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1 Samedi 22 et dimanche 23 septembre 2012 ÉVÉNEMENT / EVENT ESPRIT DE CHINE UN ÉCRIVAIN, UN JOUR / A WRITER, A DAY L’ATELIER Fondée à Madrid en 1869 avant de s’installer à Paris, spécialisée dans le mobilier français xviii e siècle et les tableaux anciens et modernes, la galerie Delvaille est dirigée par Olivier Delvaille, héritier d’une passion pour le beau qui partage ses coups de cœur. Founded in 1869 before settling in Paris,the Gallery Delvaille specialises in 18 th century French furniture and ancient and modern paintings, is now run by Olivier Delvaille, heir to a passion for the beautiful who kindly shares with us his three personal favourite works of the Biennale. p. 6 INTERVIEW Olivier Delvaille Une pluie de pastilles rouges s’est abattue sur la Biennale. Pastilles porte-bonheur sur les cartels blancs des galeristes et des marchands. Vendus, le Poliakoff d’Applicat-Prazan (S06) et le Braque de Tornabuoni Art (S12). Vendue, la banquette crocodile de Claude Lalanne chez JGM Galerie (N11).Vendue, presque en intégralité, la collection de haute joaillerie de Cartier (P05). Alors que l’angoisse du démontage commence, avec un marathon de diables et de grues de démolition, du dimanche 23 septembre à 16 heures au mardi 25 septembre à 8 heures, avec 2 000 personnes prévues sur le site pour le « tuilage » (la transition d’un évè- nement à un autre), le bilan est là. Hautement positif pour ceux qui ont assisté à un nouvel afflux de collectionneurs étrangers, à la fidélité des grands acheteurs américains et européens, et à l’attrait suscité par l’exception. « Ma meilleure Biennale », assure Martin du Daffoy (N31), présent depuis 1984, et pour qui il faut continuer à défendre « le niveau Biennale, c’est-à-dire la rareté, le meilleur du meilleur. Je suis pour le renforcement des critères afin de défendre encore plus la répu- tation de l’événement.» En pleine crise économique, la preuve est faite qu’il y a bel et bien une place de choix pour la qualité absolue, à condition d’aller au devant du marché, d’affronter les nouvelles donnes internationales. Si Paris est l’unique ville du monde où l’on admire un bijou pour son dessin et pas seulement pour son poids en carats, elle demeure aussi celle où toutes les nationalités, toutes les civilisations correspondent à travers les tableaux et les objets d’art, messagers de la mémoire universelle. Une place d’exception, sublimée par la Biennale, avec l’éblouissante scénographie de Karl Lagerfeld. La querelle entre anciens et modernes s’efface pour laisser place à l’unanimité devant le BEAU. A shower of red patches spilled across the Biennale. “Sold” patches, like lucky charms, stuck to the white plaques of gallery-owners and merchants. Sold, the Poliakoff from Applicat Prazan (S06) and the Braque from Tornabouni Art (S12). Sold, the crocodile-skin divan by Claude Lalanne at JGM Galerie (N11). Sold, virtually the whole collection of fine jewelry by Cartier (P05). So as the stress of dismantling begins with a busy flow of trolleys and demolition cranes – scheduled Sunday, September 23 at 4 pm through 8 am the following Tuesday – and with 2,000 people on site for the “switch” (from one event to the next), results are looking good. Very good, in fact, for those on the receiving end of a new influx of foreign collectors, or entertaining their ever loyal top American and European buyers, attracted as always by the exceptional. “My best ever Bien- nale”, said Martin du Daffoy (N31), in attendance since 1984 and supporter of continued defense of “the Biennale standard, i.e. rarity, the best of the best. I am all for tightening criteria to further protect the event’s reputation.” In the midst of economic recession, here is proof that there is always pride of place for absolute quality, providing of course that it courts the market and stands up to the new international order. If Paris is the only city in the world where a gem is admired for its design and not just for its weight in carats, it is also a place where all the nationalities, all the civilisations converse through paintings and artefacts, linked together in the universal memory. An exceptional place, enhanced by the Biennale and Karl Lagerfeld's stunning scenography. The rivalry between ancient and modern is receding, giving way to an unanimous vote for BEAUTY. L.B. Édito N°9 L’ENVOL DE L’EXCEPTION Le Quotidien de la Biennale « Chaque toile emporte avec elle cette lumière et ce silence.» Auteur d’ Au- tobiographie des objets (éditions du Seuil), François Bon commente « l’humble tasse de faïence » peinte par Cézanne. “Each painting car- ries with it this light and silence.” Author of the Autobiography of Objects, (Éditions du Seuil) François Bon com- ments the “humble earth- enware cup” painted by Cézanne. p. 8 L’art chinois, autant que les objets et meubles travaillés dans le goût chinois, oc- cupent une place de choix au sein de la Biennale, des sculptures de la dynastie Hong d’Antoine Barrère (N27) aux bronzes anciens de Gisèle Croës (S05). Chinese art, as well as objects and furniture worked in the Chinese style, occupy a prom- inent place at the Biennale from sculptures of the Hong Dynasty at Antoine Barrère’s (N27) to ancient bronzes at Gisèle Croës’ (S05). p. 2-3 The Artist’s Studio The Spirit of China Luohan assis, marbre blanc, Chine, dynastie Song, 960-1279. Sitting Luohan, white marble, China, Song dynasty, 960-1279. JACQUES BARRÈRE, STAND N27 Paul Cézanne (1839-1906), Tasse, verre et fruits, II, 1877, huile sur toile. GALERIE KRUGIER & CIE, STAND N33 Paul Cézanne (1839-1906), Cup, glass and fruit, II, 1877, Oil on canvas. Commode Saunier, époque Louis VX, dessus de brèche d’Alep. GALERIE DELVAILLE, STAND N12 Saunier commode, Louis VX, Aleppo breccia top. © Julio Piatti

N°9 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012

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N°9 22 et 23 septembre 2012 Réalisé par Stiletto 26° Biennale des Antiquaires Grand Palais , Paris 2012

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Page 1: N°9 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012

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samedi 22 et dimanche 23 septembre 2012

évéNemeNt / EVENT

eSPRIT De ChIneuN éCrivaiN, uN jOur / a wRITER, a Day

L’ATeLIeRFondée à Madrid en 1869 avant de s’installer à Paris, spécialisée dans le mobilier français xviiie siècle et les tableaux anciens et modernes, la galerie Delvaille est dirigée par Olivier Delvaille, héritier d’une passion pour le beau qui partage ses coups de cœur.

Founded in 1869 before settling in Paris, the Gallery Delvaille specialises in 18th century French furniture and ancient and modern paintings, is now run by Olivier Delvaille, heir to a passion for the beautiful who kindly shares with us his three personal favourite works of the Biennale. p. 6

iNtervieW

Olivier Delvaille

Une pluie de pastilles rouges s’est abattue sur la Biennale. Pastilles porte-bonheur sur les cartels blancs des galeristes et des marchands. Vendus, le Poliakoff d’Applicat-Prazan (S06) et le Braque de Tornabuoni Art (S12). Vendue, la banquette crocodile de Claude Lalanne chez JGM Galerie (n11). Vendue, presque en intégralité, la collection de haute joaillerie de Cartier (P05). Alors que l’angoisse du démontage commence, avec un marathon de diables et de grues de démolition, du dimanche 23 septembre à 16 heures au mardi 25 septembre à 8 heures, avec 2 000 personnes prévues sur le site pour le « tuilage » (la transition d’un évè-nement à un autre), le bilan est là. hautement positif pour ceux qui ont assisté à un nouvel affl ux de collectionneurs étrangers, à la fi délité des grands acheteurs américains et européens, et à l’attrait suscité par l’exception. « Ma meilleure Biennale », assure Martin du Daffoy (n31), présent depuis 1984, et pour qui il faut continuer à défendre « le niveau Biennale, c’est-à-dire la rareté, le meilleur du meilleur. Je suis pour le renforcement des critères afi n de défendre encore plus la répu-tation de l’événement. » en pleine crise économique, la preuve est faite qu’il y a bel et bien une place de choix pour la qualité absolue, à condition d’aller au devant du marché, d’affronter les nouvelles donnes internationales. Si Paris est l’unique ville du monde où l’on admire un bijou pour son dessin et pas seulement pour son poids en carats, elle demeure aussi celle où toutes les nationalités, toutes les civilisations correspondent à travers les tableaux et les objets d’art, messagers de la mémoire universelle. Une place d’exception, sublimée par la Biennale, avec l’éblouissante scénographie de Karl Lagerfeld. La querelle entre anciens et modernes s’efface pour laisser place à l’unanimité devant le BeAU.

A shower of red patches spilled across the Biennale. “Sold” patches, like lucky charms, stuck to the white plaques of gallery-owners and merchants. Sold, the Poliakoff from Applicat Prazan (S06) and the Braque from Tornabouni Art (S12). Sold, the crocodile-skin divan by Claude Lalanne at JGM Galerie (N11). Sold, virtually the whole collection of fi ne jewelry by Cartier (P05). So as the stress of dismantling begins with a busy fl ow of trolleys and demolition cranes – scheduled Sunday, September 23 at 4 pm through 8 am the following Tuesday – and with 2,000 people on site for the “switch” (from one event to the next), results are looking good. Very good, in fact, for those on the receiving end of a new infl ux of foreign collectors, or entertaining their ever loyal top American and European buyers, attracted as always by the exceptional. “My best ever Bien-nale”, said Martin du Daffoy (N31), in attendance since 1984 and supporter of continued defense of “the Biennale standard, i.e. rarity, the best of the best. I am all for tightening criteria to further protect the event’s reputation.” In the midst of economic recession, here is proof that there is always pride of place for absolute quality, providing of course that it courts the market and stands up to the new international order. If Paris is the only city in the world where a gem is admired for its design and not just for its weight in carats, it is also a place where all the nationalities, all the civilisations converse through paintings and artefacts, linked together in the universal memory. An exceptional place, enhanced by the Biennale and Karl Lagerfeld's stunning scenography. The rivalry between ancient and modern is receding, giving way to an unanimous vote for BEAUTY. L.B.

édito

n°9

L’enVOL De L’eXCePTIOn

le Quotidien de la biennale

« Chaque toile emporte avec elle cette lumière et ce silence. » Auteur d’Au-tobiographie des objets (éditions du Seuil), François Bon commente « l’humble tasse de faïence » peinte par Cézanne.

“each painting car-ries with it this light and silence.” Author of the Autobiography of Objects, (Éditions du Seuil) François Bon com-ments the “humble earth-enware cup” painted by Cézanne. p. 8

L’art chinois, autant que les objets et meubles travaillés dans le goût chinois, oc-cupent une place de choix au sein de la Biennale, des sculptures de la dynastie hong d’Antoine Barrère (n27) aux bronzes anciens de Gisèle Croës (S05).

Chinese art, as well as objects and furniture worked in the Chinese style, occupy a prom-inent place at the Biennale from sculptures of the Hong Dynasty at Antoine Barrère’s (N27) to ancient bronzes at Gisèle Croës’ (S05). p. 2-3

The Artist’s StudioThe Spirit of China

Luohan assis, marbre blanc, Chine, dynastie Song, 960-1279.

Sitting Luohan, white marble, China, Song dynasty, 960-1279.

JACQues BArrère, stAnd n27

Paul Cézanne (1839-1906), Tasse, verre et fruits, II, 1877, huile sur toile.

GAlerie KruGier & Cie, stAnd n33

Paul Cézanne (1839-1906), Cup, glass and fruit, II, 1877, Oil on canvas.

Commode Saunier, époque Louis VX, dessus de brèche d’Alep.

GAlerie delVAille, stAnd n12

Saunier commode, Louis VX, Aleppo breccia top.

© Ju

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L’eSPRIT De ChIne

FOCus évéNemeNt

Collier en alexandrite œil-de-chat (45,51 carats), rubis, grenat,

saphirs et diamants.

Necklace in cat’s eye alexandrite (45.51 carats), rubies, garnets, sapphires and diamonds.

The Spirit of China

WAllACe ChAn, stAnd p02

“M aterials come from the earth and sky, but as for wisdom, it is a daily conquest. Without it, all work is incomplete.” Thus

speaks Wallace Chan, fi rst Chinese jeweler invited to the Biennale des Antiquaires. His poetic creations sublime stones with intangible inspiration, as for example his claw-free setting, adopting the method of jointing Ming style structures. A lapidary master based in Hongkong, he invented the Wallace Cut: an engraved image which creates a quintuple refl ection of stones. His jewelry concept, “sculptural art to wear” is available through a variation of fi fty jewelry pieces embodying the essence of Eastern philosophy. Among them, two scorpions in love (Eyes of Infi nity) whose eyes are the “windows to the soul”. L. B.

S ur l’invitation de Christian Deydier, qui a parcouru la Chine à la rencontre de collectionneurs, les amateurs découvrent au Grand Palais un large choix d’œuvres exceptionnelles. Vers lesquelles vont-ils se tourner ? « Les Chinois restent extrêmement

friands de leur patrimoine, prévient Christian Deydier (S33). Ils vont jeter leur dévolu sur des vases archaïques en bronze qu’ils apprécient encore plus que les jades et la porcelaine impériale, car ce sont des objets emblématiques du pouvoir royal. » Des bronzes de la Chine ancienne, du xviie siècle avant J.-C. au iie siècle de notre ère, sont également exposés chez Gisèle Croës (S05) et éric Pouillot (G15). Antoine Barrère (n27) pense retenir leur attention avec une exposition réunissant un incroyable ensemble de sculptures de la dynastie Song, « fondatrice de la culture chinoise moderne ». Pour Christophe hioco (h15), « depuis deux ans, les Chinois se diversifi ent en se tournant vers l’art bouddhique. Aussi je ne serais pas étonné s’ils s’intéressent à une stèle indienne représentant Bouddha, deux bronzes dorés népalais des xiiie et xve siècles ou un dévot en pierre gréco-bouddhique du Gandhâra. » en art moderne, leur goût témoigne aussi d’une certaine ouverture. hormis Zao Wou-Ki, artiste d’origine chinoise dont ils se réapproprient l’œuvre, ils apprécient le travail de Soulages « dont l’écriture plastique révèle des correspondances avec leur culture », note Franck Prazan (S06). Anisabelle Berès (n04) relève encore qu’« ils achètent aussi des œuvres de Picasso et de Matisse, avec un œil pas encore très sûr, un peu comme s’ils achetaient une m arque ». Armelle malvoisin

ART & ZenWallace Chan

Chameau et chameliers, terre cuite à traces de polychromie, Chine, dynastie Tang, 618-907.

A Camel with camel drivers, terracotta with traces of polychrome, China, Tang dynasty, 618-907 A.D.

GAlerie ChristiAn deYdier, stAnd s33

«L es matériaux proviennent de la terre et du ciel, mais la sagesse, elle, est une conquête de chaque jour.Sans celle-ci, tout travail est incomplet. » Ainsi parle

Wallace Chan, premier joaillier chinois invité à la Biennale des Antiquaires. Ses créations poétiques subliment les pierres d’un souffl e immatériel, à l’image de ses techniques de sertissage sans griffe, adoptant la méthode de jointement des édifi ces de style Ming. Maître lapidaire établi à hongkong, il a inventé la Wallace Cut, une image gravée permettant la quintuple réfl exion des pierres. Son concept joaillier, « l’art sculptural à porter », se décline à travers cinquante bijoux incarnant l’essence de la philosophie orientale. Parmi eux, deux scorpions amoureux (eyes of Infi nity) dont les yeux sont les « fenêtres de l’âme ».

Ratelier à pipes à opium en bois et argent, fi n xixe siècle.

Opium Pipe Racq in wood and silver, late 19th century.

GAlerie delAlAnde, stAnd h14

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ChiFFres ClÉs

99 : le nombre des professionnels réunis à Paris et constituant la Commission d’admission des objets. / 99: the number of professionals gathered in Paris and constituting the Objects Admission Committee.

148 : le nombre de pièces de haute joaillerie créées spécialement par Cartier (P05). / 148: the number of high jewelry pieces specially created by Cartier (P05).

1 milliard de clous auront été nécessaires à la mise en place de l’événement / 1 billion nails were necessary for the setting up of the event.

Comment sont nés les meubles en laque de Chine au XVIIIe ?Au début du xviiie siècle, la compagnie des Indes importa de Chine coffres, cabinets et paravents

dont les panneaux en laque furent prélevés par les marchands-merciers pour orner les meubles occidentaux.

Ces meubles très luxueux, empreints d’exotisme, connurent un grand succès. Inventé par les frères Martin, le « vernis Martin » devint ensuite le moyen de pallier à la raréfaction des laques orientales.

présentez-vous un de ces meubles sur votre stand ?J’expose un exceptionnel bureau de dame par Pierre IV Migeon décoré d’un vernis Martin à motifs dorés sur fond bleu cyan, illustrant des paysages animés de personnages, arbustes, feuillages, ponts, barrières, rochers, rivières, échassiers et papillons, dans le goût de la Chine.

À quelle clientèle destinez-vous ce meuble ?Ce meuble va plaire à un amateur européen ou américain. Aujourd’hui, je dirais aussi qu’il pourrait intéresser les collectionneurs chinois qui s’ouvrent de plus en plus aux arts européens et en particulier au grand xviiie français.

How was Chinese lacquer furniture born in the 18th century?In the early 18th century, the east India Company imported chests, cabinets and screens from China whose lacquer panels were taken off by marchand-merciers to adorn western furni-ture. These luxurious furniture pieces imbued with exoticism were a great success. Invented by the Martin brothers, the “Martin lacquer” then became the means to overcome the scarcity of oriental lacquer.

Are you showcasing one of these furniture pieces at your booth?I am showcasing an exceptional lady’s desk by Pierre IV Migeon decorated with a Martin lacquer and gilt patterns on a blue cyan background depicting landscapes with animated characters, shrubs, foliage, bridges, fences, rocks, rivers, wading birds and butterfl ies in pure Chinese taste.

What clientele are you targeting for this piece?This furniture piece will appeal to a european or American amateur. As of today, I would also say that it could interest Chinese collectors who are more open to european arts and especially the great French 18th century.Interview: A. M.

3 QuestiONs à ANNE-MARIE MONIN (STAND S22)

3 Questions to anne-Marie Monin (stand s22 )

Key figures

Cavalier en terre cuite de la dynastie Tang (618-907).

Earthenware warrior with s word, Tang dynasty (618-907).

Gisèle CroËs, stAnd s05

A t the invitation of Christian Deydier who traveled across China to meet collectors, at the Grand Palais, amateurs from China will discover a wide selection of exceptional works. The question remains what their eye will turn to. “The Chinese are very fond of their

heritage”, warns Christian Deydier (S33). They will throw their sights on archaic bronze vases they appreciate even more than jade and porcelain imperial, because they are emblematic objects of royal power.” Bronzes from ancient China, 17th century BC to the 2nd century AD, are also exposed by Gisèle Croës (S05) and Éric Pouillot (G15). Antoine Barrère (N27) hopes to capture their attention with an exhibition featuring an incredible collection of sculptures from the Song Dynasty, “founder of modern Chinese culture”. For Christophe Hioco (H15), “for two years now, the Chinese have been diversifying turning to Buddhist art. Thus I would not be surprised if they showed an interested in an Indian Buddha stele, two nepalese gilt bronzes from the 13th and 15th centuries or Greco-Buddhist stone devotee from Gandhara.” In modern art, their taste also shows a certain openness. On top of Zao Wou-Ki, a Chinese artist whose work they are reclaiming, they appreciate the work of Soulages “whose plastic writing connects with their culture”, says Franck Prazan (S06). Anisabelle Berès (N04) further notes that “they also purchase works by Picasso or Matisse, but with an uncertain eye, just as if they were buying a brand”. Armelle Malvoisin

« il était une fois un empereur qui [...] obtint une plante magique et il pensa qu’il serait immortel s’il en mangeait. Mais cette plante miraculeuse ne pouvait pas vivre sur le sol, elle pouvait seulement vivre et grandir dans une pagode aussi haute que le ciel. »

“There was once an emperor who […] obtained a magical plant and he thought it make him immortal if he ate it. But this miraculous plant could not live on the ground, it could only live and grow in a pagoda as high as the sky.”

pa kiNLa Pagode de la longévité

Paire de consoles en bois sculpté, doré et laqué dans le goût chinois,

Venise, Settecento, vers 1730-1740.

Pair of consoles in carved, gilded and lacquer wood

in the Chinese taste, Venise, Settecento, circa

1730-1740.

Anne-mArie monin, stAnd s22

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Page 4: N°9 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012

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Comment succède-t-on à quatre générations d’antiquaires ?La galerie Delvaille a été fondée à Madrid en 1869, avant de s’installer plus tard à Paris. J’ai appris mon métier en travaillant aux côtés de mes parents et connu ma première biennale en 1980. Quand j’ai pris les rênes de la galerie, il y a une quinzaine d’années, je n’ai jamais eu la volonté d’afficher mon prénom. Je suis fier de la réputation qu’ont laissée mes parents. Je travaille dans la continuité de ce qu’ils ont développé, avec une double spécialité : le mobilier français xviiie et les tableaux anciens et modernes.

Quelle est l’originalité de votre exposition à la biennale ?J’ai choisi de présenter un certain nombre de meubles comme de véritables objets d’art, ce qu’ils sont d’ailleurs. Pour que leur aspect fonctionnel s’efface derrière leur beauté de conception et d’exécution, j’en ai suspendu quelques-uns au-dessus du sol, en me gardant bien de disposer aucun objet sur un plateau. Les objets d’art sont placés sur de petites consoles neutres fixées aux murs, à distance des meubles. J’espère ainsi attirer l’œil d’amateurs sur le travail remarquable de l’ébénisterie française du xviiie. Je présente notamment une commode Régence estampillée Louis Delaitre, laquelle a conservé la puissance du mobilier Louis XIV en même temps que l’on sent poindre les formes galbées du style Louis XV. Outre un beau travail de marqueterie de bois au décor sobre, cette commode possède également des bronzes exceptionnels, dorés au mercure et conservés dans leur état d’origine, ce qui est très rare. Du côté des tableaux, j’ai le privilège d’exposer une des plus belles huiles sur toile de Félix Ziem : une vue de Venise datée de 1880 qui est un des sujets de prédilection de ce peintre précurseur de l’impressionnisme.

Avez-vous des clientèles différentes pour vos deux spécialités ?C’est le cas la plupart du temps. Les collectionneurs de peintures sont bien trop absorbés par leur passion pour prêter attention au mobilier. Et inversement, les grands amateurs de meubles ne savent souvent pas regarder la peinture, ce qui fait que leur choix de tableaux n’est pas à la hauteur de leur collection mobilière. Avec le temps, j’arrive parfois à éduquer certains clients dans le domaine qu’ils connaissent le moins. Ce qui est pour moi une grande satisfaction.

How does one follow four generations of antique dealers?Delvaille Gallery was founded in Madrid in 1869, before moving to Paris later. I learned my trade working alongside my parents and went to my first Biennale in 1980. When I took the reins of the gallery fifteen years ago, I never had the desire to display my name. I am proud of the reputation that my parents left. I work in continuation of what they have developed, with a double specialty in 18th century French furniture and ancient and modern paintings.

What is unique about your exhibition at the Biennale?I chose to showcase a number of furniture pieces as true works of art, which they are in themselves. In order for their functional aspect to disappear behind the beauty of design and execution, I chose to hang some above the ground, while being careful to not shelf anything on them. Art objects are placed on small neutral consoles attached to the walls, away from furniture. I hope to catch the eye of amateurs on the remarkable work by the 18th century French cabinet maker. I particularly showcase a Regency commode stamped Louis Delaitre, which retains the power of Louis XIV furniture and in which, at the same time, one can detect the dawning curved shape of Louis XV style. In addition to beautiful sober wood marquetry work, this commode also features exceptional mercury-gilded bronzes, preserved in their original state, which is very rare. As for paintings, I have chosen to present one of the finest oils on canvas by Félix Ziem: a view of Venice dated 1880 which was a favorite subject of this painter who was a precursor of Impressionism.

Do you have different clienteles for your two specialties?It is the case most of the time. Collectors of paintings are too absorbed in their passion to pay attention to furniture. And conversely, great furniture lovers often do not know observe paint, which often means that their choice of paintings is not up to par with their collection. Over time, I have sometimes managed to educate certain customers in an area they knowledgeble in. Which is for me a great satisfaction. Interview : Armelle Malvoisin

Stèle de Bouddha, pierre noire,

Inde, xie siècle.

« La représentation de Bouddha inspire la sérénité et la paix intérieure. J’aime aussi cette stèle pour son matériau, la pierre, que je ne peux m’empêcher de toucher. »

“The representation of Buddha inspires serenity and inner peace. I like this stele for its media, stone, which I cannot help but touch.”

GAlerie Christophe hioCo, stAnd h15

Buddha stele, Black stone India, 11th century.

LA PASSIOn en héRITAGe

Galeriste

An Inherited Passion

Olivier Delvaille, galerie Delvaille, stand N12

Jan Brueghel l’Ancien (Bruxelles 1568 - Anvers 1625), Village fluvial avec

débarcadère, vers 1620.

« Les peintures de Jan Brueghel l’Ancien dégagent de la poésie et du rêve. Avec cette scène idéalisée, très détaillée, animée de personnages et baignée d’une belle lumière, l’artiste a dû donner du bonheur aux gens. »

“Paintings by Jan Brueghel the elder emerge from poetry and dreams. With this idealized scene, very detailed, animated by characters and basking in a beautiful light, the artist must have given great happiness to people.”

FlorenCe de Voldère, stAnd mn09-10

Jan Brueghel The Elder (Brussels 1568 - Antwerp 1625), Village with River Pier, circa 1620.

Philippe-Joseph Brocard (1831-1896), lampe de

mosquée en verre soufflé à décor orientaliste d’émaux durs polychromes peints et

d’or, Paris, vers 1880.

« Les objets en verre sont fascinants car le temps n’a aucune emprise sur eux. Mais leur fragilité extrême fait qu’ils peuvent disparaître en un instant. Telle cette lampe xixe qui semble tout juste sortir de l’atelier de l’artiste. »

“Glass objects are fascinating because time has no influence over them. however their extreme fragility also means that they can disappear in an instant. Just like this 19th century lamp seems fresh out of the artist’s workshop.”

Atelier dl, stAnd G05-06

Philippe-Joseph Brocard (1831-1896), blown glass mosque lamp with an eastern décor of painted polychrome enamel and gold, Paris, 1880.

ses 3 COups De Cœur

his 3 favorites

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Page 7: N°9 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012

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ses 3 COups De Cœur

his 3 favorites

À la Biennale, la mode et les arts fêtent leurs noces sans complexe, au nom d’un goût partagé pour la beauté. On pense bien sûr aux aquarelles de Christian Bérard, au portrait de Christian Dior hachuré par Bernard Buffet chez Dior Joaillerie (S17), ou encore à la robe prêtée par la maison Lanvin à la galerie Mathivet, pour une interprétation de la loge d’actrice réalisée pour Jeanne Lanvin par Armand-Albert Rateau en 1925 (S27). Un esprit boudoir flotte dans l’air, à l’image des deux lustres de la via Condotti acheminés de Rome à Paris par Bulgari (S18), de la suite de Gabrielle Chanel au Ritz (Chanel, n18) ou du petit salon intimiste de Jean-Michel Frank admirablement mis en scène chez Chaumet par Jérôme Fayant-Dumas, à l’abri des regards. Jeux de correspondances que Piaget célèbre à travers 71 pièces joaillières et horlogères : l’exécution du collier Couture Précieuse aura nécessité plus de 800 heures de travail (n19). Sequins de diamants mobiles, fleurs asymétriques et arabesques signent l’appel absolu de la robe noire, du retour des élégances parées dont le dîner de gala de la Biennale aura été l’écrin. À la veille des collections de prêt-à-porter de l’été 2013 et du vernissage de l’exposition « L’impressionnisme et la mode » à Orsay, un hommage à toutes les apparitions que Paris peut diviniser, d’un coup de baguette magique.

At the Biennale, fashion and arts unabashedly celebrate their union, in the name of a shared taste for beauty. One of course thinks of Christian Bérard’s watercolors, of the Christian Dior portrait hatched by Bernard Buffet at the Dior Joaillerie stand (S17), or of the Lanvin dress lent by the eponymous fashion house to gallerie Mathivet for an interpretation of an actress’ dressing room created for Jeanne Lanvin by Armand-Albert Rateau in 1925 (S27). An boudoir atmosphere is in the air, like those two via Condotti chandeliers brought from Rome to Paris by Bulgari (S 18), the Gabrielle Chanel suite at the Ritz (Chanel, N18) or the small intimate lounge by Jean-Michel Frank beautifully staged for Chaumet by Jerome Fayant-Dumas, away from prying eyes. Piaget celebrates correspondence games by showcasing 71 jewelery and clockwork pieces: more than 800 hours of work were required to execute the Precious Couture necklace (N19). Mobile diamond sequins, asymmetric flowers and arabesques all hail the little black dress, the return of adorned elegance for which the Biennale’s Gala Dinner was the perfect setting. On the eve of the summer 2013 ready-to-wear collec-tion and the opening of the “Fashion and Impressionism” exhibition at the Orsay Museum, these all constitute a tribute to all the appearances that Paris can deify, with just a wave of a magic wand. L. B.

Le Quotidien de la Biennale est édité par le Syndicat national des Antiquaires www.sna-france.com Conception et réalisation : Stiletto éditions www.stiletto.frDirectrice éditoriale : Laurence BenaïmDesign : Christophe Renard et nathanaël DayImpression : Point 44, France, 2012 Tous droits réservés

Le Quotidien de la Biennale is published by the Syndicat National des Antiquaires www.sna-france.com Conception and edition: Stiletto Editions www.stiletto.frEditor: Laurence BenaïmDesign: Christophe Renard with Nathanaël DayPrinted: Point 44, France, 2012All rights reserved

Lessons in Elegance

LeçOnS D’éLéGAnCe

billet D’humeur

le Quotidien de la biennale

paris peNDaNt la bieNNale

la table du huit à la maison Champs Élysées, 8, rue Jean Goujon, 75008. www.latableduhuit.fr

7, rue de Berri, 75008. tél. : 01 40 76 40 18.

le bruNCh / the bruNCh

la table du huitConfitures maison, mousses de fruits frais, tartares bien assaisonnés : orchestré par le chef Benoît hilaire, un brunch savoureux à déguster en salle ou en terrasse, de 12 h à 16 h.

Homemade jams, fresh fruit mousses, well seasoned tartars: orchestrated by chef Benoît Hilaire, a delicious brunch to enjoy indoors or on the terrace, from noon to 4pm.

les eXpOsitiONs / the eXhibitiONs

CanalettoLe plus célèbre vedutisti vénitien du xviiie siècle se voit consacrer deux expositions regroupant ses toiles.

The most famous Venetian vedutisti of the 18th century has two exhibitions devoted to him that bring together his paintings.

paris vu par hollywoodParis est la ville la plus filmée par le cinéma hollywoodien : une histoire d’amour revisitée par une exposition fleuve nourrie de films, de décors et de costumes.

Paris is the city most filmed by Hollywood: a love story revisited by an exhibition composed of films, sets and costumes.

LE DÎNER / THE DINNER

la table du lancasterRécompensée par une étoile Michelin, orchestrée autour de produits que Michel Troisgros affectionne – épices piquantes, agrumes éclatants –, la carte de la Table du Lancaster s’organise de façon thématique.

Awarded a Michelin star, orchestrated around products that Michel Troisgros particularly likes – hot spices, bright citrus –, the menu of the Table du Lancaster is thematically organized.

Karine Porret

météO Du jOurwEaTHER of THE Day

Le ReSTAURAnT éPhéMèRe

Week-eND GOurmaND

CéSAR TROISGROS

(22 SePTeMBRe)

éDOUARD LOUBeT

(23 SePTeMBRe)

né au sein d’une famille de gourmets, César Troisgros fait de la cuisine un rêve gourmand et créatif. Il représente ici les saveurs de la Maison Troisgros, couronnée de trois étoiles au guide Michelin depuis 1968. Il a élaboré son menu avec des produits simples, goûteux. À l’exemple de son maquereau croustillant à la véni-tienne, sa cassolette d’écrevisses à la nage et truffe noire, ou de sa canette aux épices et pamplemousse.

Formé par Alain Chapel et Marc Veyrat, édouard Loubet est le plus jeune chef doublement étoilé, élu chef de l’année en 2011 par le Gault & Millau, au sein de son établissement le Domaine de Capelongue, à Bonnieux. Il fait décou-vrir un soufflé d’épinards, un rouget de roche piqué au lard maigre, un filet de bœuf « fou d’herbes » servi avec une râpée de pommes de terre lourmarinois. en dessert, des betteraves soufflées en sucre.

Born into a family of foodies, César Troisgros transforms cuisine into a gourmet dream. He represents the flavors of the Maison Troisgros, crowned with three Michelin stars. He has developed his menu with simple yet tasty products. As for example his Crispy Venetian mackerel, his crayfish cassolette with black truffle, or his spiced duck with grapefruit.

Trained by Alain Chapel and Marc Veyrat, Édouard Loubet is the youngest two-star chef, elected chef of the Year 2011 by the Gault & Millau guide,in his restaurant in Le Domaine de Capelongue in Bonnieux. He introduces us to a spinach soufflé, a bacon quilted red mullet, a “crazy herb” beef fillet served with lourmarinois grated potatoes. For dessert, souffled sugar beets. C. H. A.

Diadème Aigrette en or blanc, opale blanche, diamants, tourmalines bleues et tanzanites.

Aigrette tiara in white gold, a white opal, diamonds, blue tourmalines and tanzanites.ChAumet, stAnd s19

eugène Boudin (1824-1898), Crinolines sur la plage, Trouville,

1869, crayon et aquarelle.

Eugène Boudin (1824-1898), Crinolines on the Beach, Trouville,

1869, pencil and watercolour.

stoppenBACh & delestre, stAnd s11

« Paris vu par Hollywood », jusqu’au 15 décembre 2012 à l’hôtel de Ville, 75004. www.paris.fr

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« Canaletto à Venise », jusqu’au 10 février 2013 au musée maillol, www.museemaillol.com« Canaletto-Guardi », jusqu’au 14 janvier 2013, au musée Jacquemart-André, www.musee-jacquemart-andre.com

ils sONt veNus à la bieNNale / THEy camE To THE BIENNaLE

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Mademoiselle Isabelle Adjani, aperçue à la XXVIe Biennale des Antiquaires, sur le stand Siegelson (n23).

Miss Isabelle Adjani, seen at the 26th Bien-nale des Antiquaires, at Siegelson’s (N23).

isABelle AdJAni & lee sieGelson

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Page 8: N°9 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012

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A ix-en-Provence, cette montée juste au-dessus du centre-ville, à l’écart l’atelier des Laumes. On est arrivé tôt pour ne pas être étouffé par ces groupes qui traverseront d’un air hagard, ici où rues parkings écoles on vous met du Cézanne partout. ça rattrape

des gamins qui lui lançaient des cailloux, au vieux barbu mal fagoté qui chaque matin escaladait la même côte. Un grand carré de plancher nu, sa verrière au nord, rien que le bruit du vent dans les arbres. On y est seul avec l’étudiant qui surveille. Les deux manteaux et la paire de croquenots qui dessèchent dans un coin c’est son corps, sa palette et sa musette, l’échelle et le chevalet c’est sa légende. elles ne sont plus là, les toiles. On n’oserait même pas penser, aujourd’hui, qu’on pourrait en tenir une dans ses mains. Dans l’atelier, elles s’empilaient. Un retour obsessif, la lutte la plus élémentaire avec la peinture, parce que l’objet est élémentaire. Ce matin, l’humble tasse de faïence, vue dans les plus grands musées du monde, est avec d’autres sur l’étagère. La commode non plus n’a pas bougé, on reconnaît tout. L’austérité, la hauteur, le risque Cézanne, dans cette humilité : que la peinture seule parle. La lumière est calme et égale, le silence est grand. Ici Cézanne peignait. Des hasards ténus ont permis que le lieu soit resté intact. Alors on la regarde, l’humble tasse de faïence, comme si elle y était pour quelque chose. L’art de Cézanne n’est pas contenu dans ce qu’il peint, mais chaque toile emporte avec elle cette lumière et ce silence. Porte ce recommencement, où lui Cézanne était si obstinément seul, mais si obstinément conscient d’obéir à la peinture même.

L’ATeLIeR

The Artist’s Studio

Paul Cézanne (1839-1906),Tasse, verre et

fruits, II, 1877.

Paul Cézanne (1839-1906),Cup, Glass and Fruits, II, 1877.

A ix-en-Provence, upon this hill just above the city center, isolated, is the Laumes studio. We arrived early so as not to be stifled by these groups of people that cross with haggard looks, this place where streets, parkings, schools placard Cézanne everywhere. It makes up for the kids who used

to throw rocks at him, the dowdy old bearded fellow who climbed the same hill every morning. A large square of bare floor, his glass roof to the north, nothing but the sound of wind in the trees. We are alone with the student guard. Two coats and a pair of clod-hoppers that are drying up in a corner constitute his body, while his palette and his bag, the ladder and easel constitute the legend. The paintings are no longer there. We don’t even dare think that we could, today, hold one in our hands. In the studio, they used to pile up. An obsessive return, the most elementary struggle with painting, because the object is elementary. This morning, the humble earthenware cup, seen in the greatest museums in the world, is with others on the shelf. The chest of draws, also, hasn’t moved, we recognize everything. Austerity, height, Cézanne’s risk, in this humility: that solely the painting should speak. Light is calm and equal, silence is great. Cezanne painted here. Tenuous coincidence has allowed this place to remain intact. And then one looks at the humble earthenware cup as if it had played a part in it all. The art of Cézanne is not contained in what he paints, but each painting carries with it this light and silence. Supports this renewal, where Cézanne was so stubbornly alone, but so persistently conscious of obeying to the painting itself.

François Bon est né en 1953. Il publie en 1982 sortie d’Usine aux éditions de Minuit. Il est lauréat en 1984-1985 de l’académie de France à Rome (Villa Médicis). François Bon commence en 1991 une recherche continue dans le domaine des ateliers d’écriture avec tous les mots sont adultes publié chez Fayard en 2002. Il enseigne actuellement l’écriture créative à Sciences-Po Paris. Son dernier livre auto-biographie des objets est publié au Seuil ce mois-ci. Il est sélectionné pour le prix Médicis et le prix Wepler.

françois Bon was born in 1953. his work Factory Exit was published in 1982 by Éditions de Minuit. in 1984-1985 he was the academy of france in rome (villa Médicis). françois Bon began in 1991 ongoing research in the field of writing workshops with All Words are Adult published by fayard in 2002. he currently teaches creative writing at sciences-Po Paris. his latest book Autobiography of Objects is published this month by seuil. he is selected for the Médicis Prize and the Wepler Prize.

uN tableau, uN éCrivaiN

par François bon

GAlerie KruGier & Cie, stAnd n33

Coordination : Stéphanie Des Horts

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