Microalgues toxiques : de la ?· Une meilleure connaissance de la toxicité, des études épidémiologiques,…

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    15-Sep-2018

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    Cultures MARINES n196 - mai 2006 4

    enqute

    f Dinophysis : toutes les ctes touchesLes toxines DSP (diarrhiques) produites par Di-nophysis sont les plus frquentes et contaminent souvent la baie de Seine, la baie de Douarnenez, la Bretagne-sud et Leucate. Elles touchent sur-tout les moules. Mais depuis la surveillance des hutres, qui date de 2002, tous les ans des zones sont touches. En 2005, on les a observes pour la premire fois dans les pectinids, surveilles depuis 2003. Les autres coquillages (donax, coques, amandes, palourdes, vernis) sont touchs surtout en Bretagne-sud, sur le bassin dArcachon et en Mditerrane. En Normandie, le DSP arrive assez tard, en Bretagne-sud la p-riode est plus tale et en Mditerrane, il peut survenir toute lanne.

    f Alexandrium : lt en Bretagne, lautomne ThauLes PSP, toxines paralysantes produites par Alexandrium, plus rares, ont t observes en Bretagne-nord (sur la Rance, Morlaix, les Abers), Arcachon, Thau (en 2004, avec pour maximum les moules 619 g et les palourdes 331 g) et Toulon. Il ny a pas eu dpisode de PSP en 2005. Cette toxine contamine des coquillages varis : hutres, moules, coques, palourdes Le record a t observ dans les moules, dans les Abers en 1995, avec plus de 1 003 g (seuil de scurit sanitaire : 80 g par 100 grammes). LAlexandrium catenella atteint ltang de Thau en automne-hiver tandis que lAlexandrium minutum atteint les abers et estuaires de Bre-tagne-nord lt.

    f Pseudo-nitzschia touche surtout les pectinidsLes toxines ASP (amnsiantes) produites par lalgue Pseudo-nitzschia sont observes en baie de Seine (coquilles Saint-Jacques en 2004 et 2005), Finistre-nord (coquilles Saint-Jac-ques en 2004 et 2005), baie de Douarnenez (1er pisode, sur la donax et les moules, en 2000), la baie de Quiberon (coquilles Saint-Jacques en 2005), Leucate (moules en 2004), Thau et Fos (moules et donax en 2002). Elles concernent le plus souvent les pectinids. La toxicit maximum observe a t 89 g dans les coquilles et 75 g dans les moules, pour un seuil de scurit sanitaire de 20 g par gramme. Le pic de Pseudo-Nitschia et ses toxines ASP sont oberss vers avril-mai.

    Au-del de la surveillance des zones pour la protection du consommateur, qui volue vers le remplacement des tests souris par les tests chimiques, on assiste larrive de la prvision.Elle devrait permettre danticiper les pisodes toxiques et de mettre les produits labri temps pour mieux grer les crises. Une autre piste est creuse : la dtoxication.

    Les conchyliculteurs europens et d-sormais les pcheurs de coquilles Saint-Jacques nont pas fini de voir des toxines produites par des microalgues rendre leurs produits dclars impropres la consommation. ASP et DSP en baie de Seine sur les coquilles Saint-Jacques, spirolide et DSP Arcachon en mai 2005 Lactualit rcente regorge dpi-sodes toxiques. Et si lon prend en compte les 10 dernires annes de surveillance, il y a une nette tendance laugmentation de la dure de la phycotoxicit dans les coquillages du littoral franais , observe Catherine Belin, coor-dinatrice nationale du Rephy.

    Il faut ajouter une rglementation plus svre : depuis 2002, les tests souris se font en 24 heures au lieu de 5 et la surveillance a t tendue aux hutres puis, en 2003, aux pectinids. Le risque pour le consommateur est privilgi au dtriment du producteur, cause parfois de lacunes scientifiques. Il faut trouver un quili-bre , reconnat Benot Beliaeff, responsable du programme surveillance et valuation de ltat des eaux littorales, lIfremer Nantes.

    Une meilleure connaissance de la toxicit, des tudes pidmiologiques, permettrait daffiner la perception du risque et donc les seuils ; on devrait ainsi limiter lapplication du principe de prcaution, souvent utilis dans lignorance. Le plan de surveillance effectu par la direction gnrale de lalimentation confirme en tout

    Microalgues toxiques : de la surveillancef Multiplication des vnements

    Si lon observe sur 10 ans les priodes o les toxines ont t prsentes au-dessus du seuil rglementaire, en cumulant les sites, il y a une nette tendance laugmentation.

    Certaines zones sont dsormais abonnes aux pisodes toxiques, comme Leucate et la Bretagne ouest et sud au Dinophysis (toxines DSP), ou Thau lAlexandrium (toxines PSP).

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    5Cultures MARINES n196 - mai 2006

    enqute

    la prvision et la gestion de crise

    Leffort de surveillance a ten-dance augmenter, admet Cathe-rine Belin, de lIfremer Nantes. De 200 300 tests souris DSP raliss en 1995, on en est aujourdhui plus de 1 000. Cette surveillance accrue rsulte notamment dun contrle de lOffice alimentaire et vtrinaire (OAV), service de la Commission europenne, en 2001 puis 2004 (1).

    La stratgie franaise - dclen-cher les recherches de toxines lors-que la prsence des algues dpasse un seuil dalerte - ne serait pas

    conforme avec la directive 91/412, do la mise en place, en 2005, du contrle systmatique DSP dans les zones et priodes risques. LOAV a aussi recommand une surveillan-ce plus reprsentative des toxines, do la recherche des 3 familles de toxines sur les gisements de coquillages Saint-Jacques et autres coquillages (en 2003 et 2004), et la mise en uvre de 6 points DSP hutres (hebdomadaire en priode risque et sinon mensuel).

    LOAV a enfin reproch la prise en compte des analyses chimi-

    ques dans la gestion de fermeture. Pour linstant, elles doivent juste servir accumuler des donnes sur la cohrence biologie/chimie, la cintique de contamination et le profil toxinique . Difficile de dire si la France est mauvaise lve de lUnion ; lOAV va bientt publier des profils pays qui donneront une vue densemble. Les inspec-tions ont aussi lieu dans les pays tiers qui envoient leurs produits dans lUnion , prcise Djahne Montabord, conseiller vtrinaire la DPMA.

    Paralllement au Rephy, depuis 1998, la direction gnrale de lali-mentation value le taux de confor-mit des coquillages mis en march. En 2005, sur environ 1 350 analyses, un seul rsultat a t confirm non conforme ; il sagissait de DSP dans des moules du Morbihan, zone ferme par la suite. Lefficacit du systme est prouve.

    (1) Le rapport de la DG(Sanco) est accessible sur le site de la Commis-sion : http://europa.eu.int/comm/food/fvo/ir_search_en.cfm

    f La surveillance franaise sous lil de la Commission

    Sur Arcachon, la crise aurait t moins lourde en consquences si les professionnels avaient pu rcu-prer leurs produits avant le dpassement du seuil toxique.

    Loc

    Fab

    rgu

    es

    cas lefficacit du dispositif actuel, avec presque 100 % de conformit des coquillages mis sur le march.

    Le Rephy, qui recherchait les toxines dans les coquillages seulement lorsque le plancton atteignait de fortes proportions, tend aussi sa surveillance la recherche directe de toxines dans les zones et les priodes risque, pour rpondre une recommandation de loffice alimentaire et vtrinaire (OAV), service de la commission europenne.

    Si cela fait des annes que les conchyliculteurs rclament le remplacement des tests souris par des tests chimiques, lpisode sur Arcachon en a dmontr la ncessit : dun laboratoire lautre, les tests souris taient contradictoires, sans que lexpertise aprs coup par lAfssa (Agence fran-aise de scurit sanitaire des aliments) nait pu en dterminer la cause. Il y a une variabilit plus importante que dans dautres techniques car on utilise des animaux , admet Sophie Krys, qui travaille au laboratoire national de rfrence (LNR) lAfssa.

    Mais lOAV a rappel la France lordre suite une inspection : la mthode de rfrence est le test biologique, et on ne doit pas utiliser les analyses chimiques comme lment de gestion mais comme information complmentaire. Patience. Des seuils et des techniques danalyse par toxine sont en cours de validation au niveau international et europen. La Commission an-nonce que ceux-ci devraient tre disponibles a priori fin 2007 . Le gouvernement franais choisira alors peut-tre un systme double niveau de surveillance, car les tests chimiques ne permettent de trouver que ce que lon cherche, et seule la mortalit des souris indique une toxi-cit globale, donc peut rvler lapparition dune nouvelle toxine.

    La surveillance, qui vise la protection du consommateur, volue donc. La prvision aussi : les scientifiques travaillent une dtection de plus en plus tt du bloom de phytoplancton

    toxique, voire son anticipation. Ce qui permet de mettre en place des schmas dalerte des pro-fessionnels, qui peuvent alors mettre labri leurs produits avant datteindre le seuil de toxicit. Le premier protocole autorisant de travailler pen-dant les crises a ainsi t sign en Mditerrane (lire page 16). Dautres travaux visent aussi d-toxiquer les coquillages en bassin, notamment grce un gavage .

    Sur tous ces sujets, on assiste de nombreux travaux de recherche et une mobilisation de la profession travers le Coste, Comit dorien-tation scientifique et technique (lire Cultures marines n 195). Nous sommes en attente dinformations sur les profils de risque, la ma-nire dapprhender de nouvelles toxines, et

    les solutions pour anticiper ces phnomnes, indique Sbastien Chantereau, charg de mis-sion au Comit national de la conchyliculture. Il faut aussi rflchir la communication autour de ses pisodes : les petites entreprises, de taille familiale, sont directement touches.

    Les objectifs se recoupent et les interactions augmentent : des ponts visiblement plus solides se construisent entre scientifiques et produc-teurs. En atteste la large prsence de ces derniers lors des journes annuelles du Rephy, les 7 et 8 mars, desquelles sont tires les informations runies dans ces quatre pages.

    Enqute ralise par Solne LE ROUX

  • enqute

    Les tests chimiques en Europe prvus pour fi n 2007Les tests chimiques pour 2007 ? Cest ce quannonce la Commission europenne. Les travaux mens ac-tuellement au niveau international et europen amneront rviser les seuils rglementaires et les m-thodes danalyses.

    Au niveau international, un comit dexperts consult en 2004 par le Codex Committee on Fish and Fishery Products a valu les risques par toxine et fix des doses de rfrence aigue (DRA) provisoires. En prenant en compte les donnes de consommation, ils ont propos un seuil de salubrit pour chaque toxine possdant une DRA. Pour certaines toxines, ces seuils sont bien moins svres que les limites en vigueur dans lUnion europenne. Le Codex doit exa-miner ces avis. Ses normes feront rfrence au niveau mondial en cas de litige. En Europe, un groupe de travail toxicologie a t organis par le Laboratoire communautaire de rfrence (LCR) fin octobre 2005, afin dadopter une position commune.

    LUnion travaille aussi sur plu-sieurs fronts au dveloppement des tests chimiques. La DG-Sanco (direction sant et consommation) a fix comme priorit de rempla-cer le bioessai sur souris par des mthodes alternatives, indique Virginie Hossen, qui travaille lAfssa, au laboratoire national de rfrence pour les biotoxines mari-nes. Ces mthodes seront a priori disponibles fin 2007. Les tech-niques danalyse dveloppes par

    le LCR (ou encore le projet Biotox) sont en phase de validation.

    Nous avons demand dj utiliser ces mthodes en compl-ment des bioessais, pour avoir des lments supplmentaires dvaluation du risque et une gestion approprie des zones de production, indique Virgine Hossen. Dautres pays comme le Royaume-Uni, lIrlande ou les Pays-Bas souhaitaient utiliser la mthode chimique seule. La rponse de la Commission, en juillet 2005, a t claire : aucune mthode valide en interne ne sera accepte, le test souris est toujours la rfrence.

    En attendant la validation offi-cielle des tests chimiques, il faut donc poursuivre avec les souris ;

    le LCR tente dharmoniser cette mthode. En octobre 2005, lAfssa a obtenu que le cas particulier des coquilles Saint-Jacques soit pris en compte : plutt quanalyser lhpa-topancras (qui concentre la toxi-cit ASP ou DSP), lanalyse pourra porter soit sur la chair totale, soit sur la partie comestible lorsque seules les noix sont mises sur le march.

    Pour les toxines paralysantes (PSP), l analyse par chromato-graphie liquide et ultra-violets remplace le test souris en tant que mthode de rfrence, en cas de litige . Mais les contrles officiels peuvent tre faits par test souris ou une autre mthode reconnue inter-nationalement. Par exemple le JRT, test rapide dun laboratoire irlan-dais : sil est positif, alors on ralise le

    test souris pour confirmer et grer la fermeture-rouverture. LAfssa va tudier cette technique sur les extraits PSP fournis par Ifremer Ste , indique Virginie Hossen.

    Des changements radicaux se profilent, conclut-t-elle. Il faudra rorganiser le dispositif franais de surveillance pour quil soit en accord avec la nouvelle rglemen-tation europenne, tout en tant efficace et avec un cot accepta-ble. La DG Sanco est presse : au nom de la protection des animaux, on ne peut plus piquer les souris comme avant. Mais ce test sera peut-tre gard par le gouverne-ment franais en complment, avec ou sans valeur rglementaire, afin de dtecter lapparition dven-tuelles nouvelles toxines.

    f Toxines inconnues

    Que faire face une toxine dont on ne connat pas la toxi-cit sur lhomme ? Jean-Paul Dreno, de lIfremer dArcachon, a rencontr le problme avec lpi-sode de la spirolide sur le bassin dArcachon. Il y a une valua-tion du risque au niveau euro-pen et international sur cette toxine. Fin 2006, on devrait avoir un seuil de fix , rpond Sophie Krys, de lAfssa. 7 8 fois suprieur ce qui a t observ, parat-il... Dici l, si a se reproduit, au prfet de se dbrouiller face aux avis scientifiques et lincomprhen-sion des producteurs.

    Lors de lpisode dArcachon, deux laboratoires ont trouv des rsultats diffrents de ceux du laboratoire dArcachon avec le test souris. Quelles sont les causes de la divergence des rsultats ? Y a-t-il un effet du dlai avant coquillage, puisquun des tests a t ralis aprs un temps de transport ? La non-concordan-ce entre chimie et test-souris est-elle inhrente au test souris, particulire aux hutres, lie une toxine non identifie ?

    Sophie Krys, qui travaille au labo-ratoire national de rfrence (LNR) lAfssa, a audit le laboratoire

    Ifremer dArcachon pour essayer de comprendre ce qui sest pass. Je nai pas constat de problme vi-dent au cours de lanalyse , indi-que-t-elle. Elle a seulement soulev des points amliorer : les condi-tions pour les animaux, linsertion dchantillons de contrle au cours des sries danalyse et la ncessit dobtenir une accrditation. Il y a une variabilit plus importante que dans dautres techniques car on utilise des animaux , admet la scientifique.

    Il faut aussi renforcer lenca-drement et le suivi des activits de surveillance et renforcer les

    conditions doprationnalit en priode de crise. Il faut fixer une charge danalyses maximale acceptable en fonction des capa-cits de stockage, de personnel habilit, de petit matriel... et fixer les dlais incompressibles danalyses. Avis aux conchyli-culteurs : pousser pour multiplier les analyses au-del de ce quun laboratoire peut absorber dans de bonnes conditions augmente les ri...