? Web viewAgache venu hier dans la journée : je lui montre toute ma lâcheté. Le soir Sciama que je

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Text of ? Web viewAgache venu hier dans la journée : je lui montre toute ma lâcheté. Le soir Sciama que...

Paul Edouard

ROSSET-GRANGER

(1853-1934)

Journal

16 janvier 1897 au 3 aot 1902

Samedi 16 janvier 1897

Tous les matins mme comdie, la pauvre Bobard (1) vient vers 10 h. et il fait si noir que je la renvoie. Quelle tristesse! Ce matin je moccupe transcrire des ides de tableaux nots a et l sur des bouts de papier.

. Une tte lexpression grave et douce, mdiation la rflexion. Le fond serait une rivire refltant les arbres et le paysage coup jusqu la ligne de terre.

. Pour une figure de labondance, arrange ainsi avec des faisans et des oiseaux, gibier tenu en guirlandes autour du cou ou tombant trs bas sur la poitrine (marchande de gibier vendu dans la rue).

. La vigilance: une lampe la main et faisant sa ronde.

. Loubli: une figure contre une porte et qui en pousse le verrou.

. Pour dessus de porte. Les 4 saisons: une figure de femme avec lamour: Printemps, lamour arrive Et, lamour la blesse Automne, lamour sendort sur son sein Hiver, lamour senvole.

. La vanit: une figure couronne de lauriers etc descend un sentier dont la perspective est coupe de rameaux chargs de tous les hochets de lambition et qui aboutit au premier plan une faon de crypte o lon voit une bire vide.

. Pour portrait de deux surs. Se servir de meuble double pour aider trouver une pose originale.

. Figure personnifiant la force, la mcanique etc

. Sur le treuil dun haquet.

. Pour deux figures dingales grandeurs. Se servir de la marche dune porte, dun escalier dhtel etc

. Un Christ, les bras en croix apport par des anges dans le rayon dun vitrail qui claire le prtre au moment o il consacre lhostie.

. Reprendre lide du panneau le mariage du concours de Bagnolet en y ajoutant au premier plan un vieillard qui se retourne et voit toute la scne qui embrume un lger brouillard qui slve du fleuve.

Vendredi 22 janvier 1897

Jusqu aujourdhui temps noir, affreux. Impossible de travailler, de lire souvent. Ce temps de brume cuivre pse sur la tte comme une eau glauque, ou est maussade. Oh! Je prie dappeler lt de ces affreux jours dhiver pour bien employer son temps et jouir de la lumire. On nexiste pas ces temps que le soir lorsque la lumire artificielle vient redonner aux soires leur allure habituelle et alors on se couche tard et on se lve de mme, je nose crire quelle heure. Aujourdhui, neige lgre qui reflte un ciel moins opaque, mais cest vendredi et je ne peux rien mettre en train. Mon petit tableau pour le Cercle (2) est rest en plan, que vais-je y envoyer?

Jai une petite tude de rue assez brutale qui plaisait Duez (3), mais elle est inacheve. Je verrais demain sil fait clair ce que je peux faire.

Hier, mis en ordre des papiers, fum, oh! lennuyeuse journe!

Hier soir dner chez Drick avec les Balla, Brmard; ce soir, Guy (4), Cuvillon (5) avec lequel je reviens en faisant les cent pas et fumant un cigare, malgr un froid trs vif.

Bonne causerie avec cet excellent rieur sur les impuissants rigeant en doctrine leur ignorance, et sur ce malheureux Laugrand pour lequel nous cherchons un dbouch ici, ce qui ne parait pas facile.

Mercredi 3 fvrier 1897

Lautre soir, Vibert (6) me dit en me parlant dun pays: je ny suis plus mais jy ai perdu mon temps, parce que je nai pu y faire que des tudes de paysages et que les marchands ne veulent pas de fonds de paysage dans un tableau. Il a dans la suite de la soire vivement discut contre le talent de Puvis (7)!

Toujours de vilaines journes. Quel hiver pourri! Repris en gris la tte de Bob. Je nose maventurer peindre par ce vilain jour. Hier, commenc un petit tableau avec le frre de Bernadette, M. Domnico, g de 5 ans. Nous devons aller avec la maman cet aprs-midi voir le nouveau local; car il fait trs doux. Et voil que la pauvre femme a des douleurs dans les reins; pourra-t-elle y venir? Elle se traine et ne sait pas si elle pourra shabiller.

Jai eu les deux derniers jours du mois juste pour finir la petite brodeuse que jai envoye au Cercle; elle parat bien plaire, mais il y avait une mche de cheveux mal place et lui coupant le visage; grce lobligeance de Carolus (8), jai pu en une aprs-midi faire la correction ncessaire et dtruire lquivoque.

Reu de Constantinople le brevet de commandeur tout dor (9), les lettres orientales portes comme des ornements.

Vendredi 12 fvrier 1897

Temps noir, hiver pourri. Le modle vient, on nose pas se mettre peindre, on crayonne, on sagace. Jai fait une tude spare de la tte de la Somnambule (10). Je ne suis pas fch, force de choisir et dliminer on en vient saisir mieux ce quil faut dire mais quand vais-je my mettre?

Et avec les Dugl (11) et Madame Dubufe la Comdie Franaise voir la pice de Pailleron (12) Mieux vaut douceur et violence. la pice est sur le ton de ce titre prtentieusement spirituel, et fort mal faite. Le pire de tous. Subir sans pouvoir sen aller toutes ces balivernes. Lautre jour au Cercle, Drick nous dit Duran (8), Agache (13) et moi en parlant des fonctionnaires rpublicains: quels nuls! ce sont des valets:. Cinq minutes aprs, il dit Agache qui doit tenter une dmarche auprs de Roujon (14) tu peux te recommander de moi, je suis trs bien avec lui.

Dner du 9, avec Albert Ballu (15), notre nouveau et son frre, Richemont, P. E. Berton (16), Laforet, Guillaume Dubufe (4), Billotte (17), Agache (13), A. Moreau (18), Dauphin (19), Montenard (20). Avec Moreau, Berton et Agache, pris le chemin de fer, et avec ce dernier les cent pas devant la porte avant de rentrer.

Hier soir bonne runion autour du billard chez les Durand (8). Atmosphre pleine de cordialit et de bienveillance.

Samedi 6. Tir la loterie chez Mme Colette Dumas. Cest Madame Demachy mre qui gagne avec le n 10. Grande causerie avec cette Dame qui me parle dune demoiselle dans une situation difficile, qui est charmante et quelle dsire marier. Je me souviens de lavoir vu diner chez elle. Elle ma paru agrable et simple, et dun physique trs sympathique. Nous reparlons de cela le soir avec la maman.

Mercredi 17 fvrier 1897

Avant-hier grande motion pour Richepin (21) dont on donnait lOdon la rptition gnrale de Le chemineau. Louis (22) nous avait apport deux places, le temps tait doux, ma mre a pu venir cette matine et elle sest beaucoup intresse et plu cette petite dbauche. Les bons vers bien rythms soulevrent la salle. Dans son entracte, je rencontre le visqueux Jean Lorrain (23) moi je trouve a idiot. La moutarde me montre au nez et je lui rplique je ne suis pas de votre avis et du moins cela nous sortira de la fe Mlusine et du Botticelli dont on nous sature. Il rplique: Cest bte. Prenez garde, la btise cest bien prs de la bont; en tout cas cest de la sant et a ne nous fera pas de mal, nous sommes pourris. Hier, joublie que je suis convi chez les Salanson. A 9h1/2 vient demander de leur part pourquoi je ne suis pas venu, et me trouve fumant ma pipe en chemise de flanelle. Je mhabille la hte et vais mexcuser Cest la premire fois que vous me ratez me dit cet espigle. Mon tourderie vient sans doute de mon manque de quitude ou depuis quelques jours par suite de manque de bonne, et de la faiblesse croissante de ma pauvre chrie, pour les soins de mnage. Il faut aller lagence, me renseigner etc et puis prsent cest le tour de la Bobard (1) qui est malade! Vais-je faire un tableau? Jaurais pourtant bien mrit, je crois dtre tranquille de ce ct. Et puis les affaires dOrient qui sembrouillent, et puis ce procs, et puis les invitations qui brodent sur le tout et tombent le plus souvent contre temps pour le plaisir quelles peuvent procurer.

Il nimporte, le soir, aprs la journe bien employe le moment est doux, o on fumait une bonne pipe, on se ressaisit dans latelier o flotte une saine atmosphre qui sent le travail.

Lautre soir (lundi) nous dinions chez Albert Ballu (15) et nous quittons le gentil home pour aller la Roulotte, un infect concert, o crass, mal ou pas assis, nous subissons des salets peu drles. On repart de l pour allez chez Locquer; Mon Dieu! que les trois quarts des plaisirs sont mal compris ou sachtent cher!

Mardi 23 fvrier 1897

Jai attendu jusqu Samedi pour me mettre au tableau de la Somnambule, cause des vilains jours. Il tait prpar en grisaille et jai pu, du coup, finir la tte, la gorge et lentourage de ces morceaux. Ce systme implique une mthode trs serre; mais lorsque le tableau est trouv et prpar ainsi en valeur et que lon a bien rflchi au moyen de lattaquer et de le finir, cest une joie de voir une chose finie et tudie natre pour ainsi dire et sanimer sous vos doigts. Il faut une extrme prcaution pour ne pas surcharger ds le dpart et conserver les gris de demi-teintes et de passage qui donne le ton local au frottis sur les grisailles. On peut aussi employer des glacis successifs et obtenir ainsi des effets de grande richesse. En tout cas on spare leffort puis lon cherche dabord le style et le model et ce nest quaprs quon tudie lharmonie des couleurs.

Je vais essayer dappliquer ce systme la copie de Vigi-Lebrun (24) que jai faire; ce doit tre encore plus facile et les bnfices sont tout indiqus = emploi du glacis pour obtenir les tons ombrs qui donne le vernis etc

Mardi 16 mars 1897

La Somnambule est presque acheve. Il ny a plus que la mise au point, fond, etc. Cest le moment ou tout ce que lon fait compte et le plus intressant du travail, la condition quon ne table pas sur cette priode pour sauver le tableau.

Grce Dieu! Cette fois-ci jai t assez heureux et ai conserv et justifi jusquau bout de ma mthode. Sur la grisaille bien sche et trs pousse, bauch en frottis locaux et peint du coup. Jai mme repeint nouveau en grisaille une main dj faite et manque.

Dagnan (25) venu mercredi dernier na gure trouv me reprocher que le tapis rouge, que