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FAUVE CHRONOGRAMME ≠ 01 fanzine

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≠ Ça faisait longtemps qu'on voulait faire un vrai support papier FAUVE, mais jusqu'à récemment on n'avait pas trouvé de créneau... Finalement, on a profité de la fin du mois d’août et de la rentrée pour rassembler les souvenirs d’été du CORP et des copains. On a baptisé ce fanzine "CHRONOGRAMME" parce qu'on trouvait ça joli. En voici le premier numéro Bonne lecture la mif ≠

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SALUT LA COMPAGNIE,

VOUS AVEZ ENTRE LES MAINS LE TOUT PREMIER FANZINE FAUVE.

ÇA FAISAIT LONGTEMPS QU’ON VOULAIT FAIRE UN VRAI SUPPORT PAPIER MAIS JUSQUE-LÀ ON N’AVAIT PAS TROUVÉ DE CRÉNEAU.

FINALEMENT, ON A PROFITÉ DE LA FIN DU MOIS D’AOÛT ET DE LA RENTRÉE POUR RASSEMBLER LES SOUVENIRS D’ÉTÉ DU COLLECTIF

ET DES COPAINS.

ON A BAPTISÉ L’ENSEMBLE «CHRONOGRAMME» PARCE QU’ON TROUVAIT ÇA JOLI, MÊME SI C’EST VRAI QUE ÇA A PAS BEAUCOUP

DE RAPPORT (ON PENSAIT QUE ÇA VOULAIT DIRE «ARRÊT DANS LE TEMPS» EN FAIT).

AU FINAL, C’EST SANS PRÉTENTION. MAIS ÇA NOUS FAIT PLAISIR À NOUS. C’EST QUAND MÊME IMPORTANT DE COUCHER TOUT ÇA SUR

PAPIER, DE FIGER CES MOMENTS QUI FILENT UN PEU VITE.

ON TAFFE AUSSI SUR D’AUTRES PROJETS PLUS CONSÉQUENTS EN PA-RALLÈLE, NOTAMMENT LA DEUXIÈME PARTIE DE VIEUX FRÈRES MAIS

PAS QUE. ON VOUS RACONTERA ÇA DANS LE PROCHAIN FANZINE, INCH’ ALLAH !

BISOUS ET À BIENTÔT

LE FAUVE CORP

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Il paraît qu’au mois d’août, Paris est désert. J’imagine des rues vidées de ses passants tout speeds, laissées aux touristes asiatiques ou aux couples d’Italiens, leurs énormes lunettes Dolce & Gabbana et leurs grosses baskets confortables pour fouler le pavé toute la journée.

J’ai pas trop eu l’occasion de vivre ça. L’été, chaque année, je fuis. Je troque mon 20 m2 parisien contre une maison avec jardin pas trop loin de la mer. C’est la liberté, mec ! Rompre avec son quotidien, la grisaille parisienne, l’alcoolisme mondain, et toutes ces conneries.

L’année dernière, on a acheté une caisse à quatre, pour aller chercher notre liberté un peu plus au Sud.

Cette année, je la joue plus soft, je me suis offert un scooter plus vieux que moi. Le genre de trucs qui n’a sa place que dans une casse ou chez un collectionneur.

Le vendeur valait le déplacement à lui seul. La cinquantaine, un gros nez tout rouge et un filet de gras qui lui coulait le long des cheveux. Une odeur fétide flottait autour de lui. On était bien loin de la pub pour le BonCoin avec Iggy Pop qui achète une guitare.

Le type avait acheté ce scooter suite à un pot de départ trop arrosé, et le vendait parce qu’il en avait marre que son petit frère le prenne et finisse chez les flics. Les papiers étaient en règle donc j’ai oublié l’histoire des flics, et en échange de quelques billets ce scooter est devenu le mien.

J’avais encore en tête mon dernier voyage en Asie. Je me voyais tracer la route avec la planche de surf sur le côté, cheveux au vent, le long des plages bretonnes. La réalité c’est que la Bretagne et Bali sont deux choses différentes. Il fait froid, donc tu peux oublier le combo short/tongs/t-shirt, et tu roules en pull tout l’été. De toute façon, ici le casque est obligatoire. T’es obligé d’avoir une longue tignasse qui dépasse pour que ça flotte au vent.

L’été est fini et mon scooter est en panne. Je rentre à Paris.

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Le train arrive. On entend d’abord la sirène, avertissant les passagers du quai qu’il faut se reculer. Puis le souffle, brusque, violent, qui nous fait vaciller l’es-pace d’une seconde. Le train s’arrête, la foule commence à bouger, chacun à la recherche de sa voiture, de sa place. Les plus jeunes et costauds escaladent sans difficultés les marches pour entrer dans le train, portant sans efforts leur sac ou leur valise. Il y a ceux qui galèrent un peu plus, soulevant tant bien que mal leur valise pleine à craquer, ou bousculant de leur sac-à-dos les autres passa-gers, s’excusant les yeux baissés, honteux. On s’assoit, en espérant qu’une jolie fille s’installera sur le siège le plus proche, et en priant pour ne pas avoir un crasseux qui ronfle. Le chargement continue, les mamies sont aidées par leurs enfants ou leurs petits-enfants. Les passagers prennent place. On s’embrasse et on se salue à travers la vitre, en oubliant que ceux restés sur le quai font coucou un peu au hasard, le reflet des vitres empêchant de bien y voir.

Le chef de quai siffle, les portes se ferment, le train repart. Personne ne s’est as-sis à la place d’à côté, la tranquillité jusqu’au prochain arrêt - alors on rejouera les dés, en espérant que la chance soit avec nous : la jolie plutôt que le crasseux. À l’extérieur, les pylônes commencent à défiler, et on ne peut s’empêcher de penser à une pellicule qui serait sortie d’une bobine géante. Il est temps de sor-tir le casque, de lancer la musique, et de se replonger dans le film des vacances. Pas tous les souvenirs non, seulement quelques-uns. Les plus marquants.

Comme ce barbecue au premier jour. Une bonne nuit de sommeil pour récu-pérer des cinq heures de route de la veille, une grasse matinée plus tardive que prévue, un petit déjeuner qui saute, une roue de vélo qu’on regonfle, et direction le jardin des amis. On entend les rires avant même de sentir l’odeur incomparable de la graisse des saucisses qui coule et brûle sur les braises in-candescentes. On s’embrasse et se donne l’accolade (quoi qu’on puisse pen-ser des Américains, ils ont inventé le «hug» et on n’a pas fait grand-chose de mieux pour dire aux gens qu’on les aime), parlant du temps et de la route, du plaisir d’être en vacances et de se retrouver. Une fois à table, les saveurs font danser les papilles, on parle la bouche pleine mais personne ne s’en offusque. Les guêpes font leur apparition mais ne constituent qu’un embêtement mineur, tant le bonheur d’être ensemble est fort.

Il y a eu cette sortie en bateau aussi, à deux, avec tout l’équipement nécessaire pour un bon moment : une planche, un couteau, du saucisson, une bouteille de blanc. Quelques virements de bord dans la baie histoire de se dérouiller de ces mois assis derrière un ordinateur, puis on s’éloigne un peu de la côte pour trouver le calme, couper quelques tranches de charcuterie et se passer la bouteille, qu’on boit à même le goulot. On est des vieux frères, on n’a pas peur des éventuels microbes de l’autre, le partage est le plus important. Mais

tout à coup une ombre passe, le vent se lève et le temps se rafraîchit. Il ne faut que quelques secondes pour commencer à sentir les gouttes. Pas des gouttes de pluie d’été, légères et chaudes, mais des gouttes lourdes et glacées, qui piquent et brûlent la peau. Le spectacle de ce déluge sur la mer devenue noire est ma-gnifique, mais crée un brouillard qui fait qu’on ne peut que deviner le rivage. Qu’il faut chercher à regagner le plus rapidement possible. Les t-shirts sous les gilets de sauvetage sont trempés et collent à la peau. Ils ne protègent de rien et, au contraire, maintiennent ce froid qui nous touche jusqu’aux os. L’orientation se fait tant bien que mal, la grande voile est légèrement descendue. Il faut rester vigilant, le vent est fort et la houle grandit. La pluie battante continue de nous agresser mais la plage est maintenant visible. Une fois le pied posé sur le sable, les échanges de regards en disent long : la frayeur est passée, mais le sentiment d’avoir partagé quelque chose de fort reste. On remonte le bateau sur le sable, et le soleil fait son apparition, comme si la pluie n’avait été qu’une parenthèse, un test pour renforcer l’amitié. Il reste du vin et du saucisson, et la bouteille se termine pendant que nous séchons.

Le train s’arrête. La chorégraphie redémarre : ceux qui descendent mais n’ar-rivent pas à attraper leur valise, ceux qui attendent depuis maintenant dix mi-nutes devant la porte de la voiture par peur de ne pouvoir sortir, les malheureux qui se retrouvent coincés au niveau de la même porte qui ne cesse de se refer-mer… Ni chance, ni malchance, un homme d’une trentaine d’année s’assoit à côté, salue d’un geste de la tête et ouvre son ordinateur pour lancer une série. Le film des vacances pourrait reprendre, mais bercé par la musique et le trajet, les yeux se ferment et c’est un autre départ, celui vers le monde des rêves.

À l’arrivée, il faut vite reprendre ses esprits. Le pas et l’œil se doivent d’être vifs, car une fois sur le quai de la Gare Montparnasse, il faudra jouer des coudes pour rester debout, emporté par le flot des voyageurs qui se remettent au rythme parisien. Après l’épreuve du quai, c’est celle de la descente sous terre pour en-trer dans le métro. Tout le monde est pressé d’être chez soi, ça se bouscule, ça râle. Les files d’attentes se forment aux guichets de la RATP. Encore du temps à attendre et on se jure, pour la prochaine fois, de penser à recharger son pass Navigo avant de partir. L’arrivée sur le quai de la ligne 4 est un enfer : le monde, une moiteur poisseuse, sans parler de l’odeur… Au quotidien, on est habitué, mais après quelques jours à respirer l’air marin, le retour à la capitale est difficile. Demain c’est la reprise. Pourtant, la perspective du prochain départ aide à tenir : bientôt, un nouveau billet, une nouvelle escapade, une nouvelle parenthèse. C’est pour cela qu’on vit.

La rentrée, c’est aussi le plaisir de pouvoir repartir.

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Deuxième été euphorisant pour le CORP. Petit pot-pourri de souvenirs de la route des festivals.

_______

MARDI 1ER JUILLET, minuit. On se retrouve pour quitter Paris, surexcités comme d’habitude. On roule toute la nuit. Réveil le lendemain matin… Sous les arcades des Arènes de Nîmes. VLAN. Il est à peine dix heures mais il fait déjà 35 degrés, on se met en branle, il faut tout préparer pour que cette NUIT FAUVE ressemble à ce qu’on a imaginé. Tout le monde est sur le pont, certain(e)s du CORP ont même fait le trajet en train pour venir filer un coup de main. On se met en tête de redécorer les Arènes : la fleur au fusil, on part avec cent-cinquante affiches sous le bras, on tapisse, puis on revient tout contents de nous, une bonne heure et demie après. Pause. Bière. Un gars de l’orga nous signale finalement que le site est classé… «Bon, désolé les gars mais va falloir enlever toutes vos affiches de la façade et des grilles.» Rah. On décroche tout et on recommence, en recouvrant cette fois-ci les barrières de l’entrée et l’intérieur de l’enceinte. Deux heures plus tard, c’est vous qui les aviez toutes enlevées… En souvenir. Pour le coup, on n’allait pas se vexer.Décollage de Nîmes tard après une soirée mystique, direction Pornic. Demain on a une journée «off» de prévue avant le prochain festival. Le programme sera chargé : plage, glande, soleil, baignade, plage, glande, sandwichs, soleil, plage, glande, clopes, soleil, plage. L’un de nous se perd pendant l’après-midi, impossible de le retrouver. On le récupère plus tard, un peu par hasard, équipé d’un barda étrange : «J’étais parti acheter du matos de pêche chez Décathlon, tout va bien les gars». Évidemment. Le soir, on s’invite au restaurant, où on commande des fats plats de fruits de mer… C’est la fête, la brigade du kiff est pas loin. On se remémore le dernier soir du tournage de BLIZZARD, à Fécamp, où on s’était aussi explosé le bide à grand renfort de bulots.

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VENDREDI 5 JUILLET. Nort-sur-Erdre. On assiste en direct à la défaite de la France en quarts de finale, pendant que Disiz joue sur la grande scène. Le choc est indéniable, plusieurs d’entre nous menacent de tout arrêter. Certains se mettent même au barbecue. Le concert du soir sera quand même un des meilleurs de l’été, malgré la pluie et la branlée envoyée juste avant par les Hives. On n’est pas exactement du coin mais on peut le dire : tout ce qui se rapproche d’un Breton sait mettre l’ambiance en festival. Après le show, une partie de l’équipe s’éclipse pour faire voler le drone, derrière les loges. De façon prévisible, ça part en plans de course-poursuite sur le parking, façon “La Mort Aux Trousses”. Le bus commence à partir sans nous. On doit filer vers la Normandie.Samedi soir, c’est Beauregard. CALVADOS RPZ. Le cadre est superbe (dans les jardins d’un château) et on partage l’affiche avec Portishead. La grande classe, Nestor même si on rate encore IAM et Stromae. Comme en Bretagne, il pleut, mais ce soir c’est différent : une partie du CORP est à la maison, la famille et les amis sont là. On

croise évidemment des gens bizarres - festival oblige - dont trois types avec la tête dans un bocal rempli de poissons rouges. Flippant. Heureusement, le Belge du CORP se fait couper les cheveux et devient, à notre grand étonnement, très séduisant. Le gars le plus beau de l’équipe même. Leçon du jour : un profil De Fursac peut se cacher n’importe où.Après une pause et le mariage de l’un d’entre nous, on se retrouve à nouveau dans le bus, pour descendre à Six-Fours les Plages. Il fait si chaud, on s’entend plus au milieu des cigales. Accueil aux petits soins, les pieds dans l’eau, apéro, bouffe, coups de soleils, baignade… Dont certains ressortent avec des brûlures de méduses. Elles sont venimeuses, les garces. Re-apéro en fin de journée avec la team Woodkid, sur le thème du terroir. Puis le concert, au poil… On est bien, tout le monde passe un super moment, que ce soit derrière, devant ou sur la scène.De Six-Fours, on doit ensuite remonter à Carhaix. Ca-rhaix, c’est les Vieilles Charrues : faut pas se foirer. On trouve quand même le moyen de se perdre en route.

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Du coup, on a ressort la bonne vieille carte Michelin et on arrive tout juste à l’heure pour le déchargement. Entre 30 et 40 000 personnes devant la scène, ça fait beaucoup. Mais on est en Bretagne : ambiance furieuse donc (du jamais vu pour certains)... Au point que ceux du CORP qui montent sur scène pendant BLIZZARD pour foutre le bordel sont morts de trouille. Le lendemain on est à Biarritz… Où on arrive sous la pluie, une fois de plus. Mais on commence à être habitués. Et puis ça tombe pas si mal : l’un d’entre nous a posé un arrêt maladie bidon pour suivre une partie de la tournée, il n’y a donc aucun risque qu’il prenne des couleurs, c’est parfait. L’après-midi, on se chauffe avec la famille Astérios pour réserver un stage d’initiation au surf. Ha ha ha, tu nous aurais vous, tiens. Heureusement que le vent soufflait onshore, buddy et que le swell faisait à peine 50 cm. Retour aux loges, dans les vestiaires du stade Aguilera. Ça joue tard, du coup on tourne un peu en rond et on fait les idiots avec des golfettes (le FAUVE bassiste manquant cette fois-ci de se casser les deux poignets). On croisera pas Placebo mais l’un d’entre nous imitera Brian Molko toute la soirée, pour compenser.

SAMEDI 19 JUILLET. Ce soir, on a rendez-vous à Paris, place de l’Hôtel de Ville. Ça fait bizarre de revenir à la base en plein été, d’autant qu’on doit y rester moins de vingt-quatre heures (juste le temps de faire le concert, ensuite on doit remonter vers la Belgique). Les loges sont installées dans la mairie, c’est improbable… Imaginez l’intérieur du château de Versailles transformé en salle de camping pour des mecs tous plus ou moins ingérables. Certains gars du CORP sont fous à l’idée qu’on puisse - peut-être - leur remettre les «clefs de la Ville ». Une prochaine fois peut-être. Il y a du monde, très grosse ambiance. Concert d’anthologie en ce qui nous concerne… Difficile de trouver les mots, en fait. On retrouve la famille et les copains après la bataille. Tout le monde est là, on leur fait visiter le bus, on est sur un petit nuage et tellement heureux de pouvoir montrer «l’intérieur» de ce qu’on vit à ceux qu’on aime. Certains restent à Paris, d’autres rejoignent l’équipe pour la dernière date à Spa. Le fin de la grosse série de festivals approche. Mais on a encore des bornes à faire.

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FAUVELIER c’est la famille du web, un compte Instagram qui anime les quelques lettres qui composent le nom du collectif. Merci à elle !

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voilà le soir

qui revient

et l’amour

s’est éteint

dans la flamme

du bougeoir

dans un souffle

et que vienne

le jour

que pourrais-je

bien y voir

si je souffre

mon regard

se traine

est brisé

comme un air

de violon

les couleurs

se morcellent

quelle chaleur

il faudrait

pour refondre

le plomb

il faudrait

ne plus

se morfondre

dans un lit

pour coller

les débris

de ce verre

assembler

le vitrail

il faudrait

amasser

encore

quelques pierres

de taille

pour refaire

cette Eglise

et ce coeur

les bouquets

ont fané

et les fleurs

sont démises

sur les stèles

profanées

des fissures

sont taillées

et le gel

les amours

débraillés

font des fentes

dans les murs

mais sors donc

faire un tour

cette ville

aveuglante

est si belle

les maisons

sont quelconques

mais bien lisses

sont couvertes

d’une couche

de goudron

mais si lisses

et ouvertes

à ton coeur

en fusion

et tu touches

à l’espoir

et tu glisses

un regard

et là merde

le bonheur

c’est bien vrai

ce qu’il disent

comme la ville

elle est belle

y’a les filles

qui m’appellent

les allées

et les berges

les tableaux

et la craie

me suffisent

allez allez

là je sens

revenir

le bon temps

les plaisirs

je le sais

c’est ici

que j’étais

si heureux

prends ma main

sors tes yeux

sens la brume

vois les feux

des péniches

ris et fume

et puis sèmes

tes désirs

de caniche

dans le creux

des pavés

je promène

mon costume

élimé

un nuage

de whisky

et d’urine

se dégage

et va croître

me saisit

les narines

sens-tu

cette vie

un peu âcre

qui bouillonne

dans une pinte

sens-tu

cette gamine

qui résonne

dans mes plaintes

pas envie

de dormir

pas sommeil

au réveil

près du mur

dans les craintes

et dans l’eau

on voit clair

les soupirs

les gravats

c’est très beau

la misère

en peinture

là il faut

un peu plus

Page 10: FAUVE CHRONOGRAMME ≠ 01 fanzine

que la gouache

pour masquer

les blessures

et les tâches

il faudrait

aux ruelles

aux crachats

qui me collent

des appâts

plus précieux

car le vin

qui s’étiole

suffit pas

les vapeurs

sont bien molles

le malheur

est trop vieux

la récolte

est si sèche

tu n’es pas

de ceux

qui attendent

la révolte

sale poubelle

à ta table

toi tu lèches

des amandes

et ton rhum

de cannelle

ou vanille

je suis jeune

je viendrai

pour brûler

tes étables

et te pendre

dans une mare

de vomi

je ne peux

plus attendre

chaque soir

je remonte

cette butte

souffreteux

au pas mou

de la vache

et je compte

les marches

mais voilà

le caillou

qui roule

au matin

dans la boue

jusqu’au pied

du chemin

fuyez fuyez

qu’on me crie

la peste

envahit

notre ville

fuyez fuyez

vers l’ouest

qu’on me dit

une dernière

ivresse

ébahie

et on laisse

bien derrière

sur le quai

tous ses rêves

et son lit

fuyez fuyez

vers la grève

une dernière

accolade

à tes fils

oublie-les

mieux vaut

loin et ruiné

que malade

qu’on achève

fuyez fuyez

les barbares

sont aux portes

il nous faut

s’en aller

dans le noir

sans papiers

et sans trêve

peu m’importe

ma guitare

était morte

il fallait

que je parte

sans regard

loin derrière

sans soupir

et à moi

la campagne

et le kir

pour danser

une gigue

près du mat

de cocagne

sous les arbres

pleins de figues

je dépose

les armes

et je vais

m’élancer

dans les bras

de ces filles

me plonger

dans leurs nattes

et je frappe

de mes mains

la mesure

au contact

de leurs seins

qui sont moites

sur mon coude

ah l’odeur

de lasure

et de poudre

quand j’enlève

les lacets

bien trop longs

des corsets

faites craquer

les boutons

de vos robes

enfantines

et à moi

les étreintes

les bourdons

qui butinent

ou éreintent

le silence

dans le haut

des clochers

les rides

ricochées

sur l’étang

l’indolence

et le temps

dans les granges

trop humides

l’écorce

et le cidre

et ce vide

quand je mange

avec force

le bocage

allons voir

le rivages

et poser

sur nos bottes

la rosée

et l’avoine

viens frapper

dans les mottes

le méthane

des citernes

viens couper

la luzerne

reposer

tes doigts bleus

le feu tousse

cheminée

bouffadou

marinés

dans la cendre

les volutes

ont du goût

elles sont grises

et berçantes

les minutes

deviennent tendres

dans la nuit

qui affine

la nature

et ravale

la couleur

de ses murs

si intense

moi j’allume

deux trois torches

parafine

et essence

loin les cloches

et leur bruit

dans le bois

se dessinent

les chouettes

quand elles bouffent

les mulots

et les bêtes

je les vois

sur les branches

elles se couchent

et sont peintes

de sanglots

et leurs cris

ont l’empreinte

des fantômes

c’est les vêpres

et je sens

les arômes

de l’encens

et les femmes

sous le crêpe

qui soulèvent

leurs lèvres

pour baiser

le ciboire

je ne suis

qu’un bagnard

à creuser

sans limite

vers mes rêves

Page 11: FAUVE CHRONOGRAMME ≠ 01 fanzine

oui à moi

le granit

et la mer

là j’entends

le fouillis

des cordages

et du fer

et je sens

les morues

qui surnagent

elles sont fraiches

et brillantes

et mes dents

je leur plante

dans la chair

fine et crue

je boirai

l’océan

j’y noierai

mes vieilles peurs

sur un pont

vermoulu

les rancoeurs

disparues

sous la brosse

à quatre pattes

je récure

le timon

que l’on pèle

comme la peau

des patates

et les restes

de mercure

et j’y reste

qu’il y grêle

qu’il fasse beau

le navire

se redresse

et à moi

eux aussi

je les vois

qui défilent

ces marchands

sont grossis

par les chants

et les dattes

les tapis

et les nattes

qui s’effilent

sur les ânes

et le bleu

du lapis

dans le feu

du désert

caravanes

et bandits

vont fouiller

chaque pierre

loin des lettres

des attentes

je caresse

les serpents

le poison

de leurs dents

ne me tente

même plus

je préfère

la torpeur

et le jus

des citrons

et la graisse

des moutons

qui reposent

sous le ciel

il y brille

une chaleur

écrasante

comme le jour

est si rose

sur les villes

comme le thé

sent la menthe

comme le miel

est bien lourd

pas de doute

c’est là-bas

dans l’été

de velours

que se trouve

le repos

il n’y a qu’à

dégager

une route

et marcher

s’il le faut

que je crève

par les eaux

par le glaive

pour aller

m’étaler

dans des criques

aux falaises

découpées

dans la jungle

inondée

de moustiques

et de singes

ça vaut même

de cuver

son palu

la gueule blême

il est là

le salut

on y croit

peu importe

si les fruits

ont des vers

on espère

car les coffres

qu’on déterre

sont moisis

mais nos poches

sont remplies

de cimetières

et de vols

de corbeaux

à quoi bon

construire

un bateau

bien profond

fait de chêne

pour sortir

une chignole

et mourir

plein de haine

ou tout seul

dans une case

puisqu’il faut

qu’on s’enlise

dans la vase

qu’on piétine

les glaïeuls

pourquoi faire

ses valises

enfiler

ses bottines

une dépense

d’énergie

pour trouver

sur la mer

l’horizon

élargi

la souffrance

inchangée

les hameçons

arrangés

mais sans rien

qui vient mordre

donc on reste

au même bar

on soupire

on va tordre

sa main

ça repart

on se leste

de vin

et de kirs

il est tard

et on chante

un refrain

la ville

aveuglante

est si belle

les maisons

sont quelconques

mais bien lisses

sont couvertes

d’une couche

de goudron

mais si lisses

et ouverte

à ton coeur

en fusion

et tu touches

à l’espoir

et tu glisses

un regard

et un jour

il s’accroche

on rebouche

les fissures

on referme

tous les murs

on retaille

ans la roche

on répare

le vitrail

on disperse

le brouillard

plus de gel

ni d’averse

dans les nuits

rien ne lasse

on ne fuit

plus les belles

on oublie

le poison

je préfère

aux morues

et aux figues

la sueur

de la rue

la fatigue

de mon front

qui se trempe

je préfère

la chaleur

de tes tempes

et les fleurs

que j’arrose

je préfère

le labeur

de ces pierres

que je pose

sur mon temple

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PREMIÈRE ÉTAPE / PARIS - MONTBREHAIN (PICARDIE)5h30, le réveil me trouve éveillé. Qui peut se targuer de parvenir à dormir la veille d’un voyage ? Je me lève face à une perspective vertigineuse, celle de couvrir les 1600 kilomètres qui séparent Paris de Göteborg, à la force de la pédale. Presque un demi Tour de France avec des compagnons de galère que je connais à peine. Jules, Antonin, Gérald, Léo, Foucauld, dix jours dans le même bateau : un pédalo de carbone lancé sur les routes d’Europe. Qu’en sortira-t-il ? Des phrases ? La première me traverse l’esprit en passant par la forêt de Compiègne : pour nous, il n’y a pas d’armistice. Des images, déjà ? Celles de nos installations bigarrées : une caisse et des sacs plastique en guise de sacoches, une panoplie complète acquise à grands frais, des boudins de marine maladroitement ficelés. Il y a aussi des visages. Ceux de nos hôtes d’un soir, qui nous accueillent sans nous connaître, nous offrent le gite et un somptueux couvert. Pourquoi ? Par solidarité, par goût de la découverte et de l’échange.

DEUXIÈME ÉTAPE/ MONTBREHAIN – BRUXELLES (MANOIR DES FILS)

Qu’est-ce qui différencie un cycliste du dimanche de ce que nous sommes désormais ? Le premier n’est pas contraint de remonter en selle le lundi. C’est l’heure du tout premier bilan. Genoux, bécanes, détermination… Tiendra ? Tiendra pas ? Au creux d’une route en montagnes russes, nous nous demandons dans quoi nous sommes embarqués. Heureusement, chacun garde ses impressions. Pourquoi être parti ? Pour être au cœur de quelque chose qui paraît plus grand que soi, pour ce qu’il en sortira. Les histoires que l’on écrit ainsi sont des exploits que personne ne peut nous enlever. Dans les descentes, Gérald lâche les pédales dont il n’est plus capable d’assurer la cadence. Il pose alors les pieds sur la barre supérieure du cadre, comme un singe savant, et laisse tourner son pignon fixe en priant pour que le souffle des poids-lourds ne le disperse pas dans le fossé. Un régime de banane est suspendu à son porte-bagage, un citron est calé sous sa selle. Les autres l’appellent le Druide… Bruxelles enfin. Arrivée au Manoir des Fils. Dans cette collocation en accordéon, les membres vont, viennent et s’étirent. Tous sont marqués du sceau familial, sous les côtes, piqués à l’encre noire. Ici, la Jupiler n’a pas le temps de rafraichir car il faut vite célébrer l’amitié. La fête improvisée continue bien après que nous ayons sombré sur quelques matelas et canapés aux taches louches.

TROISIÈME ÉTAPE / BRUXELLES – ‘S-HERTOGENBOSCH (PAYS-BAS)

La Flandre. Des éoliennes en guise de moulins. Contre quels moulins nous battons-nous ? La réponse manque de poésie : c’est avant tout le vent qui est notre adversaire. Un élément qui s’affronte de face. Qui se sacrifie en première ligne ? Les autres se collent dans sa roue, profitent de l’aspiration de cet abri en mouvement. On tourne, on prend son quart, on paye sa part. Sous le cagnard, les plus téméraires pédalent torse nu. L’un des dos est tatoué d’une portée. Est-ce celle d’un hymne à la joie ou d’un cortège funèbre ? Vu notre cadence, ce doit être un air martial. Arrivée en Hollande. L’eau nous est indispensable, bien plus que le confort d’un toit

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ou d’un matelas. Chaque jour, la route nous laisse une carapace de sueur et de crasse, mêlée d’huile solaire et d’insectes écrasés. Une croûte de sel strie notre visage et nos vêtements. Lorsque nous les rinçons à la faveur d’un lavabo bouché, l’eau devient noire. Immédiatement.

QUATRIÈME ÉTAPE / ‘S-HERTOGENBOSCH – HALLE (ALLEMAGNE)

Si les coureurs ont naturellement du mal à partir, qu’en est-il lorsque leur monture s’en mêle ? Ma roue arrière est à plat. Rustine, coups de pompe. Notre hôte nous escorte jusqu’à la prochaine intersection. Son vélo hollandais lui donne un air de géant. S’il pouvait nous servir de paravent… Nous traversons des polders, prenons des bacs, passons d’une digue l’autre et nous perdons plusieurs fois. Chaque arrêt est un cauchemar. Nous nous liquéfions. J’ouvre mon maillot en grand. Une médaille de Saint Christophe danse dans mes poils de torse. Notre moyenne est ridicule. Nous n’avons d’autre choix que d’avancer sur ce qui s’annonce comme notre plus grosse étape, faute de logement dans le no man’s land de ces terres frontalières. Nous hésitons sur les directions à prendre. Deux boudent, les trois autres prennent les choses en main et tous pédalent à vive allure dans la lumière du soir. Le soleil se meurt dans les champs moissonnés. Nous franchissons la barre des deux-cent kilomètres mais ne parvenons pas à trouver notre destination. Lorsqu’on vient nous ouvrir le chemin, nous nous lançons à la poursuite de la voiture comme après un Derny, et je pars à la faute dans les graviers. Je n’ai pas une égratignure, le vélo non plus. C’est un miracle. Fût de pils, débauche de barbaque. Qu’il est tard, et que la route est encore longue jusqu’en Suède !

CINQUIÈME ÉTAPE / HALLE – BRÊME Une étape à faire péter d’un coup de canon. Comment rompre la monotonie, éventrer la terre, se morceler le cervelet ? Où sont ces instants où l’on pétrit la matière, la matière grise ? Où les mots affluent tant et si bien qu’on en vient à mâcher l’air pour les digérer, les recracher, les donner à d’autres en becquées, dans un texte ou un aphorisme ? Pourtant nous ne sommes ni machine, ni légume puisque nous avons conscience de cet état de

neutralité. Alors nous aspirons la route comme une plâtrée sans saveur, nous ruminons ces champs. Pfff.... Mélasse. A la lisière de Brême, un parc, des marais, et des faisans qui n’ont pas peur de nos dérapages. Nous sommes accueillis chez Fabio, un brésilien rondouillard qui pince la cuisse d’Antonin lorsqu’il monte l’escalier… Le cœur de la ville bat dans les biergartens. Les filles défilent et les yeux des garçons font l’essuie-glace. Il faut goûter les spécialités. Les käse spätzle pèsent lourd dans nos estomacs saturés de barres énergétiques, et le mass de weißbier ne passe plus. Nous rentrons nous coucher à même le sol du salon, déclinant la proposition de Fabio de dormir avec lui dans son lit…

SIXIÈME ÉTAPE / BRÊME-HAMBOURGFabio a l’air triste de nous laisser partir. Malheureusement pour lui, la route a davantage de charmes à nous offrir. L’asphalte défile et de sombres forêts rompent enfin avec les plaines habituelles. Aux portes de Hambourg, nous nous arrêtons dans un verger. Une dame nous offre un cornet de tomates cerises et des petits concombres. De la générosité en guise d’encouragements. Sur les rives de l’Elbe, deux jeunes sifflent des canettes qu’ils accompagnent de nourritures grasses. Derrière eux, ce graffiti : « Deine mutter ist auch deine tante ». Je ressens un certain apaisement, celui que provoqauent les eaux passantes et le bal des bateaux. Certains transportent de monstrueux containers, d’autres promènent des pêcheurs à la recherche de quiétude dominicale. Un Fils exilé nous ouvre son jardin en même temps qu’une bière fraiche. Le houblon est ce juge de paix qui apaise les tensions engendrées par notre train d’enfer, le manque de confort et la continuelle promiscuité.

SEPTIÈME ÉTAPE / HAMBOURG – RØDBY (DANEMARK)Les villages défilent. Je suis leur progression sur le porte-carte de ma sacoche de guidon. Soudain, la mer. Nous sommes encore loin de Göteborg mais nous avons la sensation d’être au bout de la piste. Pendant que certains font les courses, je discute avec une vieille dame. Les sourires pallient le manque de vocabulaire. Nous partons vers le Danemark. Le vent est horriblement fort. A l’avant, Jules se sent des jambes de feu. Le peloton éclate. Nous passons un pont immense, trop vite pour en profiter. Antonin sort de sa réserve, les bras posés sur ses prolongateurs de carbone. Le gruppetto s’accroche et nous chargeons les échappés dans la ligne droite qui mène à l’embarcadère. Nos bras et nos jambes luisent d’une sueur dorée à laquelle des moucherons restent collés. Alors qu’on nous somme d’embarquer, nous repérons deux cyclotouristes bien plus chargés que nous. « Ah mais vous êtes français ! » Le ferry nous engouffre tous ensemble. Questions d’usage : d’où êtes vous partis ? Où allez vous ? Vous ne voulez pas qu’on discute de tout ça autour d’une bière ? En pleine mer, nous décapsulons une Tuborg et trinquons. Dans cette époque où les étés sont des hivers précoces, les cigales auraient tort de se priver de chanter. Nous décidons de rester groupés et débarquons un peu éméchés, au point de partir sur l’autoroute. Rødby est un village fantôme. Malgré la nuit et le froid qui arrivent, nous nous rinçons à poil dans une fontaine et retrouvons la campagne à la lueur de nos lampes frontales. Nous empruntons un chemin pierreux et nous étendons tous les sept dans les blés couchés de la bordure d’un champ. Depuis combien d’années n’ai-je pas dormi à la belle étoile ? Quinze ans au moins…

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HUITIÈME ÉTAPE / RØDBY - COPENHAGUE

Lorsque nous nous réveillons, le fermier est déjà à l’ouvrage. Il vient dans notre direction. Panique. Nous achevons nos sacs dans le chemin, en même temps qu’un reste de pizza à la saucisse. Nos deux groupes se séparent. J’ai du mal à me remettre en ordre de marche. Il me faudrait un café mais il n’y a pas l’ombre d’un comptoir. Le vent est de face, la journée s’annonce difficile. Un scooter nous dépasse. Nous sautons dans sa roue, jusqu’à ce qu’il décide d’inverser les rôles. Etrange. L’homme aurait-il encore l’avantage sur le moteur à explosion ? Copenhague est un réel soulagement, et ses eaux nous libèrent d’une journée difficile. Tous plongent dans la mer mais je préfère contempler le soleil couchant, les barques qui passent. Malgré le soleil qui nous aveugle, nous percevons l’anomalie de ceux qui nous entourent : aucun n’est laid. Notre hôte est une étudiante italienne. Cinq garçons inconnus chez elle… les filles du XXIe siècle n’ont pas peur. Nous partageons des Tuborg en parlant d’une certaine vie faite de fêtes et de festivals, de voyages et d’amitiés internationales. Ces villes que nous traversons sont des promesses de retour.

NEUVIÈME ÉTAPE / COPENHAGUE-HALMSTAD (SUÈDE)

La côte danoise est une bénédiction où nulle verrue immobilière ne vient perturber la blanche harmonie des villas. Assis sur le pont supérieur d’un ferry, nous grignotons du chocolat en attendant l’instant où le vent complice soulèvera la jupe d’une jeune fille. Le soleil fait fondre les derniers carrés de praliné mais nos yeux filous sont récompensés. Nous franchissons notre ultime frontière et courons vers la mer. Les suédoises célèbrent l’été revenu. Nous les regardons courir en mangeant nos harengs à la pointe du couteau. Comme des permissionnaires dans un harem, nous ne savons plus où donner de la tête. Les mythes de nos pères n’en sont pas. Nous sommes au paradis. Eden ou ailleurs, la route continue, encore, toujours. Au loin, nous apercevons une colline et lançons les paris. Combien de kilomètres jusque là ? Six, huit, dix, tant que ça ? Nous sommes une file indienne de damnés, chercheurs d’or dans un bien pauvre Klondike. L’ascension, c’est le quart d’heure des maigres, ceux qui dansent quand les autres sont empêtrés dans leurs muscles ou leur graisse. Tant-pis pour les naufragés de la pente, trop couverts pour maintenir la tête hors des vagues de bosse. Nous basculons au sommet et le compteur s’emballe. 50, 60, 70… Où allons-nous dormir ? Halmstad a chassé la nature plus loin que nous le pensions. Nous trouvons des ruines qui semblent parfaites pour un campement. En les explorant à la frontale, nous découvrons qu’elles sont habitées par un clochard siphonné. Alors nous cherchons encore. Le découragement pointe son nez. Finalement, nous optons pour un petit bois, qui n’a d’autre utilité que de dissimuler le tas de fumier d’un jardin privé. Tant pis, cela fera bien l’affaire pour notre dernière nuit.

DIXIÈME ET DERNIÈRE ÉTAPE / HALMSTAD – GÖTEBORG (TERMINUS)

Nous nous extirpons de notre bosquet sans que personne ne nous voit. C’est notre dernier jour. J’aimerais trouver la vitesse de croisière d’un tortilard, bien que notre train ait davantage de prédispositions pour rivaliser avec le TGV. Au loin, Jules a repéré un cycliste. Il passe devant et fond sur lui comme la buse sur le surmulot. Peter, vient

de Brooklyn où il est coursier. Lui non plus n’avait pas d’endroit pour la nuit. Alors, tel un gueux au Moyen Âge, il a ravivé le droit d’asile en dormant dans une église. Nous faisons route ensemble. C’est étrange d’arriver. Je ressens l’appréhension des élèves de classes préparatoires à l’approche du concours pour lequel ils ont donné des années de leur vie. Malgré la fin imminente, certains hésitent à tout plaquer. A quoi bon aller au bout ? Que se passerait-il si je m’arrêtais là, sur le bord de la route, après 1600 kilomètres ? Quelques gouttes viennent humecter la chaussée. Les premières en dix jours. Le bruit des autoroutes se fait plus important. Nous arrivons vraiment. Les esprits s’échauffent, comme si un sprint final se préparait. Peter manque de se prendre une barrière. Nous guettons les signaux. Le nez sur son GSM, Antonin nous indique que notre couchsurfing est dans les parages. C’est ainsi que nous réalisons que nous sommes arrivés à Göteborg. Nous n’avons vu aucun panneau, aucune rupture. A quoi nous attendions-nous ? Une haie d’honneur ? Un lancer de pétales de rose par des jeunes filles fraiches et dodues ? Les arrivées nous désemparent. Nous pourrions tomber dans les bras les uns les autres mais nous ne trouvons qu’à nous serrer la main. Devant l’appartement, la route s’achève, littéralement. Peter est avec nous. Notre hôte lui a proposé de l’accueillir pour la nuit. Nous accrochons nos montures et grimpons jusqu’au septième étage. Du balcon, nous contemplons la ville en tétant nos bidons. Nous avons perdu l’habitude de boire dans des verres. Nous sommes arrivés, il faut tout réapprendre. Ou tout recommencer.

Paris-Göteborg, les 15-25 août 2014

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QUELQUES TABLATURES (PARTITIONS POUR CEUX QUI - COMME NOUS - SAVENT PAS LIRE NI ÉCRIRE LES NOTES) DE GUITARE QU’ON NOUS DEMANDE SOUVENT.

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Cet été, on est partis à trois dans la petite maison du père d’un ami, au bord de la mer.

On a finalement dormi toute la semaine au fond du jardin, dans un immense tipi qui sentait parfois un peu trop la clope froide et le fennec, mais dans lequel on était au chaud, chez nous.

Un soir, on se décide à sortir un peu de notre tente. Le père du copain en question nous dépose dans une toute petite ville près de l’eau, réputée “très jeune” la nuit. Le trajet en voiture ressemble à une scène de Drive, Papa faisant trembler nos sièges avec de l’électro qui bastonne. Les lignes de la route se calent sur les synthés. Ça va être une bonne soirée.

On arrive dans le petit bled, surpeuplé. Ça faisait un certain temps qu’on n’avait pas vu d’autres têtes jeunes. On décide de se poser dans un bar, où on rencontre un étudiant en école de commerce, bien décidé à nous mettre des coups dans le nez. On paie nos cocktails 9 boules 50, cocktails qui ne nous font d’ailleurs strictement rien. Les potes de l’étudiant défilent, tous rigolos. L’un d’eux se pose à la table d’à côté, et aborde une fille de la façon la plus drôle qui soit : “On se fait chier ici, non ? ON SE CASSE ?” Le râteau qui s’ensuit l’amène à nous dire la même chose. Un de mes potes le regarde et me dit qu’il aimerait bien être encore capable de faire ça. Qu’il a perdu “un truc”.

On décide de partir tous ensemble pour aller se caler dans un coin au bord de l’eau, “là où les flics passent pas trop”. Pas d’épicerie dans le coin, on trouvera une solution. On marche une centaine de mètres, en passant devant des commerces étranges dont un “Chez Patrice, hair designer”. On rit longtemps devant, très fort. Et c’est là que les chose deviennent intéressantes.

L’atmosphère commence à devenir cinématographique. En cinquante mètres, on dirait que tout le monde a déserté. Plus un chat, plus personne. Monsieur école de commerce, qui passe ses vacances là tout le temps, m’explique que tout se concentre dans le centre-ville et qu’autour, y a rien. Rien du tout. Le vent commence à souffler salement.

On descend vers la plage en passant devant des maisons gigantesques, surélevées, toutes éteintes. La grande rue qui nous emmène à la plage est recouverte de sable, elle aussi. Le vent souffle de plus en plus fort. On sort les gilets de nos sacs. On se pose sur une petite barque dans le sable. Certains roulent des trucs, d’autres discutent entre eux. D’autres regardent le ciel, inquiets. Moi, je suis hypnotisé par le bruit qui nous enveloppe. Le vent fait trembler les mâts des bateaux parqués un peu partout devant les maisons. Le son qui m’attire le plus est cette cloche, placée en haut d’un

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s’allume une clope et fait comme si elle nous calculait pas. Parfois, elle sourit en levant légèrement les yeux, et on se demande si elle se moque de ce qu’on raconte ou pas. Faut dire qu’on sort pas des trucs très futés. On est entrain d’énumérer des présentatrices françaises qu’on serrerait bien : “Marie Drucker ? T’es malade ou quoi ? Louise Bourgoin, à mort”, “Mais bouffon, elle présente la météo, ça compte pas”. Pourtant la jeune fille a l’air rêveuse, un brin mélancolique. Elle met sa capuche tout doucement sur sa tête puis redirige ses yeux vers nous. Je regarde mes potes qui enchaînent les clopes, puis la regarde à mon tour. “Si ça se trouve, elle a nulle part où rentrer, elle a pas l’air bien. Et puis ça doit être flippant de se retrouver avec trois gars, d’un coup, comme ça.” L’un de mes copains se fout de ma gueule en m’appelant “la vertu”, puis s’empresse de lui parler.

“Excuse moi ? Tout va bien ? Tu fais la gueule…” La fille se retourne, on va enfin savoir à quoi elle ressemble, connaître le son de sa voix. Et là, on se retrouve à nouveau dans du Roland Emmerich. Parce que oui, la voix de cette jeune fille, c’est celle de Godzilla.

Le genre de voix qu’on a envie de stopper à la seconde où on l’entend. La voix qui écrase des immeubles entiers tellement elle fait grincer des dents. Une voix stridente, une voix du nez à la Dylan mais en pas agréable. Dès que cette fille ouvre la bouche, je pense à une craie blanche qui grince contre un tableau noir, à un tiroir en métal qu’on galère à ouvrir, à la règle en métal qui tombe par terre, aux cours de techno de Monsieur Cheung. Mais bon, on essaie quand même de faire la conversation. On peut pas la laisser comme ça, ce serait dégueulasse.

Alors Godzilla nous raconte sa vie. Mais Godzilla doit nous prendre pour des fous, puisque trois gars qui font tout pour ne pas rire font forcément une drôle de tête. On appelle un taxi qu’on va certainement avoir du mal à payer, mais la pluie s’est arrêtée donc on a une raison de rentrer. On sort de l’abri, Godzilla continue de parler mais on a accepté ses grincements. On ne les entend plus trop. On arrive devant la route où le taxi viendra nous chercher, l’endroit exact où le papa nous avait déposé plus tôt. On laisse Godzilla rentrer chez elle, parce qu’elle nous dit “J’’haaaaaabiiiiitte à ciiiiiiiinq minuuuuuuutes”.

On fait la bise au monstre strident, qu’on regarde s’éloigner. Elle fait dix mètres et on fait enfin sortir nos rires retenus depuis trop longtemps. Elle nous regarde de loin, on a honte et on baisse les yeux. Autour de nous les serveurs, qui quelques heures plus tôt étaient débordés par les clients, remballent leurs bars vides. Certains courent après des parasols qui s’envolent, ou des nappes qui “font danser les verres posés dessus”.

Il y a comme un petit silence entre nous trois. On sait qu’on va regagner notre tipi. Mais on est heureux d’avoir vécu une scène à petit budget du Jour d’Après.

des mâts. Elle gigote dans tout les sens, comme une alarme. “Ça va chier, je vous l’avais dit. Je vais pas assumer” chuchote timidement mon pote, pendant que l’autre drague la seule fille du groupe.

Je m’éloigne d’eux pour m’approcher de l’eau, personne ne le remarque vraiment. Dans ma tête, j’ai 9 ans, je suis dans un film. Chaque pas que je fais dans le sable est filmé en gros plan par une caméra imaginaire. Pareil pour chaque mouvement de tête que je fais en arrière pour regarder le groupe. Le vent souffle en stéréo et monte crescendo, et celui qui parcoure mes cheveux est lui aussi suivi par l’objectif. Je souris. La plage est immense et déserte. Au loin, un petit ponton est légèrement éclairé par quelques réverbères timides. C’est beau. Je crame au loin quelques éclairs. J’entends les gars crier comme des cons derrière. Moi je me sens bien. C’est bon, je suis dans un Michael Bay. Ou plutôt dans un Roland Emmerich. J’imagine la caméra se relever avec une grue derrière moi et filmer une immense vague qui se dessine et qui s’apprête à nous écraser tous. Je me chie un peu dessus à cette pensée.

Le vent plisse l’eau, qui ne ressemble plus vraiment à de l’eau mais plutôt à une drôle de matière futuriste. Je fais demi-tour. Mes potes se foutent de ma gueule quand je leur dis que “c’est trop beau”. Puis nos nouvelles rencontres bégaient qu’elles vont rentrer chez elles, parce que “ça va pleuvoir, là”. Ils habitent juste à côté, aucun ne nous n’est invité, et c’est tant mieux. En un claquement de doigts, ils sont partis.

On est plus que tous les trois, rêvant d’avoir notre tipi bien-aimé avec nous. Au moins, on serait un minimum protégés. L’un des copains me regarde et me sourit, il sort une bouteille pleine de son sac... “Je l’ai vraiment trouvée par terre”. On se la descend, puis on s’approche de l’eau. Le vent souffle de plus en plus fort. On aperçoit au loin des gens courir en criant. Nous on est pétés. “C’est l’apocalyyyyyypse” relève l’un de mes gars en s’allumant une clope. “Girl” des Beatles passe en aléatoire sur mon téléphone. L’instant est parfait.

La pluie arrive et tombe d’un coup, violemment. On bascule dans du Michael Bay. L’image est belle, on est trois copains au milieu de la tempête. Et pourtant on se marre. On court chercher un abri, toujours hilares. On est dans un vrai film catastrophe. Les rues sont désertes. La plage aussi. Les gens sortent la tête par la fenêtre, méfiants. Les jeunes gens bourrés sautent dans les flaques, certains tombent. On s’abrite tout les trois sous un petit porche, qui en journée doit être celui d’un glacier. On se pose sur un plan de travail en métal.

Alors, en quelques secondes, on passe de Michael Bay à Wes Anderson. À l’opposé de nous dans cet abri, se trouve une fille, assise contre le mur, de profil. Elle est certainement de notre âge. Elle est sublime. On s’arrête de parler immédiatement et on l’observe comme des enfants. On est un peu en train de tomber amoureux. La pluie lui éclabousse les genoux qu’elle s’empresse de rentrer plus à l’abri. Elle

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Sinon, on n’y a en rien contribué mais on est super excités par ces trucs quand même, donc on vous passe l’info :

• Les très émouvants GRAND BLANC sortent leur premier EP ce mois-ci. On a eu la chance de les avoir avec nous au Bataclan en avril, c'était des moments forts. Allez les checker surtout ("Montparnasse", "Samedi la Nuit", "Nord"... Du très lourd) !

• Au début du mois, c’est la bande des co-pains de Feu! Chatterton qui sortait son premier EP. Attention : c'est que des tubes du futur. On se l’écoute souvent en bossant, ça stimule.

SUR PRÉSENTATION DE CE FANZINE, LE ROI DU KASHMIR, SPÉCIALITÉS INDIENNES, T’OFFRE UN

KIR ROSÉ JASMIN.

• Il y en a un chez nous qui a fini son droit (bogoss) et qui cherche du taf. Envoyez-nous vos propositions/pistes/tuyaux à contact@ fauvecorp.com si vous vous sentez soli-daires. Petit plus : en tournée, il tient le stand de t-shirts comme personne, et par-fois il fait même des remplacements à la basse. Un homme polyvalent, en somme.

• Le film « Comme ils respirent » devrait bientôt sortir. Un film sur le quotidien des danseurs, avec une copine du CORP dedans. On l’a vu, ça défonce. Vous pouvez mater la bande annonce sur le Ternet.

• More Than A Gallery, une sorte de pe-tite galerie en ligne crée par une des filles du CORP organise sa première expo du 13 au 16 novembre à L’Espace HUIT, près de répu à Paris.

Il y a aussi un petit peu du collectif dans ces projets :

• Les filles d’IRÈNE ont sorti le cin-quième numéro de leur fanzine éro-tique, en début d’été. Toujours aussi élégant.

• Dynamite Production a eu droit à sa première carte blanche, le temps d’une soirée, à la Péniche Cinéma. C’était le 17 juillet dernier. Ils ont diffusé un tas de courts-métrages réalisés et tournés en famille, le tout avec une belle expo photo et un concert pour clôturer la soirée. On se croise à la prochaine ?

GROS & SYMPA : LE POULET AUX FEUILLES DE FIGUIER

On va pas se mentir, la principale difficulté de la recette, c’est de trouver les feuilles de figuiers. Si tu sais pas ce que c’est, commence par aller voir sur Wikipedia.

Après, faut trouver l’arbre dans ton jardin ou ce-lui d’un de tes potes, parce que les marchands de fruits & légumes n’en ont pas toujours. Sinon tu les voles dans le potager de ta ville mais c’est un peu un truc de bledos quand même.

Ensuite, c’est simple : t’emballes le poulet dans les feuilles de figuiers avec de la ficelle, t’enfermes le tout dans une cocotte avec un peu d’eau, puis tu fais cuire le bordel au four un peu plus que pour un poulet normal, le temps que la chaleur passe à travers la cocotte et l’emballage de feuilles. Oui, c’est très précis.

Une fois que c’est cuit, normalement TOUTE ta baraque sent la frangipane et t’as une sauce verte dans la cocotte. Bon délire.

On déconseille de farcir le poulet. C’est pas l’inté-rêt de la recette des feuilles de figuiers !

Ceux qui la tentent, envoyez nous vos photos de votre poulet.

94% des vieux frères aiment Eiffel 65.

57%

des vieux frères considèrent que Midi Olympique est un journal sérieux d’information.

87% des vieux frères et des belles estiment que le thé glacé est une boisson noble et raffinée.

La blague de petit-cousin

Nous sommes nés de la même mère, la même année, le même mois, le même jour et à la même heure. Pourtant nous ne sommes pas jumeaux, ni même jumelles. Pourquoi ?

Réponse : Nous sommes des triplés

NEWS

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La sonnerie de la cour de récréation, le zip du sac à dos, la sonnerie du RER, le claquement des portes de la voiture des darons, le jingle de l’aéroport… Autant de sons qui sont à la fois banals - car inscrits jusqu’à l’effacement dans notre quotidien - et extraordinaires lorsqu’ils épousent ce temps béni du départ (ou maudit du retour). Ce sont les premiers marqueurs de la délivrance aussi bien que les piqûres de rappel du devoir.

À la cadence de cette multitude de signaux sonores, les vacances naissent, vivent puis s’éteignent. Ces vacances seraient une “vraie vie” dans la Vie elle-même, un passage sous un ciel plus bleu.

C’est souvent la même ritournelle : on en rêve longtemps avant mais on s’y prépare au dernier moment, ça alimente les conversations, on scrute la météo, on sélectionne les talismans du voyages. Et on finit par adopter ce petit sourire en coin, qui détonne avec l’expression habituelle de nos visages. L’aventure nous tend les bras, à nous et notre Périmètre. On y plonge alors bras dessus, bras dessous, attirés par un destin commun hors du sillon habituel.

Chacun veut figer ces moments. Certains reprennent à leur compte la vieille recette du journal intime, pendant que les moins ringards enchaînent les selfies, témoins du même besoin d’immortaliser ce qui nous rend plus vivants.

La musique tient là une belle place elle aussi. Un morceau devient vite le symbole d’une beuverie d’anthologie ou d’une expédition hasardeuse. L’hymne revisité de la confrérie, en quelque sorte. Que ce soit un tube de l’été pourrave ou un album fédérateur, les musiques sanctifient des périodes de nos existences, elles les marquent d’un sceau temporel. On se retrouve plongé dans notre patrimoine intime lorsqu’elles ressurgissent. Elles installent un dialogue imagé et animé avec notre “entre-soi”.

Les derniers moments s’égrènent et nos vacances s’achèvent. C’est la règle. Les plus vaillants ont déjà enfourché leurs montures pour “attaquer la rentrée” : tout à refaire, tout à découvrir, tout à gagner. Mais en général, un parfum doux-amer s’introduit dans nos esprits. Heureusement, le nouveau sillon dans lequel on s’engouffre est un peu moins gris, exposé à un vent plus frais pour un temps. Et puis, on retrouve ceux qui comptent pour nous : les potes de virée comme les compagnons de cordée. Avec encore plus de grain à moudre.

Sur un coin de table, restent nos talismans. Parmi eux, les chansons de l’été qui nous feront à nouveau basculer dans des réminiscences jubilatoires quand elle se rappelleront à nous. Et ferons de nous des vieux cons.

Des vieux cons, mais pas malheureux.

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