"Temoins oculaires et serviteurs de la parole" (Lc I 2b)

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  • "Temoins oculaires et serviteurs de la parole" (Lc I 2 b)Author(s): A. FeuilletSource: Novum Testamentum, Vol. 15, Fasc. 4 (Oct., 1973), pp. 241-259Published by: BRILLStable URL: http://www.jstor.org/stable/1560263 .Accessed: 16/06/2014 00:01

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  • "TEMOINS OCULAIRES ET SERVITEURS DE LA PAROLE" (Lc i 2b)

    PAR

    A. FEUILLET Paris, France

    Saint Luc a fait preceder son evangile d'un prologue harmonieux (i 1-4) redige en un grec presque classique et rempli de termes qui sont d'un usage courant dans les prefaces de ce genre: epeideper, polloi, epicheirein, diegesis, pragmata, paradidonai, autoptai, para- kolouthein, akribos, katexes, asphaleia.

    On peut se demander d'ailleurs si saint Luc ne veut pas insi- nuer en meme temps que son ceuvre differe des recits historiques ordinaires. En effet, usant d'un terme emphatique, il parle de ,,faits accomplis par nous": pramagta pepleoorphooumena. L'idee suggeree par l'emploi du parfait de ce verbe rare (plerophorein au lieu de l'usuel pleroun) est peut-6tre celle d'un accomplissement total, en continuite avec les ebauches et les promesses de l'Ancien Testament 1). On sait que le theme des preparations veterotesta- mentaires est cher a saint Luc, comme aussi celui de ,,l'accom- plissement" themes qu'il possede en commun avec l'auteur du quatrieme evangile 2).

    1) Cette explication est celle de W. GRUNDMANN, Das Evangelium nach Lukas, Berlin, 1963, p. I3. Nous ne croyons pas utile de discuter ici en d6tail les diverses significations que peut revetir plerophorein. Ce verbe peut etre un simple synonyme depleroun, mais avec l'accent mis sur le caractere total et d6finitif de l'accomplissement. S'il se r6fere a la volont6, il peut signifier "satisfaire" et au passif ,,recevoir pleine satisfaction". Employ6 au passif et se rapportant a l'esprit, il peut vouloir dire ,,etre pleinement convaincu". En Lc i 2 ou il est question d'6v6nements, seul convient le sens d',,accomplir". Cf. M. J. LAGRANGE, Evangile selon saint Luc, Paris, 1927, p. 3.

    2) Sur le theme de l'accomplissement dans les 6vangiles de Luc et de Jean, cf. R. LAURENTIN, Mystere de Pdques et Foi de Marie en Lc ii 48-50, Paris, 1966, p. 103, Io7, et 117. Rappelons que selon H. CONZELMANN (Die Mitte der Zeit, Tiibingen, I957) saint Luc distingue trois p6riodes dans l'histoire du salut: le temps d'Israel qui prepare le temps du Christ, le temps du Christ qui pr6pare celui de l'Eglise Le Christ se trouve ainsi au centre et au coeur de l'histoire du salut. Une conception semblable est a la base du quatri- eme 6vangile (les ,,signes" de J6sus y renvoient a l']Eglise), sauf que Jean a mis en un seul ouvrage ce que Luc a mis en deux.

    Novum Testamentum, Vol. XV, fasc. 4 i6

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  • A. FEUILLET

    Mais ce n'est pas cette question, si interessante qu'elle puisse etre, qui doit nous occuper maintenant. Nous voulons seulement attirer l'attention sur la singularite de la formule qui termine le verset 2: ,,ceux qui furent des le commencement les temoins ocu- laires et serviteurs de la Parole". Nous avertissons une fois pour toutes qu'en ce passage nous ecrivons d'ordinaire le mot ,,Parole" avec une majuscule; tout le monde comprend que cette designation se refere a une parole privilegiee: le message chretien, mais nous verrons qu'il y a autre chose encore. Deux questions se posent a nous. La premiere est d'abord un probleme grammatical de tra- duction et aussi un probleme d'interpretation. Une fois que sera regle ce double probleme, nous serons amenes a mettre la formule insolite dont nous parlons ,,les temoins oculaires et serviteurs de la Parole" en rapport etroit avec la tradition johannique relative au Christ Parole ou Verbe de Dieu. Ce rapprochement comportera deux etapes: nous commencerons par etudier la marche vers l'hypo- stase de la Parole dans le troisieme evangile et les Actes des Apotres; apres quoi nous comparerons ,,les temoins oculaires de la Parole" de Lc i 2 avec I Jn i 1-2. Dans notre Conclusion, nous exprimerons brievement les consequences qui paraissent decouler de ces rappro- chements en ce qui touche une des sources capitales de l'ensemble de l'oeuvre lucanienne (troisieme ]tvangile et Actes des Apotres).

    I) La traduction et l'interpretation de Lc I, 2b.

    Comment comprendre le membre de phrase de Lc i 2b: hoi ap'ar- ches autoptai kai huperetai genomenoi tou logou ? Avec raison H. J. CADBURY a souligne le caractere etrange de cette formule 1), dont

    cependant nombre de commentateurs ne semblent pas avoir percu la singularite. Nous nous contenterons de signaler quelques tra- ductions en langue fran9aise.

    La Bible dite du Centenaire 2) comprend ainsi le texte: ,,(les evenements) tels que nous les ont transmis ceux qui ont ete depuis l'origine les temoins oculaires et qui sont devenus ministres de la Parole". On lit dans la Bible de Maredsous (Iere edition, I950): ,,ceux qui ont ete des le debut temoins oculaires et sout devenus mi- nistres de la Parole". La Sainte Bible du Chanoine Crampon, revisee pour l'Ancient Testament par J. BONSIRVEN, et pour le Nouveau Testament par A. TRICOT (Paris, Desclee, I960) nous propose egale-

    1) Beginnings of Christianity, II, p. 498 sq. 2) Le Nouveau Testament, Soci6t6 Biblique de Paris, 1928, p. 89.

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  • TEMOINS OCULAIRES ET SERVITEURS DE LA PAROLE

    ment: ,,ceux qui ont ete des l'origine les temoins oculaires et sont devenus les ministres de la Parole". Dans son introduction au troisieme evangile 1), le P. BEDA RIGAUX adopte la meme version. Dans la premiere edition du fascicule de la Bible de Je'rusalem con- sacre a saint Luc (I948), et egalement dans une traduction de l'ensemble du Nouveau Testament datant de la meme epoque 2), E. OSTY comprenait lui aussi ce verset de la meme maniere: ,,ceux qui, temoins oculaires du debut (ou des le debut), sont devenus en- suite serviteurs de la Parole". Mais dans la troisieme edition de la Bible de Jerusalem, le meme auteur renvoie cette version en note; il la tient toujours pour possible, mais avec raison il en prefere une autre plus litterale: ,,ceux qui furent des le debut temoins oculaires et serviteurs de la Parole". L'antithese entre ,,des le debut" et ,,ensuite" qu'indiquait la premiere edition, a ete supprimee, car elle est totalement absente du texte grec et n'etait qu'un essai d'explication. La Synopse des Quatre Evangiles de P. BENOIT et M. E. BOISMARD porte, elle aussi: ,,ceux qui furent des le debut temoins oculaires et serviteurs de la Parole".

    Meme une fois adoptee cette derniere version, une question de- meure ouverte. Les termes ,,de la Parole" sont-ils un complement de- terminatif commun aux deux substantifs: temoins oculaires de la Parole et serviteurs de la Parole ? Ou bien au contraire ne sont-ils que le complement du second substantif? Ayant ete temoins oculaires des faits, les hommes en question ont pu se mettre ainsi au service de la Parole, c'est-a-dire du message chretien. Autant que j'en puis juger, la plupart des exegetes, ou bien ne se posent pas la question, ou bien se prononcent pour la seconde branche de l'alternative. C'e- tait le cas par exemple de M. J. Lagrange 3). C'est encore le cas de W. Grundmann 4). G. Kittel 5) resume de la facon suivante l'opinion commune: ,,Ceux qui ont ete des le debut temoins oculaires sont devenus serviteurs de la Parole, ce qui evidemment n'indique pas deux fonctions differentes, mais au contraire deux fonctions etroite- ment liees: avoir ete temoin oculaire, c'est la un presuppose decisif pour etre au service de la Parole".

    1) Le Temoignage de l'Evangile de Luc. Paris, 1970, p. 17. 2) Le Nouveau Testament, traduction nouvelle, Editions de Silo6, Paris,

    1949. 3) Evangile selon saint Luc, Paris, 1927, p. 4. 4) Das Evangelium nach Lukas, Berlin, 1963, p. 44. 5) Theologisches Worterbuch zum N.T. IV, art. leg6, G. KITTEL p. 121 et

    126.

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  • A. FEUILLET

    Cette explication, qui parait aller de soi, a contre elle la construc- tion grammaticale de la phrase. La grammaire indique que la determination de ,,la Parole" se rapporte tout autant a ,,temoins oculaires" qu'a ,,serviteurs"; en effet un unique article gouverne les deux noms, et ceux-ci sont enclaves entre l'article et le participe genomenoi: les memes hommes ont donc ete a la fois temoins ocu- laires du logos et serviteurs du logos. On ne pourrait a la rigueur comprendre les choses autrement que si le complement determina- tif ,,de la Parole" etait appele par le second nom seulement, a l'ex- clusion du premier. Or ,,serviteur de la Parole" n'est pas une as- sociation normale du meme genre que ,,auditeur de la Parole" de Jc i 22-23; elle ne se retrouve nulle part ailleurs. Aussi bien Ac xvi I6 unit-il etroitement les deux mots ,,serviteur et temoin": en ce passage nous avons la formule ,,serviteur et temoin de ce que tu as vu", ce qui suggere que pareillement en Lc i 2 les deux termes ,,temoins oculaires" et ,,serviteurs" sont unis de semblable fa?on.

    Deux observations doivent encore 6tre faites: I?) l'expression ap'arches placee au debut ne fait que renforcer l'enclave, puisque, complement de genomenoi, elle resserre le lien entre les deux subs- tantifs autoptai et huperetai; 2?) ceux-ci sont attributs; il est prefe- rable des lors de les accompagner de l'article. Le mieux est de tra- duire en utilisant un seul article: ,,ceux qui furent des le commence- ment les temoins oculaires et serviteurs de la Parole".

    S'inspirant de H. J. CADBURY 1), H. SAHLIN s'appuie sur l'eviden- ce grammaticale dont nous venons de parler pour soutenir qu'en ce passage, logos aurait un sens juridique: l'affaire ou la cause judi- ciaire qui est debattue 2). II est clair, dit Sahlin, que autoptes, ,,te- moin oculaire", peut avoir une signification juridique. Mais il en va de meme pour huperetes, ,,serviteur". Ce mot peut designer dans le grec ordinaire, et designe en fait souvent dans les papyrus, une sorte d'officier public charge de controler l'exactitude des documents officiels, et encore d'executer les sentences judiciaires 3).

    Sans nul doute dans le Nouveau Testament le mot huperetes desi- gne frequemment celui qui doit proceder a l'arrestation d'un accuse: Mt v 26; xxvi 58; Mc xiv 54-65; Jn vii 32, 45, 46; xviii 3, I2, i8, 22;

    1) The Purpose expressed in Luke's Preface, dans Expository VIII, 21, p. 431-441.

    2) Der Messias und das Gottesvolk. Studien zur protolukanischen Theologie, Uppsala, 1945, p. 40-42.

    3) Sahlin renvoie a HOLMES, J B L 54 (1935), p. 63-72; cf. encore FR. PREISIGKE, Worterbuch der griechischen Papyrusurkunden, III, p. I76 sq.

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  • TEMOINS OCULAIRES ET SERVITEURS DE LA PAROLE

    xix 6; Ac v 22, 26. Au dire de Sahlin, les autres emplois ou la signification est plus generale auraient, eux aussi, une nuance juridique: Jn xviii 36; I Co iv 2; Lc iv 20; Ac xlii 5. Ce serait le cas surtout pour Ac xxvi I6, qui serait un parallele tres exact de Lc i 2. Dans ce passage des Actes, le Christ apparaissant a Saul sur le chemin de Damas declare avoir voulu le constituer ,,serviteur et temoin (hupertten kai martura) de ce qu'il a vu". Les deux termes ,,serviteur et temoin" etant ici pratiquement synonymes, il faudrait conclure qu'il en va de meme en Lc i 2. II pourrait y avoir la une sorte d'hendiadys, cette figure de rhetorique qui consiste a rem- placer un substantif accompagne d'un adjectif par deux substantifs unis par une conjonction.

    Mais ce ne sont pas seulement les termes ,,temoins oculaires" et ,,serviteurs" dont, au dire de Sahlin, les Actes des Apotres etabli- raient le sens juridique. II faudrait en dire tout autant des mots ou expressions qui suivent: ap'arches (cf. Ac xxvi 4), anothen (cf. Ac xxvi 5), akribos (cf. Ac xxiii I5; xxiv 22), kratistos (cf. Ac xxiii 26; xxiv 23; xxvi 15); epigignosko (cf. Ac xxi 34; xxii 24; xxiv 28); katecheo (cf Ac xxi 21, 24); asphaleia (cf. asphales dans Ac xxii 30). II conviendrait encore d'ajouter a cette liste de termes entendus en un sens juridique les expressions anataxasthai diegesin et pragmata plerophoroumena. En outre le debut du prologue serait a comprendre en un sens pejoratif et viserait des adversaires que Luc entend com- battre: ,,apres que plusieurs ont eu l'audace".

    C'est a partir de ces observations philologiques que Sahlin en vient a proposer une hypothese pour le moins inattendue: le pro- logue de Lc i 1-4, qui couvre toute l'oeuvre lucanienne; troisieme evangile et Actes des Apotres, nous ferait voir dans cette ceuvre une sorte de piece juridique destinee au proces de saint Paul, accuse de- vant les autorites romaines; ce document aurait ete redige pour contredire le document a charge contre l'Apotre des Gentils dont il est question en Ac xxiii 26-30.

    Que faut-il penser de cette conjecture ingenieuse de Sahlin? Elle est demeuree a peu pres sans echo, et c'est a juste titre. Elle impliquerait que le troiseme evangile et les Actes ont ete ecrits avant l'an 60, ce qui est peu vraisemblable et, en tout cas, devrait etre demontre 1). Elle fait valoir que si le mot logos avait en Lc i 2 le sens qu'on lui attribue d'ordinaire, il devrait etre accompagne

    1) Cette observation est faite par W. GRUNDMANN, Das Evangeliunm nach Lukas, p. 45, note 5.

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  • A. FEUILLET

    de precisio...