les merveilles du rif

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les merveilles du rif

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MOHAMED EL AYOUBI

LES MERVEILLES DU RIF

CONTES BERBRES Narrs par Faima n Muberur

dition bilingue Berbre - franais Tamazit-tafransist

Publication of the M.TH. Houtsma Stiching Utrecht 2000

TABLE DES MATIRES

Remerciements Introduction Prsentation du corpus La biographie de la conteuse Le pays et le parler des Ayt Weryeghel Systme de transcription Remarques sur la transcription Bibliographie Les contes et leur traduction Conte 1 Danfus n dnayen wumaen Les deux frres Conte 2 Danfus n dawa useffa Les deux fils du voleur Conte 3 Danfus n bu-seba izegifen La bte sept ttes Conte 4 Danfus n ma d wecma-s Omar et sa sur Conte 5 Danfus n seba wumaen d wecma-sen Les sept frres et leur sur Conte 6 Danfus n ziza d Tulisfi Aziza et Tulisfi Conte 7 Danfus n Nunza m-dnifas Nunja m Tnifas Conte 8 Danfus n dnayen debriin Les deux jeunes filles

Conte 9 Danfus n Refqi d Rajj Le Fqih et le Hajj Conte 10 Danfus n Ttewdiyye uzegid Le testament du roi Conte 11 Danfus n ma Kippus Omar Kippus Conte 12 Danfus n draa n debriin Les trois jeunes filles Conte 13 Danfus n Ralla lila d mar Bumehdiyya Ralla lila et Omar Bumehdiyya Conte 14 Danfus n sulan n Bab Lhind Le sultan de Bab-Lhind Conte 15 Danfus n emmi Yeya t-tiie u weza Aemmi Yehya et la gazelle des plaines

LA BIOGRAPHIE DE LA CONTEUSE

Le nom complet de notre conteuse est Faima n Cayeb n mar n Tiyeb, connue par Faima n Muberur. Cest un personnage merveilleux pour qui jai beaucoup dadmiration. En t 1997, lorsque je lui ai demand de me raconter lhistoire de sa vie, elle na pas hsit un instant. Ne en 1910 Ayt difa, dans la rgion des Ayt Weryaghel (province dAl Hoceima), le pays de son pre. Quant sa mre, elle est originaire des Ayt ziz prs de Tamasint. Belle tait encore toute petite quand ses parents se sparrent cause des conflits qui opposrent son pre sa belle-famille en Ayt ziz. A cette poque (1910-1921) le Rif vivait des conflits tribaux (Ledawat)1. Leur maison paternelle Ayt difa fut brle, cause dune histoire de vengeance. Elle quitta son village en compagnie de son pre pour migrer chez les Ayt Yeeft : Je me souviens des temps des conflits tribaux (Arrifublik)(2), les gens sentre-tuaient. Nos ennemis ont brl notre maison Ayt difa. Nous tions obligs de quitter notre pays pour nous installer chez les Ayt Yeeft. Elle se souvient de la pntration europenne au dbut du XX sicle (1910-1926) et de lopposition farouche mene par les populations des Ayt Weryaghel contre les forces coloniales franaises et espagnoles. Son pre a t port disparu dans lune des attaques menes par la gurilla rifaine. Mme Muberur tmoigne de cette poque : Jtais encore toute petite quand mon pre rejoignit les troupes de la gurilla dans un endroit qui sappelait Bdia en compagnie de mon oncle Mohamed que je surnommais xari Ciwec. Ce dernier est revenu, quant mon pre, il y est rest. Je suis alle chez lui, pour me renseigner sur le sort de mon pre. Je lui ai demand : Mon oncle Ciwec ! O avez-vous laiss mon pre ? Il me rpondit : Ma chre fille, ton pre est all faire les vendanges. Mon pre depuis, je ne lai jamais revu ! Orpheline, elle quitta Ayt Yeeft en compagnie de son oncle Ciwec pour sinstaller Tamasint, auprs de sa mre. La relation entre Mme Muberur et son oncle Ciwec, la source de ses contes, tait trs affectueuse. Cest Tamasint que Mme Muberur passa son enfance et une partie de sa jeunesse. Sous ses yeux elle voyait passer les prisonniers dAbdelkrim2 : Les prisonniers de Mmis n Ssi ebdekrim passaient par l o jhabitais (Tamasint) et se dirigeaient vers un endroit qui sappelait Talalt (Darac). La vie est la mme que se soit pour un musulman ou pour un chrtien. Ils taient bien traits, ils leur donnaient un peu de

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Terme emprunt larabe, il dsigne lpoque des vendettas. Cest Abdelkrim qui mit fin cette anarchie et ses vengeances en interdisant la porte des armes, sauf sil sagissait de combattre les envahisseurs franais et espagnol et fit dmolir toutes les petites tours (Icebrawen) construites aux alentours des maisons, o les hommes se plaaient pour tirer sur leurs ennemies. 2 Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi (Ajdir, 1882-Le Caire, 1963), connu chez les Rifains par Mmis n Ssi ebdelkrim ou par son nom de guerre Mulay Muend, fils dun cadi de la plus puissante tribu du Rif central, les Ayt Weryaghel, instaura en 1923 la Rpublique du Rif.

caroube dans des paniers. Je me souviens galement de son dpart en exil (1926), et de la pntration coloniale dans notre pays. Faima n Muberur, lunique fille de ses parents mena une vie difficile. Elle na pas d connatre son pre. Aprs que sa mre ft remarie par son oncle, elle la suivit Ayt Mend Uyeya. Trs jeune, elle pousa un homme originaire de Swani. Ce dernier mourut quelque mois aprs le mariage. Elle retourna auprs de sa mre chez les Ayt Mend Uyeya. Elle fut remarie un Weryaghli de Sidi Buxiyyar, o elle passa des moments difficiles avec sa bellefamille. Elle migra en compagnie de son mari et de ses deux fils Mohamed et Ali vers le Gharb3. Reste veuve avec deux enfants dans une rgion arabophone, elle quitta la ferme o travaillait son dfunt mari pour essayer de trouver de laide auprs des autorits dAzila. Elle se prsenta devant un responsable local (Lmuraqib) pour lui demander une aide au logement : Je me suis prsente dans son bureau, il avait un interprte qui lui traduisait en arabe marocain ce que je disais en tamazight4 : Iwa a Lalla daba nredd lik ! (Je te donnerai ma rponse aprs !), me rpondit-il. ce jour, jattends toujours sa rponse ! Elle sinstalla avec ses deux fils Larache dans un foyer. Elle vit avec les quelques francs que lui rapportait la vente du bois : Le matin laube, je sortais ramasser du bois, je le vendais sept-huit francs (rbaat). Cela me permettait de nourrir mes enfants et de faire des conomies en mettant un peu dargent de ct. Aprs un autre sjour Beni Hassan, grce Dieu le misricordieux, jai trouv en fin mon village Aza emza, la terre de mon dfunt mari o je me suis installe pour moccuper de lducation de mes enfants ! travers sa propre histoire, lhistoire dune simple femme rifaine, notre conteuse nous amne comprendre la situation politique et socioculturelle de la rgion des Ayt Weryaghel pendant plus dun sicle (Arrifublik5 ou Ledawat, la pntration coloniale, Abdelkrim, la famine, Iqebbaren, etc.) Ces vnements ont fortement marqu lhistoire de cette rgion au moment o le Rif attirait lattention du monde entier. Mme Muberur nous rsume lhistoire de sa vie mouvante et celle de sa rgion en commentant : Jai 87 ans, je vous raconte ma vie et les vnements historiques dont je suis tmoin. Jai une trs bonne mmoire. Je me souviens de la pntration coloniale, de la fuite quon avait prise, dAbdelkrim et de son exil (1926), je me souviens des bombardements davions (Iqebbaren 1958-1959)Jai une grande histoire. Jai vcu dans des priodes trs difficiles. Lenfer, je lai vcu sur terre, si un autre enfer existe, quil soit le bienvenu ! Je peux dire que dans ma vie jai connu lenfer et que jy ai vcu et Dieu merci ! Cest a lhistoire de ma vie et ce que jai vcu. Et Dieu accomplit sa volont. Actuellement, la conteuse ge de 90 ans, vit entre Tamasint et la ville dAl Hoceima.

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Plaine du nord-ouest du Maroc, en bordure de lAtlantique, traverse par loued Sebou. Ancienne zone de marcages, connue par son sol riche, ses villes principales sont Knitra, Ksar el Kbir, Larache, Azila et Sidi Kacem. 4 cette poque, les Rifains qui migraient au Gharb avaient beaucoup de difficults pour matriser larabe marocain. Cest le cas de notre conteuse monolingue Faima n Muberur. 5 Arrifublik est lquivalent de Siba qui dsigne lanarchie tribale et qui est loppos de Lmekhzen. Historiquement cest la priode antrieure 1921. Voir D. M. Hart : De Ripublik Rpublique : Les institutions sociopolitiques rifaines et les rformes dAbdelkrim, in Abdelkrim et la Rpublique du Rif, Paris, 1976, 33-45.

DANFUST 1

Danfus n danyen wumaen AZIT KUM !1 Dnayen idsen Iwa yatah d umaen, izz a-s g fus-ines, itis mli, a-s izz n defrux. Izzen ineqq-i zzu, a-s seba n dawa-ines. Yallah, yallah, ur ietteq uma-s, a-s arzeq astallah awlayllah. Uma-s ineqq-i zzu. Kulsi tetten mir arbi ren a dmu, u teffen u tidfen. zizes-nni labas lihum. Nenin ineqq-in zzu msaken. a-s izzen iteffe switti, iz izemm-ed sway ixaien, itxiyya-ien itessa ze g-sen. Itawi-asen-d ieddiwen i yen iren a dmu. Iwa yata, zid nhar-a, zid diwe ssa... edd u ineffe edd (ZEG WAMI DEGA DDENYA, DEWWI-ANE DDENYA.) Waha, ikka ziz-es-nni, a-s iz ufunas issa, issufe-i a -iseddeq i zzmae: Alaylaha illa llah, ma tsemu i rx insaellah. Aya zzmae ! Qa wen ia ieren afunas-a, a -nwezze fabu. Netta yata isenned amya, isenned meskin. Mir ieddiwen x uqemmum-ines, mir duayend. Iqqim ikmes meskin u frux-nni. Iwa ruxa nenin usin-d ir fran d fran, edrend ixef-nsen, rux ad eren afunas-nni. Walu seba idsen, zid yallah ssa, zid yallah ssa, u zemman. A d-ihedd x-sen ad ig : HUW ! A en-isiyyeb s wassawen. Ggaman afunas-nni. Netta yata meskin. Inna-s: Mri ssne ira a y-ig ziz-I dasa, ra nnes ataf kka ad ere afunas-in. Uxa gin x-s: Kay,kay! Zzmae ruxa, kkin x-s dasarif, eken x-s, ssebriqqimen2 (QA ZEG WAMI DEGA DDENYA, IGA USEBRIQQEM A WRADI): A fran ! a fran ! Ara-id a t ad mux inna wumam ! Min inna ? Inna-k : Mri a ad ay-yews ziz-i dasa, ad ere afunas-a.

Irah ruxa ziz-es-nni issenser-i. Inna-s: Kka, mix id ay-dfeed da ag zzmae. Kka a traed a tnaqed...Wata. Kka er-i, ad akge dnayen dseqqa! I s-inna ziz-es-nni.

Iwa netta ikka afrux-nni g-s zzu (QA ZZU D AEFFAN).Ikka, yallah, yallahImsemma swit, swit, switTtaq iksi afunas-nni uxa yessas-i, uxa iqezz-i. Iqezze afunas-nni ier-i, uxa barqen seba-nni, yen i x-s ieken. Qqimen barqen urah, dduni deqqim dessqa. ()

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azit-kum ! Je vais vous conter une histoire ! : cest la formule par laquelle souvrent les contes chez les Ayt Weryaghel. 2 Faire semblant, tre hypocrite.

Conte