DÉSIR DU SUJET/SUJET DU DÉSIR: "MELMOTH RÉCONCILIÉ"

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  • DSIR DU SUJET/SUJET DU DSIR: "MELMOTH RCONCILI"Author(s): Paul PerronSource: Nineteenth-Century French Studies, Vol. 12, No. 1/2 (FallWinter 198384), pp. 36-53Published by: University of Nebraska PressStable URL: http://www.jstor.org/stable/23536490 .Accessed: 10/06/2014 05:31

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  • DESIR DU SUJET/SUJET DU DESIR: MELMOTH RCONCILI

    Paul Perron

    "La nature avait cr en moi un tre d'a

    mour et de tendresse, et le hasard m a

    contraint crire mes dsirs au lieu de les

    satisfaire." Lettre Madame Hanska du

    20 mars, 1836.

    Le rcit premier de Melmoth rconcili1: "Par une sombre journe d'au

    tomne, vers cinq heures du soir, le caissier ..." (347), est prcd d un

    bref sommaire, genre de prologue valeur introductivo et/ou explicative,

    qui se situe avant et pour ainsi dire l'extrieur du temps du droulement

    de la digse.2 Il pose, de prime abord, les conditions de lisibilit et de

    production de la fable venir. Commentaire en marge, ce prologue sem

    ble premire vue encadrer l'histoire qui ne serait que la simple ralisa

    tion du canevas esquiss. Toutefois, il runit d'ores et dj les matriaux

    originaux et met en place les rgles gnrales dont se servira le locuteur

    narrateur pour laborer et livrer le rcit. Ainsi le sommaire instaure-t-il,

    d'entre de jeu, un dispositif de modles narratifs et discursifs de la

    comptence que le conte, dans sa singularit, actualisera et ralisera.

    Synoptique, "bilan exact du Talent et de la Vertu, dans leurs rapports

    avec le Gouvernement et la Socit une poque qui se croit progressive,"

    sans laquelle "une aventure arrive rcemment Paris paratrait invrai

    semblable", ce prologue s'adresse avant tout celui qui aurait "devin les

    vritables plaies de notre civilisation." (347) Le sommaire soulve alors

    une srie d'nigmes qui suggrent, tout en les taisant, les solutions seules

    connues auparavant du sujet-suppos savoir, et de plus, disqualifie ceux

    qui, " une poque qui se croit progressive", inscrivent le conte sous le

    signe de l'invraisemblable. Rponses entrevues, rponses diffres, r

    ponses sous-entendues, le sens de "l'aventure arrive rcemment" n'est

    offert qu' l'coute de ces "esprits assez suprieurs" dj au courant du

    mal, de la blessure, de l'entaille qui rongent, fissurent et entament l'int

    grit du corps social. Organisme vivant, radicalement transform depuis

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    1815, la "Civilisation" contemporaine s'est mutile lorsqu'elle a choisi de

    remplacer un principe fondamental par un autre. Substitution d'un signi

    fiant corporel au signifiant de l'tat, la mtaphore organique du corps

    bless vhicule dj, sous forme d'nigme non-rsolue appelant un d

    nouement, les mcanismes de dplacement qu'assurera la fable. Le som

    maire propose ds lors une critique de la lecture ainsi que du texte

    puisqu'il met en vidence la fois les lois de sa production et le mode ou les

    conditions de son dchiffrement.3 Le rcit s'agence donc selon un double

    mouvement hlicodal qui enchevtre une activit de dcryptage et de

    (re)connaissance d'une srie de voiles entr'aperus, de bances, de non

    dits, ou encore, d'inter-dits.

    Les remarques ci-dessus demandent nanmoins tre affines et nuan

    ces par une mise en relief des procds d'criture gouvernant cette brve

    "entre en matire". On remarquera que le sommaire et la digse pro

    prement dite participent, pour reprendre les distinctions de E. Ben

    veniste, de deux systmes distincts: celui du discours et celui de l'his

    toire.4 Alors que le prologue, qui met en scne un locuteur (narrateur), un

    allocutaire (narrataire) et un dlocuteur (personnage), emploie principale

    ment les temps verbaux du prsent et du futur, le rcit premier se carac

    trise avant tout par la non-intervention du narrateur et l'utilisation de

    l'aoriste.5 Le premier nonc du rcit valeur gnrale: "Il est une nature

    d'hommes" (345), se dfinit en tant qu'assertion gnomique qui souligne un

    tat de fait irrcusable de l'organisation sociale ambiante. Par la suite, le

    prologue mimera sous forme d'affirmations et d'interrogations successives

    un acte de communication verbale, ou encore, un genre de dmonstration

    logique et ritrera en l'amplifiant ce mme postulat (postulatum: "de

    mande" qui sollicite l'assentiment de l'autre, du narrataire, pour s'riger

    en principe incontestable): "A-t-on jamais compris les termes de la propo

    sition dont l'X connu est un caissier?" (345). Problme rsoudre aux

    donnes incompltes, le sujet caissier se prsente d'abord comme rducti

    ble une structuration symbolique, ensuite comme pouvant se repr

    senter en tant qu'quation algbrique dont la valeur des lments du

    membre gauche, spar par le signe ( = ) posant la relation d'quivalence,

    reste inconnue. Cette formule simple, qui appelle une solution tout en

    dfinissant les relations fondamentales et les rgles suivre pour raliser

    les oprations, demeure cependant insoluble puisqu'elle tait le sens des

    termes constitutifs du polynme. Or, se fait jour un systme relationnel

    symbolique qui assigne au sujet son lieu et le dcentre en mme temps.'' Si

    d'une part, celui-ci se conoit comme conjonction de signifiants, par contre

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    une autre fonction s'introduit la place des signifis, qui les branle, les

    fait jouer et finalement les efface. Disons pour l'instant, que le travail de

    gommage se remarque dans le prologue lors de la mise enjeu du dispositif

    narratif, qui, par une stratgie de dtournements, rarticule par substitu

    tion une mme proposition en la dplaant, de sorte que la chane des

    signifiants ainsi constitue diffre l'accs la signifiance.7

    La nature indfinissable du sujet nigmatique s'inscrit de fait dans la

    matire langagire qui lui prte forme.8 D'abord, les figures de style

    dominantes: l'interrogation, la comparaison et l'antithse qui s'tendent

    d'un bout l'autre du passage, dveloppent le caractre problmatique et

    incomprhensible de la proposition. Puzzle aux pices inconnues, inter

    rog, scrut, rpt, le texte amasse, dnombre et numre tout en les

    questionnant les indices disjoints, si bien que le facteur de certitude se

    rvle inversement proportionnel la quantit d'informations accumu

    les. Ces premires figures de style, relayes et compltes par l'ellipse et

    le paradoxisme: "Trouver un homme qui . . . Un homme qui ait assez de

    grandeur pour tre petit? Un homme qui puisse se dgoter de l'argent

    force d'en manier?" (345), instituent le sujet dans un systme de con

    traires, voire de contradictions. A force de se dcrire le sujet se dfile,

    force de se redire le texte se ddit.

    Ds son enclenchement, le sommaire pose et repose cette mme ques

    tion: Qu'est-ce qu'un caissier? ou encore: Qu est-ce qu'un caissier sous la

    Restauration? et en se dployant n'y apporte que des bribes de solutions

    contradictoires. Ce perptuel glissement du signifi ainsi que le dplace

    ment du signifiant se dclent surtout au niveau du registre des tropes qui

    organisent le rcit. En effet, un processus mtonymique motive le jeu de

    substitution projetant le signifiant le long de l'axe syntagmatique: "la

    Civilisation obtient dans le Rgne Social, comme les fleuristes crent dans

    le Rgne Vgtal, par l'ducation de la serre, une espce hybride . . .

    Vritable produit anthropomorphe arros par les ides religieuses . . .

    branch par le vice et qui pousse un troisime tage le caissier est . . .

    maintenu par la guillotine." (345).9 Le sujet, pris dans les rets de la

    Socit, assujetti la Loi de l'or par "les corsaires que nous dcorons du

    nom de Banquiers . . . qui l'encadrent dans des logis afin de le garder

    comme les gouvernements gardent les animaux curieux" (346), reoit la

    place qu'on lui assigne. "Civilisation ", "Socit", "Gouvernement, "Ban

    quiers" ne sont que des substituts synecdochiques des forces con

    traignantes et "illogiques" qui situent le sujet et le signifient dans l'cono

    mie du texte.

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