« La connexité - media. ?· Milad Doueihi a introduit son intervention en soulignant l’intérêt…

  • Published on
    13-Sep-2018

  • View
    212

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

  • 1

    Ple de Recherche

    Assistante Chrystel CONOGAN chrystel.conogan@collegedesbernardins.fr 01.53.10.41.95

    La connexit

    Mots clefs : confiance ; territoire ; hirarchie ; autonomie ; culture ; sociabilit ; intelligence ; connexit ;

    Charles Henri Besseyre des Horts a ouvert la sance en prcisant que la reflexion porte sur le cheminement du numrique, du digital et de la connexit. Le choix a t fait de prsenter une rflexion dcale par rapport aux acteurs du numrique. Il a prsent Milad Doueihi, historien des religions et titulaire de la Chaire dhumanisme numrique Sorbonne Universits et auteur de plusieurs ouvrages notamment Un sauvage chez les Greeks et Limaginaire de lintelligence qui paraitront en 2015 qui proposent une vision originale du numrique. Son intervention sera organise autour de plusieurs thmatiques. La premire se focalisera sur limpact du numrique sur la structuration des organisations et la relation lenvironnement. La seconde est elle dun questionnement sur la soi-disante disparition des frontires avec le numrique. La troisime sera celle du statut de lautonomie permise par le numrique. Milad Doueihi a introduit son intervention en soulignant lintrt quil porte depuis longtemps au numrique sur les aspects de la programmation et sur son statut culturel. Il mne une rflexion autour de la notion de lintelligence en faisant une archologie de cette notion pour comprendre les voies empruntes et saisir limportance et les diffrences entre les premires instances de larticulation avec le calcul informatique et savoir o on se trouve aujourdhui. Deux concepts sont importants. La notion de confiance a t modifie cause de la notion de valorisation, du lien social trs diffrent selon les rgions. Depuis quatre ans il y a eu un dplacement dterminant dans le mouvement de confiance qui est aujourdhui oprationnel. Pendant trs longtemps en raison de lhistoire de linternet, de son volution et de la surabondance des donnes et informations on a vcu dans le paradigme de lindexation. Il y a eu un dplacement vers un paradigme de lusage li la sociabilit numrique. Les critres pertinents sont devenus dordre social ce qui a conduit un changement du critre de pertinence un modle de la recommandation. Dune construction de la pertinence qui dpendait de quelques variables calculables par algorithme on est pass une pertinence dordre conomique, sociale et thique. Aujourdhui les critres de pertinence utiliss sont plus nombreux. La golocalisation nous a fait entrer dans une conomie de voisinage largi. On peut avoir une proximit smantique qui alimente la recommandation. Lautre critre est le voisinage gographique qui conduit au retour du local. La golocalisation se substitue la gographie classique. Le dernier est celui de la proximit de la relation humaine avec des effets problmatiques puisque la pertinence sera alors fonction du nombre de visites ce qui peut amener une prescription implicite. Une plus grande complexit se met donc en place.

    Dpartement Economie, Homme, Socit

    Sminaire 2014-2015

    Linnovation managriale

    Sance du 8 avril 2015

    Intervenant : Milad Doueihi

    Synthse : Hlne Pr

  • 2

    Ple de Recherche

    Assistante Chrystel CONOGAN chrystel.conogan@collegedesbernardins.fr 01.53.10.41.95

    Au del de ces aspects, on constate lmergence dune culture qui est dans la continuit et invite revisiter la question du territorial et de lextra territorial. Un effet pervers de la massification doit aussi tre relev : on est pass une chelle statistique et de calcul de nature technique. Lvolution socio culturelle et technique va orienter les recommandations. Cest dsormais la puissance de la distinction ngative qui domine On est entr dans une re de mesurabilit gnralise. On passe de la prise en compte calculable du lieu quon visite vers sa valorisation qui se traduit dans des choix politiques et conomiques. La notion de territoire, de terre habite a t modifie. La cartographie numrique change notre relation avec le territoire, avec sa reprsentation visuelle. La terre habite est devenue l o lon se trouve comme point daccs au monde ce qui modifie le rapport la spatialit. Diffrents modles peuvent tre relevs. En particulier, le modle des capteurs. Les interfaces changent de nature et lobjet monde devient interface et ds lors ce qui nest pas numris est exclu. On relvera aussi celui li la notion de mmoire et o la mmoire de la distance est absente, ce qui transforme la ville intelligente en lieu dinteractivit. Il y a aussi le modle qui permet au citoyen de maitriser ses donnes ce qui conduit modifier lespace habitable. La gomathmatique se substitue la gographie classique. Cette dimension spatialise, souvent sous estime, est lune des plus importantes aujourdhui car elle explique lefficacit et la faon dont le corps est revenu dans la culture numrique. On a spatialis la cration de nouveaux espaces qui sont devenus pertinents du point de vue social. Le corps est devenu trs puissant dans la culture numrique et donc la mobilit. Pendant longtemps linformatique a t une culture statique, fondamentalement et physiquement assise devant lordinateur. Elle est devenue mobile ce qui a tout modifi. Les volutions techniques ont chang le statut du corps. Cest le corps en mouvement qui est dsormais concern accroissant dautant son indpendance. Le statut du corps dans une civilisation modifie la valorisation et la symbolisation des objets culturels et conomiques. Ces mutations, ces volutions il faut les saisir. Aujourdhui on est dans une culture mobile ce qui dplace les lments de la recommandation. Concernant la notion dautonomie, on peut souligner avec lvolution du calcul, la puissance des donnes et lintelligence dans la conception des machines la place du discours humaniste o sadressent les modalits des interfaces homme-machine. La question se pose donc de savoir quelle sorte dautonomie faut il donner ces formes dintelligence qui mergent. Le retour des lments du corps gnr des modifications. Dautres interactions sont apparues et se dveloppent telles que la reconnaissance vocale, tactile, biomtrique. Cest le corps en mouvement qui est dsormais concern accroissant dautant ce stade son indpendance. Lmergence des robots modifiera toutefois dans le futur le rapport entre la machine et lhomme avec laugmentation de la puissance des donnes, lintelligence artificielle de la robotique et la dpendance grandissante leur gard. Ces formes mergentes dintelligence suscitent nombre dinterrogations. Certaines sont dordre thique, dautres posent la question de lautonomie lre numrique ainsi que les modalits de la dlgation. Les exemples les plus souvent donns montrent que ce qui est le plus important ce sont les modalits de dlgation de lautonomie plutt que lautonomie dans son absolu. La question se pose alors de savoir comment articuler certaines formes de dlgation et assurer simultanment une certaine forme doprationnalit. Le dernier constat est le retour de la hirarchie mais dans de nouvelles formes, diffrentes des formes classiques. Elles se construisent autrement dans une logique de la distinction nourrie par une forme de reconnaissance dun monde humaniste numrique distinct de lunivers conomique et social traditionnel. On observe, en particulier, une conomie de la visibilit qui se dploie dans la sociabilit numrique. On note aussi le retour des choix culturels, des spcificits culturelles qui deviennent trs valorisantes. Aujourdhui nous sommes dans des plateformes dominante quasi globale dont les interfaces sont quasiment les mmes mais dont les spcificits se prsentent dans les modalits de contournement. Il y a des tudes qui montrent que des choix techniques neutres sont devenus culturels et politiques qui conduisent des restructurations.

  • 3

    Ple de Recherche

    Assistante Chrystel CONOGAN chrystel.conogan@collegedesbernardins.fr 01.53.10.41.95

    Apparaissent de nouveaux noyaux et des zones dinfluence (Wikipdia par exemple) qui fonctionnent et prosprent par linteractivit et sont des plateformes dominante globale voire universaliste. Les contestations de la lgitimit notamment thique de ces choix techniques sont source de conflits importants devenus culturels et politiques. Il y a une nouvelle logique de la description qui prend en partie en compte des choix techniques et se traduisent par des effets politiques ou socioculturels. Un certain nombre de questions ont t poses. Concernant la confiance, des prcisions ont t demandes sur son volution. Par ailleurs, la dmatrialisation ne simplifie-t-elle pas ncessairement le contrle? Rponse : La question de la confiance est trs complexe. Il faut distinguer trust et reliance. Avec le modle de la recommandation la structuration sest dplace. La mondialisation permettra de voir si la souplesse se dveloppe mais les systmes sont dploys grande chelle et ne permettent pas des modifications petite chelle, ce qui est une difficult. Ce sont les choix qui seront faits dans la mondialisation en cours qui nous permettront de voir si la souplesse va se dvelopper. Deux observations faites en rfrence lintervention de Vinjet Nayar. Lutilisation du net dans son entreprise a convaincu chacun quil avait un accs quitable au fonctionnement de lentreprise ce qui a cre un systme gnrateur de confiance. La possibilit a t donne aux personnels dinterpeller les personnes distance notamment la hirarchie. Dans un systme de recommandation les mesures mises en place auraient elles eu le mme effet ? Par ailleurs, quel est lapport du numrique par rapport la norme, donne-t-il plus de libert ou de rigidit ? Quel effet peut avoir le jeu ? Comment peut se dvelopper le rapport homme-machine ? Rponse : En informatique le code est crateur de la norme, il y a une spcificit du code informatique mais les variations de la norme sont admises. Celles-ci se dveloppent et la normativit est donc diffrente. Le code nest pas exclusivement vou la machine, il lest aussi la lecture des autres, cest ce qui fait sa spcificit. Il est toujours modifiable. Le modle de la recommandation est en ralit trs peu utilis. Le jeu est quelque chose de passionnant qui est en train de se mettre en place. Dans la fiction on voit une interoprabilit entre le monde du jeu et le narratif. Par ailleurs, les contraintes deviennent productrices mais le cadre et les chelles ne sont plus les mmes que dans la pratique artisanale. Sur le flot dinformations dans les entreprises la diffrence avec la recommandation cest quelle introduit une autre logique de la prescription qui fait natre de nouvelles formes de hirarchie. Le modle de la recommandation est aujourdhui trs peu utilis car il est difficile de sparer le milieu professionnel de la sociabilit. Quel est limpact de la recommandation pour les managers, permet-elle une vraie transparence? Rponse : Cest un sujet trs compliqu mais on peut dire que la recommandation fonctionne mieux lorsquelle est semi automatique car il y a une neutralit. Elle se distingue de la notation par les utilisateurs qui est dans la gestion de laffectif. Navez-vous pas une vision trs pessimiste des choses puisque vous entendre avec les big data la tracabilit des donnes le systme devient trs intrusif et peut donc conduire au non respect de la personne et une socit post dmocratique ? Rponse : Je ne suis pas pessimiste. Aujourdhui la culture ludique est admise et le problme est celui de la dimension industrielle et sa forte concentration avec une pauvret des choix culturels. Il nest pas certain que la surabondance des donnes va orienter vers davantage dintrusion. Le problme est de savoir si on va maitriser les donnes, cest une question de choix et de maitrise, une question politique. Il faut aussi relever que la question de lintime, des donnes personnelles a volu et quon doit distinguer les choix subis et les choix choisis. Ce qui va changer ce sont les variables prises en compte dans les donnes.

  • 4

    Ple de Recherche

    Assistante Chrystel CONOGAN chrystel.conogan@collegedesbernardins.fr 01.53.10.41.95

    Quelles sont les modalits de dlgation, donner soi-mme ou autrui ? Rponse: Il y a plusieurs modles contests celui du bien commun et celui de la reprsentativit qui donnent des formes de libert diffrentes. Les nouvelles formes de hirarchie ont-elles un impact sur les hirarchies existantes ? Rponse : Les nouvelles formes de hirarchie deviennent des modles pour le secteur public en particulier mais aussi pour le secteur priv. Il y a ds aujourdhui des modalits de dplacement des hirarchies inspires de ce qui se passe dans le numrique. Un dirigeant doit il avoir une comptence dans le numrique ? Rponse : Avoir une familiarit avec le numrique est important pour pouvoir apprcier et valuer ce qui est utile et dsirable. Quelles tendances mergent dans le monde de lenseignement ? Rponse : On a constat que le mode numrique ne fonctionne pas. La formule qui fonctionne le mieux est une formule hybride entre le prsentiel et lenseignement distance. Le numrique modifie la transmission du savoir, le-book cest le partage du savoir. Concernant lconomie de la visibilit, quelles sont les perspectives sur lvolution de la jeunesse et les effets au niveau socital ? Quelle est la perspective sur la faon dont la technique dpasse notre capacit de libre arbitre, y a-t-il un choix politique ou social ou simplement un choix commercial ou conomique ? Rponse : Sur la visibilit, les sociologues ont montr que les jeunes grent leur libre arbitre autrement et ont accept une nouvelle dfinition du primtre de lintime mais ce choix nest pas gnrationnel cest une redfinition du primtre. Il y a un dbat nuisible autour du sujet entre science et intelligence artificielle. On a en partie un imaginaire faonn par Hollywood qui a cre quelque chose de trs limit. La notion de libre arbitre est plus intressante en ralit. Certains cercles transhumanistes ont eu un discours plus intressant en parlant de la finitude humaine, des moyens dviter la souffrance. On voit aussi des notions religieuses qui reviennent et une tension entre monothisme, polythisme oriental et occidental. Concernant la mesurabilit, les dirigeants dentreprises sont-ils prpars en comprendre les enjeux ? Rponse : Il y a deux profils de dirigeants mais ce qui est important cest de savoir comment le code est fabriqu et ce qui merge lextrieur. La mesurabilit cest quelque chose qui est partout dans tous les domaines. Ce qui est important cest quest-ce quon construit, ce qui est possible. Quel est limpact sur le rapport lego pour les dirigeants, que peuvent-ils supporter ? Rponse : Il y a un cosystme trs particulier avec leur histoire. Les cadres sont trs diffrents et le monde universitaire est diffrent du secteur industriel et commercial.