The Museum of Paestum

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    03-Oct-2016

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  • LE MUSE DE PAESTUM

    par P. C. SESTIERI

    14. MUSEO DI PAESTUM, Paestum. Faade. 14. Faade.

    * Le muse fut inaugur le 27 novembre 1952 par M. Segni, ministre de l'instruction publique, en prisence de M. Alberti, vice-prsident du Snat, et d'autres persomalitis, mais malheureusement en l'absence de celui qui aurait d tre la place d'hon- neur, l'auteur du projet, l'architecte de Vita prima- turment disparu.

    'IDBE de construire un muse Paestum fut mise la suite des intressantes L dcouvertes faites l'embouchure du Sele, sur l'emplacement clu sanctuaire de Hra Argiva dont parlent Strabon et Pline. La Direction gnrale des antiquits et des beaux-arts voulut que les merveilleuses mtopes archaques mises au jour au cours des fouilles fussent protges par un difice et exposes au public dans un cadre digne d'elles, qui permettrait de les observer et de les tudier dans les meilleures conditions. On choisit cet effet l'important centre archologique de Paestum, situ proximit des fouilles, qui prsente l'avantage d'tre desservi par une route natio- nale reliant l'Italie centrale la Calabre et par la voie ferre Naples-Reggio, dont le trac longe les murs de la cit antique. L'architecte Idarcello de Vita dut modifier ses plans plusieurs reprises pour tenir compte des dcouvertes que chaque campagne de fouilles venait multiplier, enrichissant ainsi le patrimoine dj considrable, qui avait t provisoirement abrit dans un baraquement, au bord du SeXe. Les plans dfmitifs ne furent mis au point qu'en 1940, lorsqu'on eut retrouvi la frise du tbesawos archaque presque intacte (3 3 mtopes sur 36). La guerre ralentit les travaux. Pendant toute la dure des hostilits, les mtopes restrent dans leur baraquement sur les bords du Sele, o elles ne souffrirent heureusement aucun dommage. La surintendance des antiquits Salerne reprit le projet ds que la situation fut rede- venue normale; elle put acqurir le terrain o devait s'lever le muse et obtint du Ministre des travaux publics qu'il en finanst la construction. Celle-ci fut confie au"service du gnie civil de Salerne*.

    Le muse a t amnag selon les principes les plus modernes et les plus rationnels, tant en ce qui concerne la prsentation que l'clairage. Le btiment est trs simple et assez peu lev (I z mtres) ; il s'harmonise ainsi avec les temples doriques situs proximit. La seule dcoration est un motif ondes qui encadre la porte, rappelant l'une des frises du temple dit de Crs. La fasade (j'g. I#), les piliers intrieurs et les murs de la salle centrale sont revtus de travertin de Tivoli; on ne pouvait en effet utiliser le travertin local, qui ne se prte pas tre sci en dalles. A l'intrieur, les carrelages sont en pierre de Trani, sauf la salle centrale, qui est pavtSe en marbre de Carrare; les marches des escaliers sont revtues de marbre vert.

    La disposition intrieure, non moins simple ('g. I), 16), ne visait mettre en valeur que le matriel provenant des fouilles du Sele - le seul qui, l'poque o le projet fut labor, mritt d'tre expos, puisqu'on n'avait jamais encore entrepris de fouilles systmatiques Paestum, et que les plus belles pices provenant de ce site taient envoyes Naples. L'intrieur forme un vaste rectangle. I1 comprend un grand hall d'entre, deux spacieuses salles latrales et une salle centrale (jtg. 17) entoure sur trois cts d'une galerie supporte par des piliers (j'ig. IS). On accde la galerie par deux grands escaliers qui partent de chaque ct du hall. De cette galerie, qui est protge par une balustrade de cuivre on peut contempler, sans lever la tte, la frise du thesatiros archaque, qui court sur les murs de la salle centrale 3 m 70 de hauteur (jg. 19). Ce fut dans le plan d'installation du muste la disposi- tion la plus fonctionnelle et la plus hardie : cette salle a exactement les dimensions du fbesawos et peu prs sa hauteur, et les mtopes sont groupes non en vue d'une reconstitution, mais pour le maintien des squences des diErents mythes qu'elles illustrent, de fason offrir, vues d'en bas, l'aspect qu'elles avaient dans l'antiquit. La profondeur et l'ampleur du hall d'entre permettent de dgager, en mnageant un espace suffisant, l'unit centrale et vitent ainsi de donner au visiteur l'impres- sion d'un difice construit l'intrieur d'un autre.

    L'clairage lui aussi a t soigneusement tudi. La lumire directe aurait aplati le relief des mtopes qui sont sculptes dans le grs, pierre dont l'opacit adoucit les ombres et les fond avec le relief. Sur la fasade s'ouvrent, outre la porte, deux grandes fentres de 9 mtres munies de vitres thermolux filtrantes et de stores lames rglables; 19 fentres places sous la galerie diffusent la lumire vers le bas et vers le haut; la galerie elle-mme, pour viter l'clairage direct, ne comporte aucune

  • La ventilation ncessaire en t,

    des fouilles de l'embouchure du Sele (jg. 2 o). Mais partir de I 944 la situation se transforma entirement. A la suite de vastes campagnes de fouilles entreprises par la surintendance des antiquits Salerne les collections archologiques de Paestum s'enrichirent considrablement. Les premires dcouvertes furent celles de la ncropole nolithique de Gaudo, de la ncropole d'Arenosola de l'ge de fer et des tombes grecques et lucaniennes de la rgion d'Arcionil. Mais les fouilles qui devaient donner toute son importance Paestum en mettant jour des objets remarquables tant par leur nombre2 que par leur valeur artistique et documentaire furent celles de 1952. Elles ont marqu le dbut de l'exploration systmatique de laville, dont elles ont permis de dgager le sanctuaire mridional. Celui-ci com- prenait au moins 13 temples, dont les

    PIANO INFERIORE

    !PIANO AJPERIORE

    deux plus grands sont connus actuellement sous les noms de Basilique et de temple de Neptune. En fait, tous ces temples sont ddis la mme divinit, qui tait aussi vnre dans le sanctuaire du Sele : Hra Argiva, desse de la fcondit. C'est ce que dmontrent de manire irrfutable le matriel votif et les documents pigraphiques dcouverts. Outre les dpts votifs, qui ont livr quantit de statuettes de terre cuite, de vases, de pitces de monnaie et de bijoux, on a m i s au jour des fragments

    16. bfusEo galerie supkrieure. 16. Plan of the museum, upper gallery.

    PhESTUhf, Paestum. Plan du musCe,

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  • architecturaux, des sculptures en marbre, de petits bronzes, de grandes sculptures en terre cuite, des ivoires et des pierres incises. Tout ce matriel joint celui qui provient du temple de Crs - identifi comme tant un Athenaion - donne une ide assez cxacte et complte de lart et des principaux cultes de lancienne Poseidonia. On a rsolu le problme de lamnsgement intrieur en affectant le rez-de-chausse ( lexception de la salle centrale) au matriel provenant du sanctuaire du Sele,

    r7. MUSEO DI PAESTUM, Paestum. Hall dentre et salle centrale. r7. Entrance hall and central room.

    18. MUSEO DI PAESTUM, Paestum. Les galeries inf- rieure et suprieure.

    18. Lower and upper galleries.

    ltage au matriel provenant des ncropoles et des dpts votifs de Paestum, la salle centrale aux objets les plus reprsentatifs de lart de Poseidonia.

    REZ-DE-CHAUSSE DU MUSE. Les deux salles latrales contiennent des frag- ments architecturaux et des fragments de sculptures en grs provenant de 1Hraion des bords du Sele; celle de droite, 6 mtopes de la frise du temple principal, datant des dix dernires annes du VI^ sicle av. J.-C. : la premire reprsentant un archer agenouill, les cinq autres, une danse de jeunes filles dfilant deux par deux (fig. 22). la dernire, une danseuse seule se retournants. Au mur, des fragments de la corniche et de la cimaise, avec des gargouilles tte de lion provenant du temple. Dans la salle de gauche, deux vitrines contiennent des fragments de sculpture archaque en grs, provenant de divers points du sanctuaire. On remarque notamment un petit torse de guerrier assez finement excut. Au mur, deux fragments orns de rosaces de la corniche suprieure du mur du thesawos archaque et, plus haut, quelques mtopes provenant ddifices non identifis. Deux dentre elles sont particulire- ment importantes. La premire, qui remonte probablement 5 3 0 environ av. J.-C., a t retaille une poque postrieure pour servir la construction dun autre difice; elle reprsente deux personnages en marche; le torse de lun deux a t retrouv, il est mal dgrossi; les deux personnages devaient sabriter sous un bouclier rapport en mtal. La seconde reprsente un guerrier arm et casqu qui slance lassaut vers la gauche, en tournant le buste et en tenant son bouclier en oblique. Ce mouvement et les dtails du casque, orn de boucles en relief, permettent de dater cette mtope de 490 environ av. J.-C. (jg. 23).

    Le hall dentre abrite trois chapiteaux doriques archaques : lun, en pierre calcaire, provient du temple principal; les deux autres, en grs, appartenaient respectivement au thesauros et un difice inconnu. Deux chapiteaux de grs provenant du vestibule du thesmros sont placs de part et dautre de la porte dentre de la salle centrale; leur forme est caractristique de Paestum et ils sont orns de reliefs dune extrme finesse : rosaces, palmettes, fleurs de lotus et ondes4.

    Comme nous lavons dit, le mur de la salle centrale porte la frise du thesauros, qui remonte la premire moiti du VI^ sicle av. J.-C. : certaines des rntopes ont

  • t retrouves incompltes; on a combl les lacunes par des essais de reconstitution au trait sur des plaques de ciment qui feront place aux originaux dans le cas o les fouilles les mettraient au jour ($A. 24). Ces mtopes forment plusieurs ensembles, consacrts chacun un mythe diffrent. Certaines sont inacheves - avec les silhouettes des personnages peine esquisses en artes vives dans la pierre tendre. Dans d'autres, on distingue dj des dtails et le model des muscles. D'autres enfin sont entirement acheves.

    Du ct ouest, trois mtopes reprsentent les satyres attaquant Hra dfendue par Hralils ; une autre, isole, reprsente un personnage masculin, probablement Ulysse, mont sur une tortue de mer; deux autres illustrent la poursuite des Leucip- pides par les Dioscures ($8. 21). Sur le ct nord figurent l'enlvement de Latone; le meurtre de Tityos par Artmis et Apollon; Oreste poursuivi par la furie de sa mre; Zeus, le therm polemozr ; Hlne et Andromaque pleurant la mort d'Hector; Hcube au lit de mort de son fils; le meurtre de Patrocle; Achille guettant Trolus; un centaure (trs endommag) ; enfin Hrakls ramenant le sanglier d'Erymanthe dans

    A. Le dieu devait tre assis sur un escabeau de bois ou un trne sans appui (car les ornements peints sur le devant du vttement se continuent dans le dos). I1 est v&tu d'un chiton collant jaune clair et d'un himation rouge qui enveloppe troitement le corps, drapant le thorax en oblique et dont les pans qui retombent de part et d'autre sont orns sur les ccits de dents de loup alternativement rouges et noires et, en bas, de mkandres; la polychromie est en grande partie conserve, mEme sur le visage qui est rose; la barbe, en pointe, est lgrement en relief, les moustaches simplement peintes et stylises, et les cheveux noirs retombent dans le dos en lourdes tresses efiltes aux extrmitts, et sur la poitrine en de grosses perles ovales. Sur la ttte, une couronne de feuilles de bronze, dont il subsiste quelques frag- ments. I1 tenait probablement dans ses mains tendues un sceptre et une patre. Par l'attitude et par le drap du vCtement cette sculpture rappelle beau- coup le Zeus en tuf du fronton de l'Acropole

    le palais d'Eurysthe. Du ct est, les six mtopes illustrent- le combat d'Hrakls contre les Centaures sur le mont Pholoe : les centaures blesss sont figurs avec une grande intensit dramatique, notamment celui qui se tient la tte et celui qui s'effondre dans un enchevtrement de bras et de pattes. Les travaux du hros se poursuivent sur le ct nord : lutte contre Ante, pisode des Cercopes, enlvement de Djanire, lutte pour le trpied de Delphes et combat avec le lion de Neme. Viennent ensuite deux scitnes du mythe de Plias et deux scnes de l'Orestie : Oreste tuant Qgisthe; Clytemnestre, retenue par sa nourrice (et non par Talthybios comme dans la tradition dramatique), menaGant son fils avec une hache double tranchant (jg. 26).

    Cett? admirable srie de scnes mythiques - d'une importance comparable celles du coffret de Cypslos tant par l'intrt documentaire que par la valeur artis- tique - constitue probablement l'ensemble de sculptures archaques le plus complet et le plus homogne que nous poss&ons.

    A l'intrieur de la salle centrale sont exposes quelques pices d'un grand intrt, toutes trouves Paestum. II y reste assez de place pour que la salle puisse servir des runions culturelles ou des confrences. Adosse au mur du fond se trouve une grande statue en terre cuite reprsentant un dieu assis ($g. 27) qui est trs vrai- semblablement Zeus5; avec celle d'Hra, elle servait sans doute au culte dans l'un

    d'Athnes, reprsentant le * e t o ~ d'H;rakks

    ionique, mais lgrement de sel attique, cc>mme le montre ia forme de ia bouche, assez sem- blable i celle du c a ~ a l ~ ~ Ralitpii17. Le vitement collant, qui ne forme que quelques plis parallkles et plats, et la de l'attitude permettent de dater cette statue du troisiime quart du VI^ sicle av. J.-C.

    B. C'est un petit personnage masculin debout, vctu comme Zeus d'une tunique et d'un himation oblique, et chausse de sandales pointues. I1 lui manque la ttte, les bras et une grmde partie du cote gauche. Les draperies polychromes (tunique jaune, himation rouge) et collantes et la forme des cham- sures attestent aussi une influence ionique. Par le style et technique, cette Statue beaucoup la PT&- cdente; elle date probablement de la mkme poque.

    c. L~ tete, sculpture grecque dulse siicle av. J.-C., ne s'adapte pas pufaitement au corps, uvre d'ar- tistes lucaniens du I I I ~ ou du I I ~ sicle av. J.-C. Le visage, faunesque mais non sans noblesse, contraste avec le corps disgracieux et trop long, Sur des iambes trop courtes.

    l'Olympe. L'artiste a certainement subi l'influence

    des temples archaques du sanctuaire6 [A]. Sa dcouverte prsente une trs grande importance. Elle constitue en effet le plus parfait exemple que nous possdions de l'art des sculpteurs de Poseidonia, dont d'autres uvres plus ou moins endommages ont t dtcouvertes, presque toutes en 19j.z. L'une de ces uvres est expose dans la mme salle [BI. L'ceuvre place en face de cette dernire est entirement diffrente pxr la conception et par le style. C'est une statue de bronze (le seul bronze de grandes dimensions dcouvert jusqu'ici Paestum) qui reprsente le satyre Marsyas8 [CI.

    En haut des murs sont placs des fragments de cimaise et de larmier en terre cuite orns de dessins et de peintures polychroms, qui proviennent d'un petit temple archaque dont on voit les fondations sur le ct sud du temple dit de Crs. On y trouve galement deux fragments de la cimaise de l'difice connu sous le nom de Basilique, avec de fausses gargouilles ; et, au-dessus de la porte, des fragments mieux conservs du...