

encourager l’investissement, qui favorise la croissance à long terme, et la recherche

et le développement, pour favoriser le progrès technologique.

Il faut y ajouter la nécessité d’assurer une stabilité politique, garante d’un Etat capable de

faire respecter notamment les droits « économiques et sociaux ». Notez que nombre de

théoriciens soulignent le lien entre développement économique et démocratie42.

REFLEXION : QUELLE CROISSANCE ?

Cette croissance a surtout marqué la période 1946 – 1975 ; la suraccumulation qu’elle a

générée s’est révélée facteur de crise. En outre, les modes de production et de

consommation qui en découlent dans les pays « riches » (et maintenant dans les pays

émergents) génèrent incontestablement un ensemble d’externalités négatives, parmi

lesquelles des flux migratoires ingérables et en partie non désirés, l’épuisement des

ressources naturelles, et la pollution, facteur de changement climatique mettant en péril la

viabilité même de la planète.

39 Article reproduit dans G. MANKIW et M. TAYLOR, op. cit., pp 661-662. 40 Voyez leçon 3 41 C’est ce que démontre la loi d’OKUN, que nous étudierons à la leçon 8. 42 Voyez la fiche de lecture 1/7 ci-après et également James GWARTNEY, rapport annuel « Economic freedom of the world » - http://www.workforall.net/Contact_workforall.html

Page 23: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

23

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Dès le début des années 1970, le Rapport du CLUB DE ROME mettait déjà ces éléments en

évidence, préconisant une croissance zéro pour éviter les catastrophes à venir. Après avoir

suscité intérêt et inquiétude, le Rapport a été vite oublié. En ce début de XXIème siècle, force

est pourtant de constater que ses auteurs étaient des visionnaires éclairés, qui ont sans

doute eu tort … d’avoir raison ! En voici un passage court mais édifiant43 :

Alors, quid ? Comme je l’ai dit plus haut, la croissance est un problème à la fois

démographique et économique. Si le taux de croissance de la population mondiale du début

des années 2000 (1,2%) se maintenait, la Terre compterait près de 14 milliards d’habitants

en 2100. Possible ? On imagine que dans les conditions de vie actuelle, c’est peu probable.

Mais apparemment, les prévisions à 50 ans vont plutôt dans le sens d’une stabilisation de la

population, avec une croissance négative pour tous les continents sauf l’Afrique. Il est en

tout cas urgent de « contrôler » cet aspect démographique44, et diverses politiques peuvent y

contribuer45. Sur le plan économique, la croissance dépend notamment du rythme des

innovations technologiques, facteurs de productivité, impossible à prévoir à long terme, et en

particulier de la découverte de nouvelles énergies. Les prévisionnistes tablent sur un taux

n’excédant pas 1,5%, et encore…46 Le problème est qu’elle semble indispensable pour

soutenir l’emploi, tant que la population augmente. Pas de croissance soutenable sans

contrôle démographique ? Ceci nous amène à la loi d’OKUN …

43 D.H. & D.L. Meadows, J. Randers, W.W. Behrens III, MIT, Halte à la croissance ? Rapport sur les limites de la croissance, 1972, in Geert MAK, Voyage d’un Européen à travers le XXème siècle, 2007, Gallimard, p 767 44 Avec 1,8 enfant par femme, la population diminue mécaniquement de 0,3%/an, avec 2,2 enfants, elle augmente de 0,3%. 45 Education des femmes, accès à la contraception ; politique familiale (allocations, crèches, travail des conjoints, …) 46 Il est à remarquer qu’un taux de 1% suffit à changer la vie en une génération (30-35 ans). Dans les années 1980, pas d’internet, de GSM, GPS, CD, DVD, peu d’imagerie médicale,… Voyages en avion et études universitaires pour une minorité, …

Page 24: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

24

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

LA RELATION PIB – CHÔMAGE : LA LOI D’OKUN

Objectif 5 : analyser succinctement la relation entre la croissance et le chômage à travers la

loi d’OKUN, et ses conséquences

La LOI D’OKUN47 relie48 le taux de croissance du PIB et le taux de chômage.

UN TAUX DE CROISSANCE NECESSAIRE (α) …

Selon OKUN, un « certain » taux de croissance réel positif (appelons-le α - alpha) est

nécessaire pour éviter une hausse du chômage. Ce taux provient essentiellement de

deux facteurs : l’évolution de la population active et celle de la productivité.

Autrement dit, une croissance réelle zéro peut générer une hausse du chômage !

Ainsi, en France, entre 1970 et 1989, il fallait un taux de croissance du PIB de 4,94% pour que le chômage

commence à baisser ; entre 1990 et 2007, ce taux est passé à 1,9%. Le calcul est le suivant :

la hausse de la population active est en moyenne de 0,9% par an ;

la hausse de la productivité horaire est en moyenne de 1,7% ;

il faut tenir compte d’un impact négatif de -0,7% dû aux « 35 heures49 ».

On comprend aisément que ce taux de croissance varie d’un pays à l’autre et dans le temps,

puisqu’il dépend notamment de l’évolution démographique et de la législation sociale au sens

large (obligation scolaire, durée hebdomadaire du temps de travail, âge de la retraite, …).

Cet aspect de la loi d’OKUN valide l’explication « démographique » de la forte croissance du chômage dans les

années 1970 : l’augmentation de la population active due au baby-boom a fait monter α, en même temps que la

croissance réelle s’est tassée (voyez la leçon 7 à ce sujet).

La variation du chômage va donc se mesurer en terme d’écart du taux réel de croissance par

rapport au taux α. Autrement dit, peut-on mesurer par une formule (et donc prévoir) la

variation du taux de chômage lorsque la croissance réelle est par exemple de 1% en-deça ou

au-delà d’α ?

… ET LE COEFFICIENT D’OKUN (φ)

La variation du chômage résultant de l’écart du taux de croissance par rapport à α est

mesurée par le coefficient d’OKUN (φ - phi)50. Si ce coefficient est par exemple de 0.6, un

taux de croissance de (α+1)% diminue le chômage de 0.60%. Ce coefficient s’explique par

deux phénomènes cumulatifs :

47

Arthur Melvin OKUN (1928-1980), économiste américain, Président du Council of Economic Adviseur de J.F. KENNEDY (Président des USA de 1961 à 1963) : Potential GNP: Its measurement and significance, American Statistical Association, Proceedings of the Business and Economics Section, 1962 48 Dans sa version simple. 49 Etude de l’INSEE. La France est passée en 2000 de la semaine des 40 heures (ou 39) à celle des 35 heures. 50 Ce coefficient est calculé par une droite de régression sur les séries annuelles de variation du taux de chômage et de variation du PIB – voyez le graphique à la page suivante.

Page 25: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

25

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

quand les entreprises sont confrontées à une stagnation ou une baisse provisoire de la

demande, elles décident parfois de ne pas licencier (concept de thésaurisation du

travail), ce qui crée en fait un « chômage déguisé » ; elles n’ajustent pas l’emploi

strictement proportionnellement à la production, car d’une part, certains travailleurs sont

indispensables quelle que soit la production, et d’autre part, des opérations telles que le

licenciement, l’embauche ou la formation de travailleurs coûtent cher ; lors d’un

ralentissement conjoncturel, les entreprises préfèrent garder leurs employés dans l’attente

de la reprise ;

lorsque l’emploi est en hausse, des inactifs (donc « non chômeurs ») se mettent à

chercher activement de l’emploi et sont dès lors comptabilisés en tant que chômeurs (on

dit que le taux de participation augmente – voyez cette notion à la leçon 7).

Lorsque l’on connaît les valeurs de α et de φ, il est simple de déterminer toutes choses égales par ailleurs le taux

de croissance du PIB nécessaire pour faire baisser le taux de chômage d’un certain montant. Si nous supposons

α=2% et φ=0.6, et que l’on souhaite une baisse du chômage de 2.5%, le taux de croissance nécessaire x sera tel que

∆μ = -φ(x – α) soit -2.5=-0.6(x-2) ► x6% ; 2% sont indispensables pour éviter une hausse du chômage, et 4% au-

dessus de ce taux font baisser le chômage de (0.6 * 4), soit 2.4%.

Les analyses économétriques montrent également pour ces dernières années une

augmentation du coefficient d’Okun dans un certains nombre de pays : les variations du

taux de chômage seraient plus élastiques au taux de croissance du PIB ; explications :

la compétition accrue sur le marché des biens et des services a forcé les entreprises à

réduire la thésaurisation du travail, afin de comprimer les coûts ;

sous la pression du secteur privé, les Etats ont dû « déréguler » le marché du travail ;

moins celui-ci est rigide, plus le chômage est effectivement élastique au taux de

croissance : contrats court terme, facilités de licenciement, …

En France, les chiffres de l’INSEE indiquent un coefficient de 0.19 pour la période 1970-1989, et de 0.57

actuellement. Cela signifie que lorsque la croissance dépasse α d’un point, le taux de chômage diminue 3 fois plus

vite qu’avant. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle : en cas de faible croissance ou de récession, les entreprises

licencient aussi 3 fois plus qu’avant. A titre de comparaison, le coefficient est de 0.85 en Espagne et de 0.19 au

Japon51.

CONSEQUENCES

Les conséquences de la loi d’Okun sont d’une importance vitale :

une croissance économique faible ne fera pas baisser le chômage ;

paradoxalement, on peut donc avoir une économie « en bonne santé » et un chômage qui

augmente ;

51 Ce faible coefficient est le reflet du concept japonais « d’emploi à vie ».

Page 26: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

26

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

la hausse de la productivité, qui est bonne pour les entreprises, est mauvaise pour

l’emploi ; tout aussi paradoxalement, prôner l’augmentation de la productivité pour assurer

la compétitivité de nos entreprises peut conduire à la destruction d’emplois ;

certains politiciens et économistes estiment que la réduction du temps de travail

constituent un remède contre le chômage ; l’exemple français ci-dessus montre qu’une

réduction de plus de 10% du temps de travail produit des effets très limités, notamment

parce qu’elle permet des augmentations de productivité (réorganisation du travail, …) ;

l’augmentation de la population active (forte natalité, flux migratoire important)

est un phénomène tout aussi mauvais pour la réduction du chômage. Le baby-

boom des années d’après-guerre nous a appris que les enfants engendrent d’abord des

coûts importants pour la société (système scolaire), puis sont les demandeurs d’emplois de

demain et les retraités d’après-demain. A défaut d’une forte croissance, tous les pays qui

connaissent une natalité « galopante » ont de sérieux problèmes de chômage, notamment

chez les jeunes. Ceux qui acceptent une immigration massive suivent le même chemin, ils

vont le comprendre, trop tard ? Retour aux idées Malthusiennes52 ???

La loi d’Okun fait régulièrement l’objet d’études ; on constate sur les séries quelques anomalies, comme le

montre le graphique53 ci-dessous pour les USA ; en 2009, le PIB baisse de 0.5 point ; la loi d’Okun prévoyait une

hausse du chômage de 1.2%, il a augmenté de 3% ; en 2011, le PIB croît de 1.6%, le chômage baisse de 0.9 point,

alors qu’il aurait dû augmenter. Cela peut s’expliquer par les décalages qui existent entre la perception de la

variation de croissance et la réaction des entreprises. En 2009, elles auraient ainsi surréagi à la crise en licenciant

beaucoup, et auraient dû se « rattraper » en 2011.

52 Voyez les leçons 1 et 7, la croissance est aussi un problème démographique. 53 Emily Burgen, Brent Meyer et Murat Tasci, An elusive relation between unemployment and GDP (Gross Domestic Product) growth: Okun’s law, 2012, Federal Bank of Cleveland; la technique utilisée est celle de la régression linéaire par la méthode des moindres carrés (OLS, ordinary least square) ; cette méthode donne l’équation de la droite de régression; dès lors que l’on dispose de la prévision du taux de croissance du PIB, on peut en déduire la variation du taux de chômage.

Page 27: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

27

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Portefeuille de lecture/11 : croissance zéro ?

Page 28: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

28

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

SECTION 4 : CYCLES ECONOMIQUES & CONJONCTURE

Objectif 6 : appréhender la notion de cycle conjoncturel et les théories y associées.

L’analyse des chiffres du PIB nous a montré que son évolution n’était pas constante dans le

temps ; certaines années, la croissance est forte, d’autres, faible voire négative.

Dès le milieu du XIXème siècle, les économistes se sont intéressés aux mouvements de

certaines variables macro-économiques, et ont tenté à l’aide de techniques mathématiques

de dégager des constantes dans l’évolution du PIB, aboutissant à trois types de cycles :

un cycle long, le « KONDRATIEFF » ;

un cycle court, le « JUGLAR », que l’on appelle communément CONJONCTURE ;

des variations saisonnières.

LE CYCLE DE KONDRATIEFF54

A partir de séries statistiques, Kontratieff a mis en évidence l’existence de cycles longs (30

à 60 ans), comportant :

une phase ascendante, caractérisée par une forte croissance et le développement des

entreprises ;

une phase descendante, avec hausse du chômage et concentration des entreprises.

Plusieurs théories expliquent le cycle de Kondratieff :

la création de monnaie : la surliquidité engendrent une forte inflation (théorie quantitative

MV = PQ) qui provoquerait des crises financières, sources de ralentissement de la

production et de phases de récession ;

les vagues d’innovations technologiques (SCHUMPETER)55 : les grappes d’innovation

(machine à vapeur et industrie textile à la fin du XVIIIème, chemin de fer et acier à partir

de 1830, …) sont à l’origine à la fois des phases d’expansion puis des phases de récession

lorsqu’elles arrivent « à maturité ». En fait, lorsque des pays (ou zones) détiennent un

monopole sur les secteurs innovants (Europe, puis USA après la 2de guerre mondiale), la

croissance est rapide ; lorsque l’imitation et donc la compétition apparaissent, les prix et

les profits des entreprises diminuent, pouvant générer une récession.

54 Nikolaï Dmitrievitch KONDRATIEFF - ou KONTRATIEV - (1892-1938), économiste russe ; sa théorie montre que le capitalisme reprendrait son expansion après chaque crise, ce qui est à l’opposé des thèses marxistes ; Staline le fit condamner à la déportation au goulag, puis fusiller durant les grandes purges de 1938. 55 Joseph Aloïs SCHUMPETER (1883-1950), économiste autrichien, émigré aux USA, professeur à Harvard.

Page 29: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

29

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Le graphique de gauche montre les 5 cycles Kondratieff depuis la révolution industrielle de

la fin du XVIIème, celui de droite l’évolution des valeurs du S&P 50056 au cours des cinq

cycles ; notons qu’il prévoit aussi la naissance du 6ème cycle basé sur les technologies de

l’environnement, les nano57- et biotechnologies, …

Source graphique de gauche : www.indiinvest.narod.ru

LE CYCLE DE JUGLAR58

Juglar décrit un cycle périodique des « affaires » (la CONJONCTURE) de 8 à 11 ans,

composé de 3 phases : expansion, crise, liquidation. Aujourd’hui, les économistes parlent

d’un cycle à 4 phases : expansion, crise, récession, reprise. Notez que les phases sont plutôt

asymétriques, contrairement au schéma théorique représenté ci-dessous.

56 Le S&P 500 est un indice boursier (propriété de l’agence de notation Standard & Poor’s) basé sur les 500 plus grandes sociétés cotées aux USA. 57 Nanomètre = 10-9 m. Nanomatériaux : application dans de nombreux domaines : santé, sports (vêtements, …), informatique, … 58 Joseph Clément JUGLAR (1816-1905), médecin et économiste français, « Des crises commerciales et de leur retour périodiques en France, en Angleterre et aux Etats-Unis » (1862).

Page 30: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

30

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Durant la phase d’expansion, la demande est soutenue, l’activité économique augmente et

pousse les entrepreneurs à investir ; en général, les prix sont à la hausse.

La « crise » correspond à la phase de retournement du cycle). Juglar utilise une formule

choc : « la cause de la misère, c’est la prospérité », signifiant par là que c’est durant la phase

d’expansion que se mettent en place les facteurs récessifs. L’inflation provoquée par

l’accroissement de la masse monétaire engendre une perte de compétitivité des entreprises

sur les marchés internationaux. Les entreprises ayant souvent surestimé les débouchés, il y

a surproduction.

La phase de récession qui suit se caractérise par une compression du crédit (qui engendre

une baisse de la demande et des investissements), une diminution de la production, un

accroissement du chômage, la disparition des entreprises les plus fragiles, la baisse des prix.

Une fois l’économie assainie, la croissance peut repartir à la hausse (reprise).

Notons qu’à l’intérieur du cycle de Juglar se profile un cycle plus court, celui de Kitchin59, qui

concerne les mouvements de stocks : les entreprise ont tendance à surstocker en période

d’expansion ; elles vont alors anticiper un ralentissement de l’activité et déstocker, entraînant

la récession. Toutefois, dans une économie tertiarisée, les stocks jouent un rôle beaucoup

moins important que dans une économie industrielle.

60

A travers l’analyse des cycles, les économistes essaient de prévoir la survenance des

récessions, notamment afin que les pouvoirs publics puissent prendre à temps des mesures

pour les amortir. Cela nous amène à nous intéresser aux politiques économiques.

59 Joseph KITCHIN (1861-1932), statisticien anglais. 60 Stocks dow : la courbe représente l’évolution du Dow Jones, indice de la Bourse de New-York (et plus vieil indice au Monde) basé sur 30 entreprises importantes ; housing bust : bulle immobilière (leçon 8).

Page 31: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

31

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

SECTION 5 : POLITIQUES ECONOMIQUES

Objectif 7 : s’approprier les concepts fondamentaux de la politique économique

POLITIQUES ECONOMIQUES : ENSEMBLE DES DECISIONS PRISES PAR LES AUTORITES

(GOUVERNEMENT, BANQUE CENTRALE) VISANT A ATTEINDRE VIA L’UTILISATION

D’INSTRUMENTS SPECIFIQUES UN CERTAIN NOMBRE D’OBJECTIFS MACROECONOMIQUES.

L’OBJECTIF : LE CARRE MAGIQUE DE KALDOR

Nicholas KALDOR61 dans son CARRE MAGIQUE62, a détaillé 4 objectifs fondamentaux63 :

CROISSANCE

8

(Tx croissance PIB)

EQUILIBRE EMPLOI 0 EXTERIEUR

10 (Tx inflation)

-1

0 (Tx chômage) 0 10 -2 +2 (en % PIB)

STABILITE DES PRIX

Le mot « magique » (en vert) vient du fait qu’il semble utopique d’atteindre l’ensemble des

objectifs en même temps. Mais plus le quadrilatère obtenu avec les données courantes du

pays se rapproche du carré magique, plus la situation est favorable. Comparons :

Pays Croissance PIB chômage inflation Equil extérieur *

A 2% 4% 4% -1%

B 2,5% 3% 2% +1%

* en % du PIB.

B est plus proche du carré de Kaldor ; ses « fondamentaux » économiques sont meilleurs.

61 Nicholas KALDOR (1908-1986), économiste britannique d’origine hongroise, 62 J-Y. CAPUL et O. GARNIER, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Hatier, 2005, p 330. 63 Les montants sur les axes sont de mon choix ; j’ai dans mon exemple considéré que l’objectif de croissance était de 8% (j’aurais pu choisir 4 ou 7%) et celui de la BTC de +2% (du PIB).

Page 32: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

32

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

Détérioration des fondamentaux : Carrés magiques de la Belgique – 2000 & 201464

TYPOLOGIE DES POLITIQUES & DES INSTRUMENTS

La politique économique implique des choix contraignants, dès lors que certains objectifs se

révèlent contradictoires.

Nous verrons ultérieurement qu’un conflit peut exister entre les objectifs de plein emploi et de stabilité des prix65.

Par ailleurs, si les autorités pratiquent une politique de relance de la demande globale et que l’offre nationale ne

s’adapte pas, ce sont les entreprises étrangères qui en profiteront, avec pour conséquence un déficit extérieur66

Enfin, des accords internationaux réglementent certaines matières (exemples : UE : subventions aux entreprises,

droits de douane, libre circulation des biens et des personnes, accueil des immigrés, déficit et dette publiques, … ;

OMC67 : liberté du commerce international ; FMI : endettement extérieur ; …), limitant la marge de manœuvre des

Etats.

Nous distinguerons :

les politiques conjoncturelles, en général à court et moyen termes, visant

essentiellement et directement les objectifs du carré magique ;

les politiques structurelles (long terme), visant à améliorer les structures de

l’économie ; citons par exemple les politiques industrielle, agricole, des transports, la

réforme de certains marchés (travail, …).

Les deux sont complémentaires ; les politiques structurelles visent à mieux armer le système

économique pour atteindre une croissance durable et affronter les chocs conjoncturels.

64 Le site http://www.ses.ac-versailles.fr/extras/bd/carre/carre.html permet de construire des carrés magiques. Il permet également de visualiser les carrés magiques de 175 pays sur une trentaine d’années. 65 Leçon 7, courbe de Phillips. 66 Ce fut le cas en France en 1981, sous le 1er gouvernement socialiste du Président François Mittérand. 67 Organisation Mondiale du Commerce, « gendarme » du commerce international (leçon 8).

Page 33: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

33

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

En matière conjoncturelle, une politique de relance stimule la demande globale (Keynes), une

politique de stabilisation (ou de rigueur, voire d’austérité) lutte contre l’inflation et les déficits

publics. Les instruments sont les moyens (variables ou changements institutionnels)

utilisés pour atteindre les objectifs :

Politique Instruments Actions sur

Budgétaire & fiscale Dépense publique G

Impôt T

DG

DG via Yd & C

Monétaire Masse monétaire M DG via i, et donc C & I

Emploi & revenus Prix & salaires Marché du travail, compétitivité

Change Taux de change DG via (X-M)

Offre (Supply Side) Mesures structurelles Système économique

CLASSIQUES VS KEYNESIENS

Nous avons vu au début de cette leçon comment les deux grands courants de pensée

(classique et keynésien) s’opposaient quant à la manière dont se réalise l’équilibre

macroéconomique ; ce débat se retrouve dans la mise en œuvre des politiques économiques.

Les politiques keynésiennes sont surtout de type conjoncturel : éviter la surchauffe

lors des phases d’expansion du cycle, soutenir la demande et donc l’activité économique

durant les phases de récession. Les « classiques » (néo-classiques, monétaristes)

préfèrent la lutte contre l’inflation et l’amélioration de la compétitivité qui permet le

développement de la production et la création d’emploi. Ils préconisent la mise en place de

politiques d’offre :

politique de contrôle direct de la masse monétaire (MV = PQ) ;

politique de revenu : contrôle direct des prix et rémunérations (exemple : en cas

d’inflation : freiner l’augmentation des salaires nominaux), et créer un climat de

modération ;

Supply-side policies (politiques de long terme) : politiques de stimulation de l'offre :

freiner la hausse ou la baisse des salaires réels via un rétablissement de la flexibilité

des marchés :

rétablir la concurrence ;

augmenter la mobilité et la flexibilité sur le marché du travail ;

pas d’indexation automatique des salaires ;

stimuler l’innovation.

ETATS DE LA ZONE EURO : INSTRUMENTS LIMITES

Les Etats de la zone euro ne disposent plus individuellement de la maîtrise totale de

leurs instruments classiques de politique économique :

la politique monétaire est dirigée par la Banque Centrale Européenne (BCE),

organe indépendant des pouvoirs politiques tant européens que nationaux ;

Page 34: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

34

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

idem en ce qui concerne la politique de change ;

les autorités nationales n’ont plus le loisir de manipuler le taux de change ; la BCE surveille l’évolution du

cours de l’Euro essentiellement par rapport au $ et au Yen, et décide da la politique à mener en fonction de

critères globaux, et non selon les desideratas des Etats membres ;

la politique budgétaire et fiscale est contrainte par les normes sur la dette et sur

le déficit public68 ;

l’objectif est d’éliminer les déficits structurels, et n’accepter que des déficits conjoncturels en période de

récession. Pratiquement, un pays peut stimuler son économie via une politique fiscale adéquate, à condition de

ne pas compromettre l’équilibre du budget ;

il ne reste alors aux mains des Etats que les politiques d’offre et la politique de

l’emploi et des revenus, qui sont essentiellement de type structurel.

POLITIQUES CONJONCTURELLES : TRANSMISSION DES IMPULSIONS

Un des problèmes récurrents en matière de politiques conjoncturelles est la transmission des

impulsions vers les variables visées. Comment une diminution des taux d’intérêt (politique

monétaire), une réduction d’impôt ou un accroissement du budget de l’Etat (politique

budgétaire et fiscale) agissent-ils sur le PIB, avec quelle ampleur et après quel laps de

temps ? Le schéma synthétique (keynésien) ci-dessous démontre la complexité du problème.

Source : J. Brémond et A. Gélédan, Dictionnaire des théories et mécanismes économiques, Hatier, 1991, p 245,

schéma complété par l’auteur.

68 Voyez l’exposé de ces principes à la leçon 4, section 4, les dépenses publiques.

Pol fiscale

& transf Dép publ

Politique

monétaire

Page 35: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

35

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

FICHE 1/7 : THEORIES ECONOMIQUES & IDEOLOGIES POLITIQUES

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la plupart des pays occidentaux adoptèrent, pour un temps au moins, les vues de Keynes. Puisque l’économie est confrontée à des cycles économiques prolongés, qu’aucune « main invisible » ne peut contrer, il appartient aux gouvernements d’imposer des politiques anticycliques, notamment pour relancer la demande et l’emploi dans les phases de récession. Le rôle de l’Etat est donc primordial. Bien que la ligne de démarcation idéologique soit parfois difficile à fixer, ce sont surtout les partis politiques « de gauche » (travaillistes en GBR, socialistes et sociaux-démocrates en Europe continentale, démocrates aux USA) qui ont trouvé dans les théories keynésiennes une plate-forme électorale : transferts sociaux vers les classes sociales moins aisées, services publics importants (transports, communications, énergie, …), nationalisation de secteurs-clé (charbonnages, automobile), très nombreuses législations destinées à combattre les errements du marché et à le réguler, … La crise née du premier choc pétrolier

(début des années 1970) a démontré à son tour la relative fragilité des théories keynésiennes et ses effets pervers : inflation, dérapage des déficits publics, nécessité de taux d’imposition élevés pour les financer, maintien artificiel d’outils industriels obsolètes pour éviter chômage et conflits sociaux, …, ce qui a divisé la famille socialiste (Blairisme69 en UK). Les théories néo-classiques et monétaristes ont trouvé un écho plus ou moins favorable au sein de formations politiques dites « de droite » (républicains aux USA, conservateurs en GB, partis libéraux ou réformateurs en Europe Continentale). Elles furent appliquées aux USA dès l’élection de Ronald REAGAN (1980) et, avec plus de vigueur encore en Grande-Bretagne, par Margaret TATCHER (on parle dès lors de « Reaganisme » et de « Tatchérisme » pour qualifier leurs doctrines politiques), certains diront avec un succès relatif. Le NEO-LIBERALISME se base notamment sur la théorie de l’offre ; comme l’affirme George GILDER, « l’offre est la source des bienfaits du capitalisme »70. L’Etat doit donc tout mettre en

œuvre pour favoriser l’offre ; « tout mettre en œuvre » est un euphémisme : il s’agit pour les pouvoirs publics de rendre le pouvoir au marché, en « créant » un cadre institutionnel et légal propice à la concurrence : privatisations, dérégulation, … Qui a raison, qui a tort ? Le débat reste largement ouvert.

69 Tony BLAIR (1953), 1er Ministre britannique de 1997 à 2007 ; il a profondément réformé le parti travailliste, très à gauche, en l’amenant à un « libéralisme social », très éloigné de la ligne des partis socialistes français et « wallon ». Une partie du SP-a flamand a rejoint ses thèses. 70 Georges GILDER (1939), politologue et économiste américain, proche du parti républicain ; « Richesse et Pauvreté », Albin Michel, 1981, p 43 ; on dit qu’il fut le livre de chevet de Ronald Reagan.

Page 36: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

36

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

RESUME

1. L’équilibre du revenu national implique que l’offre agrégée soit égale à la demande agrégée. Les économistes Classiques et Keynésiens s’opposent sur la manière dont cet équilibre se réalise : les premiers affirment que la demande s’adapte à l’offre (loi de SAY) et que l’ajustement s’effectue par des variations de prix ; les seconds montrent que l’offre s’adapte à la demande et que l’ajustement s’effectue par des variations d’output. Ces vues divergentes ont des conséquences en terme de politique économique.

2. Alors que les Classique affirment que l’équilibre ne peut être que de plein emploi, la théorie Keynésienne part du principe que les prix et les salaires sont rigides à court terme, et qu’il n’existe donc aucun mécanisme autorégulateur assurant le plein emploi. Le système économique peut fonctionner en équilibre de sous-emploi, la production étant inférieure au produit potentiel, et ce parce que la demande globale est insuffisante. Dans ce cas, c’est sur elle qu’il faut agir, notamment par un accroissement des dépenses publiques. Par contre, s’il y a « surchauffe », de telle sorte que l’équilibre réel s’établisse au-delà de l’équilibre de plein emploi, il y aura inflation par la demande. A l’aide de l’équation de demande agrégée et de la notion de propension marginale à consommer, JM KEYNES démontre qu’une augmentation exogène des dépenses autonomes (dépenses publiques, investissements) aura un impact final bien supérieur par l’effet du multiplicateur.

3. Le modèle OG-DG constitue l’outil d’analyse contemporain par excellence. La demande globale représente le volume total de production susceptible, toutes choses égales par ailleurs, d’être acheté à un niveau de prix donné. Ses composantes sont la consommation privée, les dépenses publiques, l’investissement et les exportations nettes (C+I+G+[X-M]). Sa courbe exprime la relation entre le niveau général des prix et la dépense nationale. Elle est décroissante en raison des effets « richesse » (une baisse du niveau général des prix accroît la pouvoir d’achat, à offre de monnaie constante, ce qui favorise la consommation), « taux d’intérêt » (dans le même contexte, l’épargne croît, faisant baisser les taux d’intérêt, ce qui favorisera l’investissement) et « taux de change ». La demande globale varie en fonction de mesures de politique économique, notamment budgétaires et fiscales, qui accroissent les dépenses publiques et / ou le revenu disponible, et en fonction de variables exogènes au modèle, telles que le prix des matières premières importées ; dans ces cas, la courbe se déplace.

4. Le produit potentiel (PIB potentiel) se définit comme la quantité maximum de biens et services qu’une économie peut produire dans la stabilité des prix, compte tenu des contraintes en terme de facteurs de production ; la stabilité des prix suppose l’existence d’un « taux de chômage naturel (ou structurel – NAIRU)», auquel les pressions à la hausse et à la baisse des salaires et des prix s’équilibrent. L’offre globale est définie comme le niveau de l’output réel produit à chaque niveau de prix donné ; elle est déterminée par le produit potentiel, dépendant lui-même des quantités de facteurs disponibles et de la technologie, et par le coût de ces facteurs. La variation des ces éléments déplace la courbe d’offre globale. A court terme, cette courbe est croissante, une baisse du niveau général des prix déprimant la production, notamment pour cause de viscosité des salaires et des prix. A long terme, cette courbe est verticale, égale au produit potentiel.

Page 37: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

37

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

5. Depuis plusieurs décennies, une controverse oppose les tenants de la théorie classique et ceux de la théorie keynésienne. Le problème réside dans la cause de la récession : une baisse de la demande globale peut être combattue par une politique active agissant sur cette demande; par contre, dans le cas d’une dépression de l’offre qui crée à la fois chômage et inflation (stagflation), une politique de relance de la demande peut résoudre le problème de chômage mais pas celui de l’inflation. Après la seconde guerre mondiale, la plupart des pays ont mis en place des politiques anticycliques favorisant la demande et l’emploi. Toutefois, la crise née du premier choc pétrolier, au début des années 1970, a montré une relative inadéquation des politiques keynésiennes. Né dans les années 1950, sous l’impulsion de Milton Friedman, le courant néo-libéral monétariste soutient que ces politiques génèrent de l’inflation; il revient à la théorie de l’offre; l’Etat doit tout mettre en œuvre pour favoriser celle-ci, en créant un cadre propice à la concurrence. 6. La croissance économique se définit comme l’augmentation de la production sur une période relativement longue ; il s’agit d’une notion quantitative, alors que le terme « développement » inclut plutôt des éléments qualitatifs. Expliquer la cause de la croissance tient en un mot : PRODUCTIVITE ; c’est parce qu’elle augmente que l’on produit plus avec moins de ressources, qui deviennent ainsi disponibles pour d’autres activités. C’est ainsi que l’économie est passée d’un niveau de « subsistance » à une consommation de masse. Les déterminants de la productivité sont le capital humain, le capital physique, les ressources naturelles, la technologie.

7. La croissance qu’ont connue les économies industrialisées au XXème siècle repose non seulement sur le progrès technique, mais aussi sur un mode d’organisation du travail issu de deux modèles : le Taylorisme et le Fordisme. Ce dernier repose sur les principes du travail à la chaîne et de la standardisation des produits. Pour éviter le rejet par le travailleur et la surproduction, les salaires sont augmentés. La croissance fordiste a partiellement structuré notre société, en accélérant l’urbanisation, en généralisant le salariat et en modifiant la philosophie de la lutte des classes. Le progrès technique a poussé l’économie vers le tertiaire.

8. La loi d’OKUN montre que les variations de l’emploi ne sont pas proportionnelles à celles de la production, ce qui implique de la part des entreprises une forme de thésaurisation du travail. Des études économétriques ont démontré qu’une certaine croissance positive du PNB était indispensable pour éviter une montée du chômage ; ce taux dépend de la croissance de la population active et de celle de la productivité. Au-delà joue le coefficient d’OKUN : chaque fois que le taux de croissance effectif s’écarte du « taux indispensable », le coefficient permet de calculer la variation du chômage. Les études montrent un accroissement de ce coefficient, dû notamment à la concurrence accrue sur le marché des biens et services et à la dérégulation sur le marché de l’emploi.

9. L’évolution du PIB n’est pas un long fleuve tranquille. A des phases d’expansion (croissance positive) succèdent des phases de récession (croissance négative). Dès le XIXème, les économistes ont tenté de dégager une récurrence dans ces phases. Kondratieff a ainsi mis en évidence un cycle long (expansion-récession) d’une durée de 30 à 60 ans ; selon Schumpeter, ce cycle semble lié aux vagues successives d’innovations technologiques depuis le début de l’ère industrielle. Les recherches empiriques de Juglar ont décelé un « cycle des affaires », que l’on qualifie de « conjoncture ». Ce cycle, d’une durée de 8 à 11 ans, comporte une phase d’expansion ; la surchauffe de l’économie débouche sur une crise de surproduction, et l’on rentre en récession (chômage, disparition d’entreprises) ; l’économie assainie peut alors repartir en croissance.

Page 38: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

38

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

9. Afin d’amortir les chocs conjoncturels et de favoriser la croissance économique, l’Etat met en place des politiques économiques, qui visent en fait à ce que les paramètres fondamentaux du système économique se rapprochent de ceux du carré magique de Kaldor (croissance, chômage, inflation, équilibre extérieur). Un des problèmes est que l’on ne peut semble-t-il atteindre simultanément tous les objectifs. On retrouve en matière de politique économique le traditionnel débat Keynésiens vs Néo-classiques. Les tableaux ci-dessous donnent un aperçu synthétique des politiques (anti) conjoncturelles :

EXPANSION : SURCHAUFFE & INFLATION PAR LA DEMANDE

P monétaire Commentaires P budg & Fisc Commentaires

i (via M) politique keynésienne : objectif : Y via C et I

(G-T) : T G

politique keynésienne : objectif : C via Yd objectif : Y

M politique monétariste : objectif : P (MV=PT)

///////////////////

Inefficace selon les monétaristes.

DEPRESSION

P monétaire Commentaires P budg & Fisc Commentaires

i (via M) politique keynésienne : objectif : Y via C et I mais: efficacité limitée car: liquidity trap (i très bas) mécanisme de transmission très

long

(G-T) : T G

multiplicateur keynésien : objectif : C via Yd objectif : Y mais inconvenients: délais (lags) financement du déficit (*) déficit structurel

////////////////////

Inefficace selon les monétaristes car

Δ M Δ P.

///////////////////

Inefficace selon les monétaristes, car effet d’éviction de I par G

selon les monétaristes, il faut dans ce cas une politique d’offre

(*) monétisation ou crowding out effect, selon la politique de la BC. Un autre problème posé par ces politiques économiques est leur mécanisme de transmission vers les variables réelles (PIB, emploi) : quelle ampleur, après combien de temps ?

Page 39: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

39

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

QUESTIONS DE REVISION ET PROBLEMES.

NOTIONS A MAÎTRISER : équilibre du revenu national, mécanisme d’ajustement, équilibre classique, multiplicateur et équilibre keynésiens, produit potentiel, NAIRU, schéma DG/OG, loi d’OKUN, déterminants macro économiques de la croissance, cycles économiques, instruments de

politique économique.

QCM 1. Le revenu national d’équilibre se définit comme :

a) le revenu de plein emploi b) le revenu permanent d’une économie c) le revenu tel que le montant des dépenses qu’il suscite lui soit égal d) le revenu où l’épargne des ménages est égal à l’investissement des entreprises

2. Lorsque l’équilibre du RN se situe au-delà du plein emploi :

a) les quantités de biens disponibles sont celles du plein emploi, mais il y a tendance à la hausse des prix

b) l’économie se situe au-delà de sa FPP c) sur le marché des biens et services, il y a rationnement des demandeurs d) sur le marché des facteurs, il y a rationnement des offreurs

3. En équilibre de sous emploi keynésien, la cause principale du chômage est :

a) l’insuffisance de productivité du capital b) le manque de qualification des travailleurs c) l’insuffisance des investissements d) l’insuffisance de la demande globale

4. dans une situation de sous emploi keynésien, où seule la consommation est fonction du revenu et où la pmc est nulle, le multiplicateur vaut :

a) 0 b) 1 c) 0,5 d) ∞

5. Une condition nécessaire et suffisante pour qu’il y ait croissance est que :

a) la demande globale s’accroisse b) le revenu national de plein emploi augmente c) la demande globale s’accroisse conjointement à une augmentation de la FPP d) l’investissement s’accroisse

6. Laquelle des causes suivantes n’entraîne pas un déplacement de DG ?

a) une modification de la consommation des ménages b) une modification de la FPP c) une modification de l’épargne des ménages d) une modification des dépenses de l’Etat

7. Quelle action relève d’une politique de relance par l’offre ?

a) une réduction des taux de TVA b) le subventionnement de programmes de développement de technologies nouvelles c) une réduction de l’impôt sur le revenu d) une augmentation des dépenses publiques

Page 40: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

40

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

8. En sous emploi keynésien, une diminution de l’impôt sur les sociétés engendrera :

a) une diminution du chômage b) une diminution du prix des biens et services c) une augmentation de la demande de travail d) rien de tout cela

9. En sous emploi keynésien, une augmentation de G aura pour effet de :

a) maintenir inchangé le volume du chômage b) augmenter le prix des biens et services c) réduire le volume du chômage d) a priori, rien de tout cela

Questions (certaines des questions nécessitent le recours aux notions vues à la leçon 6).

1. Dans beaucoup de pays de développement, les filles sont de loin moins scolarisées que les garçons, et ce à la fois pour des raisons financières et culturelles. Avec quels arguments pourriez-vous convaincre les responsables qu’une scolarisation normale des filles est bonne pour la croissance ? (***) 2. La théorie keynésienne du multiplicateur : introduisez dans le modèle vu à la section 3 l’impact de l’impôt sur le revenu ; que devient le multiplicateur ? (indication : T [impôt] = t * Y, t étant le taux d’impôt ; réécrivez alors l’équation de C et intégrez la dans l’équation de DG). Est-il plus « percutant » que s’il n’y a

pas d’impôt (raisonnez sur base des exemples chiffrés) ? Pourquoi ? (**) 3. Même exercice en économie ouverte, en introduisant (sans les impôts) X-M. (méthode : X ne présente pas d’intérêt ici ; raisonnez en terme de M, qui est égal à d+mY, d étant une composante exogène et m la propension marginale à importer). Commentez. (***) 4. Notre gouvernement accorde une réduction d’impôt sur le revenu immédiate d’une valeur globale de 2 milliards d’€ ; la propension à consommer étant de 0,75, quel sera l’effet premier sur DG ? Et ensuite ? (*) 5. Quel sera l’impact sur DG, toutes choses égales par ailleurs (explicitez SVP) : (**) a) d’une diminution des impôts ? b) d’une hausse de confiance des consommateurs ? c) d’une baisse des taux d’intérêt ? d) d’une baisse des dépenses de la défense nationale ? 6. Quel sera l’impact sur OGCT, toutes choses égales par ailleurs (explicitez SVP) : (**) a) d’une augmentation du prix de matières premières importées ? b) d’une augmentation de la productivité dans les entreprises ? c) d’une hausse des allocations de chômage ? 7. Quel sera l’impact sur OGLT des événements suivants ? Expliquez. (**) a) le pays enregistre une importante immigration ; b) les syndicats obtiennent des hausses de salaire très importantes ; c) le secteur industriel le plus important du pays invente un produit révolutionnaire ; d) un cataclysme majeur détruit une partie du potentiel industriel (usines, …). 8. Montrez graphiquement (OG-DG) pourquoi une politique de relance de la demande mise en œuvre pour combattre une récession dont la cause est la déprime de l’offre génère de l’inflation. (**)

Page 41: LEÇON 6 : EQUILIBRE MACRO ECONOMIQUE ... 2017 L_06.pdfle concept de la demande globale, qui détermine la production : 2 J.M. KEYNES, les conséquences économiques de la paix, 1919

ECOLE SUPERIEURE DES AFFAIRES

41

Marc FIEVET : leçons d’économie leçon 7

9. Ces affirmations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? La politique monétaire peut : a) être inefficace si la vitesse de circulation de la monnaie varie ; b) être efficace même si l’investissement est peu élastique au taux d’intérêt (leçon 5) ; c) être inefficace si l’épargne est inélastique au taux d’intérêt. JUSTIFIEZ (***) 10. Discutez des affirmations suivantes : (**) a) une hausse des dépenses publiques réduit l’investissement privé ; b) tant que nous ne soucions pas de l’inflation, nous pouvons réduire le chômage en augmentant la demande, par exemple à l’aide d’une politique budgétaire expansionniste. 11. Un gouvernement veut accroître la production par une politique budgétaire expansionniste. Etes-vous d’accord avec cette mesure ? Si l’on se trouve en situation de trappe de liquidité, cette politique est-elle plus efficace que la politique monétaire ? (***) 12. L’économie se trouve en récession. Caractérisez les mesures suivantes et leurs effets (+ éventuellement aspects négatifs) : (**) a) une augmentation des dépenses publiques ; b) une réduction des impôts ; c) une croissance de la masse monétaire. 13. Supposons dans la loi d’OKUN le taux α = 2,5% et le coefficient d’Okun = 0,4%. a) quel est le taux de croissance du PNB qui peut entraîner une hausse du chômage de 1% ? Expliquez ; b) quel taux de croissance faut-il maintenir pour diminuer le chômage de ½ point par an ? c) que se passera-t-il à terme si on assistait aujourd’hui à un nouveau « baby-boom » ?

Réponses au QCM : 1) c ; 2) a ; 3) d ; 4) b ; 5) c ; 6) b ; 7. b) ; 8. d) ; 9. c). Quelques éléments de réponses : 2. Yd = (Y – T) = (Y – tY) ►►► C = a + cY(1-t) ►►► la valeur du multiplicateur est dans ce cas : 1/(1-c[1-t]). 3. Le multiplicateur vaut 1/([1-c] + m). 4. Effet premier : 2 milliards * 0,75 = 1,5 milliard 13. Loi d’OKUN : a) 0% (1 point sous α = + 0,4% chômage ; il faut donc 2,5% sous α) b) 3,75% (1,25 point au-dessus de α) c) à terme : toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de α