Asimov,Isaac-Au Prix Du Papyrus(1983).OCR

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ISAAC ASIMOV Au prix du papyrus

DENOELnouvelles traduites de lamricain par Monique Lebailly

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INTRODUCTIONEh bien, nous voici de nouveau ! Cest le douzime recueil de nouvelles de science-fiction que je publie chez Doubleday et je ne vois pas bien ce que je pourrais en dire Si, quelques petites choses que je vais numroter afin de ne pas mtendre trop. Un. Jaimerais me justifier de lternelle accusation porte contre moi : Vous ncrivez plus de science-fiction. Cest vrai que la science-fiction nest ni mon unique ni mon principal sujet dinspiration. Cependant, jen cris toujours. Je vous prie de noter que sur les vingt et une nouvelles de ce volume, deux seulement ont t publies avant 1976. Deux. Dans plusieurs anthologies antrieures, javais rang les nouvelles par ordre chronologique, soit celui dans lequel je les avais crites, soit celui dans lequel elles avaient t publies. Cette fois-ci, afin de varier un peu, je vous les prsente par ordre alphabtique1. Trois. Chaque nouvelle est prcde dune petite introduction que mon diteur a imprime dans un autre caractre, afin quon ne la confonde pas avec lhistoire ellemme. Voil, cest tout. Et lon dit que je suis bavard !

1 Il est vident que l'ordre dans lequel les nouvelles sont prsentes dans cette dition franaise n'est pas celui de l'dition amricaine. (N.d.T.) 3

AU PRIX DU PAPYRUSTout ce que jentreprends ne russit pas. En juin 1978, il me vint lide dcrire une histoire burlesque du monde, car je venais de penser une scne initiale fort drle. Malheureusement cette scne amusante, que je croyais tre la premire dune srie, fut la seule que je rdigeai. Aussi jabandonnai ce projet. Je proposai donc le dbut de ce livrequi-tourna-mal George Scithers qui le publia dans le numro de printemps dAsimovs Science-Fiction Adventure Magazine (ou Asfam comme je lappellerai dornavant).

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Mon frre se mit dicter dans son meilleur style oratoire, celui qui tient les tribus suspendues ses lvres. Au commencement, dit-il, il y a exactement quinze milliards deux cents millions dannes, un grand boum se produisit et lUnivers Mais, je mtais arrt dcrire. Il y a quinze milliards dannes ? mcriai-je, incrdule. Eh bien, oui. Tu sais que je suis inspir. Je ne mets pas le fait que tu sois inspir en doute. (Il vaut mieux pas. Il a trois ans de moins que moi, mais je nessaierais jamais de mettre son inspiration en doute. Personne dautre non plus, car a chaufferait drlement.) Mais as-tu lintention de raconter lhistoire de la Cration sur une priode de quinze milliards dannes ? Il le faut bien, rpondit mon frre. Cest le temps que cela a pris. Tout est l-dedans , il se tapa le front, et cela vient de la plus haute autorit. Alors l, je posai mon stylet. Sais-tu combien cote le papyrus ? lui demandai-je. Pardon ? (Il est peut-tre inspir, mais jai souvent remarqu que linspiration ne couvre pas des sujets aussi sordides que le prix du papyrus.) Suppose que tu dcrives les vnements dun million dannes sur chaque rouleau de papyrus. Il te faudrait quinze mille rouleaux. Tu devrais parler longtemps, et tu sais que tu te mets bgayer au bout dun moment. Il faudrait que jcrive longtemps pour les remplir et mes doigts ne tiendraient pas le coup. Et mme si nous pouvions nous offrir tout ce papyrus et si tu avais assez de voix et moi assez de force, qui accepterait den copier une telle quantit ? Nous devons assurer une centaine de copies avant dtre publis, et sans cela, pas de droits dauteur, hein ? Mon frre rflchit un moment. Tu crois vraiment quil faut que je coupe ? Coupe, si tu veux toucher le public. Que penses-tu de cent ans ? Que penses-tu de six jours ? 5

On ne peut pas rsumer la cration en six jours, scria-til, horrifi. Cest tout ce que jai comme papyrus. Alors, que dcidestu ? Oh ! bon , dit-il. Et il se remit dicter. Au commencement Il faut vraiment que ce soit en six jours, Aaron ? En six jours, Mose , rpondis-je fermement.

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BON GOTFin 1975, Alan Bechtold, qui dirigeait une petite maison ddition semi-professionnelle appele Apocalypse Press, voulut publier, une par une et tirage limit, une srie de nouvelles de science-fiction crites spcialement pour cette collection. Au bout dun an, les droits devaient revenir lauteur. Intress par cette proposition, jcrivis, en janvier 1976, cette nouvelle qui, je lavoue, ma beaucoup plu. Il me semblait que javais russi crer un fascinant milieu socio-culturel. Bechtold la publie mais les autres auteurs qui lui avaient promis des textes nayant pas tenu parole, le projet tourna malheureusement court. Nanmoins, une fois lanne coule, je proposai Bon got George Scithers, pour ma propre revue qui venait de voir le jour, et elle parut en automne 1977 dans lIsaac Asimovs Science-Fiction Magazine (que jappellerai dornavant lAsimovs).

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1Il est vident que si Chawker le Cadet navait pas fait le Grand Tour, rien de tout cela ne serait arriv sa famille naurait pas t dshonore aux yeux stupfaits et horrifis de tout Gammer. Ce ntait pas vraiment illgal de faire le Grand Tour mais celui qui lentreprenait tait considr, du moins sur Gammer, comme socialement douteux. Chawker lAncien avait toujours t contre, rendons-lui cette justice, mais Dame Chawker avait pris fait et cause pour son petit dernier, et il est parfois difficile de rsister une mre. Chawker tait son second enfant (tous deux des fils, dailleurs) et elle nen avait pas eu dautre, bien sr, aussi ne nous tonnons pas si elle laimait la folie. Son plus jeune fils avait exprim le dsir de voir les Autres Mondes de lOrbite et promis de ne pas rester absent plus dun an. Elle stait tracasse, avait pleur, dpri mme, puis pour finir, elle avait sch ses larmes et parl fermement lAncien et Chawker le Cadet tait parti. Il tait maintenant de retour, aprs une absence dun an, jour pour jour (ctait un jeune homme qui tenait toujours sa parole, et puis, soyez-en sr, le soutien de lAncien aurait cess ds le lendemain), et la famille lui faisait fte. LAncien portait pour loccasion une brillante chemise noire, toute neuve, mais son visage compass tait svre et il ne sabaissa pas demander des dtails. Il ne sintressait absolument pas aux Autres Mondes dont les tranges manires et lalimentation primitive ne valaient pas mieux que les murs de la Terre (dont les habitants de Gammer ne parlaient jamais). Ton teint est encrass et gt, Chawker le Cadet , dit-il. (En lappelant ainsi, il montrait son mcontentement.) Chawker clata de rire et la peau lumineuse de son visage plutt mince se plissa.

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Je suis rest labri du soleil autant que je lai pu, mon Ancien, mais sur les Autres Mondes, ce nest pas toujours possible. Son teint nest pas du tout encrass , rpliqua vivement Dame Chawker qui ne put sempcher dintervenir. Il en mane un certain rayonnement. Celui du Soleil, ronchonna lAncien, et je ne serais pas tonn dapprendre quil est all tripatouiller cette salet de terre quil y a l-bas. Je ne me suis pas occup de culture. Cest un travail trs dur. Mais jai parfois visit quelques cuves moisissures. Chawker lAn, qui avait trois ans de plus que lui et lui ressemblait beaucoup, quoique plus rond de visage et plus lourd de corps, tait partag entre deux sentiments. Le fait que son jeune frre ait vu les diffrents mondes de lOrbite le remplissait denvie, mais rien que dy penser, il prouvait une profonde rpugnance. As-tu got leur Aliment de Base, Cadet ? demanda-t-il. Il fallait bien que je mange quelque chose. Bien sr, il y avait vos colis, Dame-mienne. Ils mont parfois sauv la vie. Je suppose, dit Chawker lAncien avec dgot, quil doit tre immangeable. Comment savoir si de la salet ne sy est pas glisse. Chawker le Cadet rflchit, comme pour tenter de peser ses mots, puis il haussa les paules. Cela permet de subsister. On finit par sy habituer. Mais ne parlons pas de cela. Ma Dame, mon Ancien, je suis si heureux dtre de retour. Les lumires sont si douces et si chaudes. Tu en as soup du soleil, jimagine. Mais tu as voulu y aller. Bon retour dans le monde intrieur dont la lumire et la chaleur, contrles par nous, permettent de senfermer loin du brasier solaire. Bon retour dans la matrice de lHomme, comme dit le proverbe. Pourtant, je ne regrette pas dtre parti, dit Chawker le Cadet. Jai vu huit mondes diffrents, vous savez. Cela donne des ides que lon naurait pas eues autrement. Et quil vaudrait mieux ne pas avoir, dit lAncien. 9

Je nen suis pas certain , dit le Cadet. Et sa paupire suprieure droite ne trembla que lgrement lorsquil croisa le regard de son ancien. Celui-ci pina les lvres mais ne dit rien.

2Ce fut un vrai festin. Personne naurait pu dire le contraire, et, la fin, Chawker le Cadet, qui avait t le plus affam de tous pour commencer, fut le premier repousser son assiette. Il ne pouvait pas faire autrement ; la Dame naurait pas cess de la garnir dchantillons sortis dun garde-manger qui semblait tre inpuisable. Dame-mienne, dit-il affectueusement, ma langue est fatigue. Je ne peux plus rien goter. Toi, incapable de goter ? Quelle histoire dormir sans hypno me racontes-tu l ? Tu as le don du Grand Ancien luimme. lge de six ans tu tais dj un Goteur ; tu nous en as donn dinnombrables preuves. Tu savais dtecter tous les additifs avant de pouvoir prononcer correctement leurs noms. Les papilles gustatives smoussent lorsquon ne sen sert pas, dit lugubrement Chawker lAncien ; un long sjour dans les Autres Mondes peut gcher totalement un homme. Ah bon ? Eh bien, fit la Dame, Cadet--moi, dis ton Ancien sceptique ce que tu as mang. Dans lordre ? Oui. Prouve-lui que tu nas rien oubli. Chawker le Cadet ferma les yeux. Ce nest pas une preuve quitable, dit-il. Je me suis tellement dlect que je nai pas pris le temps danalyser le got ; et cela fait si longtemps Il trouve de bonnes excuses, vous voyez, Dame ? dit lAncien. Mais je vais essayer tout de mme , sempressa dajouter Chawker le Cadet. Tout dabo