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L’ESSENTIEL LE CHIFFRE SÉNÉGAL Alain Joyandet à Dakar pour porter le soutien financier de la France Le secrétaire d’État à la coopération, Alain Joyandet, sera aujourd’hui à Dakar pour annoncer le versement de la pre- mière tranche d’un prêt de 125 millions d’euros au Sénégal. Accordée par l’Agence française de développement, cette somme est destinée à l’apurement des créances domes- tiques de l’État sénégalais. « La France a voulu réaffirmer sa solidarité historique avec le Sénégal. Elle est confiante dans la poursuite du programme de redressement financier du pays », a déclaré vendredi un porte-parole du ministère des affaires étrangères français, Frédéric Desagneaux. ROYAUME-UNI Soldes exceptionnelles pour relancer la consommation Des soldes exceptionnelles ont commencé au Royaume- Uni, afin de relancer une consommation atone. La chaîne Debenhams propose des prix en baisse de 70 % et Superdrug de 90 %. Les annonces de faillite se succèdent pourtant. L’emblématique Woolworths fermera ses 800 magasins le 5 janvier, supprimant 27 000 emplois. Le groupe de distribution de disques Zavvi (125 magasins) a été placé sous administration judiciaire. Un centre de recherches prévoit que l’économie britannique se contractera de 2,9 % en 2009, la pire récession depuis 1946. CHINE Les entreprises d’État invitées à ne pas licencier Un haut responsable chinois, Li Rongrong, président de la commission de supervision économique, a appelé vendredi les entreprises d’État à éviter de licencier en 2009. Cette recommandation intervient après une série d’émeutes liées à des suppressions d’emplois. Le gouvernement maintient son objectif d’un taux de chômage de 4,5 % en 2009, sous-estimant le problème car il n’inclut pas des mil- lions de travailleurs ruraux. De leur côté, de nombreuses multinationales ont cessé d’embaucher, voire ont diminué leurs effectifs en raison de la crise. Au large de Rio de Janeiro, le Brésil s’approvisionnera en gaz africain La construction d’un terminal gazier ultramoderne va permettre au Brésil d’importer du gaz d’Afrique et de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Bolivie, avant de devenir lui-même un géant dans la production RIO DE JANEIRO De notre envoyé spécial « S i vous tombez à l’eau et partez à la dérive, soufflez dans le sifflet en plastique, cela peut vous sauver la vie. » Le conseil de l’agent en charge de la sécurité se fait en- tendre alors que la navette rapide file en direction de l’embouchure de la baie de Guanabara, au large de Rio de Janeiro. À ce sifflet pendu autour du cou, il faut ajouter bottes, casque, veste et gilet de sauvetage, une tenue obligatoire pour visiter le chantier de construction de la plate-forme située à vingt-cinq mi- nutes de la terre ferme, soit environ 15 km. La distance est faible mais le site est déjà situé en haute mer. L’océan descend à plus de 35 mè- tres et la température ne dépasse guère les 10 degrés. Les eaux sont cependant tranquilles, sans grands courants maritimes. Le lieu idéal donc pour la cons- truction d’un vaste terminal conçu pour recevoir des navires spéciaux chargés de gaz naturel liquéfié (GNL). Un bateau fixe sert de réservoir flottant. Puis le GNL est regazéifié, passant de l’état liquide à l’état gazeux. Le gaz est ensuite transporté via un gazoduc, vers une station de com- pression située à terre qui distribue l’énergie à un réseau de raffineries et de centrales thermoélectriques situées dans les États du sud du pays. À terme, 16 millions de m 3 de gaz seront produits ici chaque jour à partir de gaz en provenance d’Algérie et du Nigeria. Jusqu’à présent, jamais le Brésil n’avait importé de gaz d’Afrique. L’usine flottante de la baie de Guanabara permettra aussi de stocker 140 millions de m 3 de gaz, des réserves utiles en cas d’aug- mentation subite de la demande. La plate-forme de Rio devrait être opérationnelle le mois prochain. Une seconde, au large de Fortaleza dans l’État nordiste du Céara, a été inaugurée fin août et possède une capacité de production de 7 mil- lions de m 3 par jour. Le Brésil est le premier pays au monde à posséder ce type de terminal, dont la construction est extrêmement complexe et délicate. Au large de Rio, 1 200 ouvriers tra- vaillent en 3 × 8 depuis le début de l’année pour livrer cet ouvrage haut d’une dizaine de mètres, long de 365 m et large de 65 m. Le travail de fondations est titanesque. « Pour amarrer la plate-forme, 288 colonnes métalliques remplies de béton armé ont été nécessaires, explique Jubert Tomé de Sá, ingé- nieur de production de l’entreprise Carioca, maître d’ouvrage du chan- tier. Ces pieux de 80 cm de diamètre descendent à 30 m de profondeur puis sont plantés dans la roche sur une épaisseur de 10 m. Certains sont inclinés pour résister au choc lors de l’accostage des navires. La pression de ces géants des mers est si forte qu’elle risque de détruire le termi- nal. » Chaque colonne a nécessité 30 m 3 de béton et a dû être coulée en cinq heures maximum. Passé ce laps de temps, le béton durcit et devient inutilisable. Ces terminaux gaziers ont une fonction géostratégique. Pour la Petrobras, la compagnie pé- trolière d’État qui finance les travaux, l’objectif est clair : aug- menter l’offre de gaz disponible sur le marché domestique et diversifier les sources d’appro- visionnement afin de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Bolivie. Chaque jour, ce voi- sin sud-américain fournit au Brésil 31 millions de m 3 de gaz naturel, soit près de la moitié du volume consommé dans le pays. L’autre moitié, soit environ 40 millions de m 3 , provient des champs gaziers situés au large des côtes du Brésil. Les États du sud brésilien comme ceux de São Paulo, de Rio de Janeiro ou du Rio Grande do Sul sont ac- tuellement dépendants à 100 % du gaz bolivien. Or, à plusieurs reprises durant l’automne, les op- posants au président Evo Morales ont envahi des installations de distribution de gaz dans leur pays, faisant planer la menace d’un ra- tionnement de la distribution. Une situation problématique, alors que la production d’énergie électrique à partir d’usines fonctionnant au gaz a connu une hausse vertigineuse depuis le début de l’année. D’ici à 2012, la Petrobras compte fournir au marché près de 130 millions de m 3 de gaz par jour, soit plus du double de la consommation actuelle. La découverte récente de très larges réserves de gaz et de pétrole sur une zone de 800 km s’étendant de l’État de Santa Catarina à celui de l’Espirito Santo est une bonne nouvelle. Mais il faudra près d’une décennie pour que la première goutte d’or noir jaillisse des fonds marins dits du pré-sal. Et les in- vestissements ont été récemment qualifiés de « gigantesques » par José Sergio Gabrielli, le président de la Petrobras. Les experts estiment que d’ici à 2017, près de 500 milliards d’euros devront être investis pour exploiter ces réserves, qui feront du Brésil le sixième producteur mondial de gaz et de pétrole. STEVE CARPENTIER 16 millions de m 3 de gaz seront produits ici chaque jour à partir de gaz en provenance d’Algérie et du Nigeria. La plate-forme en construction dans la baie de Guanabara. Pour amarrer cette usine flottante, 288 colonnes métalliques remplies de béton ont été nécessaires. STEVE CARPENTIER Le recul de la croissance va aggraver la pauvreté en Amérique latine d L’Amérique latine, qui a connu depuis six ans une forte période de croissance économique, affrontera à nouveau des temps difficiles en 2009 à cause de la crise économique mondiale. La croissance régionale tombera de 4,6 % en 2008 à environ 1,9 % l’an prochain, selon de récentes prévisions de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), un organisme dépendant des Nations unies et basé à Santiago du Chili. Ce scénario est considéré comme optimiste car il prévoit un redressement des économies des pays développés dans le second semestre de 2009. Dans le cas contraire, la croissance régio- nale sera nulle. D Cette stagnation menace de réduire à néant les efforts réalisés dans la région pour combattre la pauvreté. En six ans, la croissance moyenne de 5 % a fait reculer le taux de pauvreté pour 40 millions de personnes. Or la crise frappera les secteurs où les salaires sont faibles, augmentant le chômage et réduisant les virements en provenance des familles de Latino-Américains vivant à l’étranger, ce qui agrandira le fossé existant entre les plus riches et les plus pauvres. D Selon la CEPAL, les secteurs les plus touchés seront les activités où le taux d’emploi des femmes est le plus élevé comme le commerce, les services financiers, le tourisme, l’industrie manufacturière, la restau- ration et les emplois domestiques. I La Croix I LUNDI 29 DÉCEMBRE 2008 I I ÉCONOMIE I 11 8,1 % C’est la chute de la production industrielle du Japon en novembre par rapport à octobre, la plus lourde jamais enregistrée depuis que les statistiques à ce sujet ont commencé à être publiées, en 1953. Cette baisse s’explique principalement par l’effondrement des exportations : – 26,7 % en novembre sur un an.

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Au large de Rio de Janeiro, le Brésil s’approvisionnera en gaz africain La construction d’un terminal gazier ultramoderne va permettre au Brésil d’importer du gaz d’Afrique et de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Bolivie, avant de devenir lui-même un géant dans la production 16 millions de m 3 de gaz seront produits ici chaque jour à partir de gaz en provenance d’Algérie et du Nigeria. SÉNÉGAL Alain Joyandet à Dakar pour porter le soutien financier de la France

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L’ESSENTIEL

LE CHIFFRE

SÉNÉGAL Alain Joyandet à Dakar pourporter le soutien financier de la FranceLe secrétaire d’État à la coopération, Alain Joyandet, sera aujourd’hui à Dakar pour annoncer le versement de la pre-mière tranche d’un prêt de 125 millions d’euros au Sénégal. Accordée par l’Agence française de développement, cette somme est destinée à l’apurement des créances domes-tiques de l’État sénégalais. « La France a voulu réaffirmer sa solidarité historique avec le Sénégal. Elle est confiante dans la poursuite du programme de redressement financier du pays », a déclaré vendredi un porte-parole du ministère des affaires étrangères français, Frédéric Desagneaux.

ROYAUME-UNI Soldes exceptionnellespour relancer la consommationDes soldes exceptionnelles ont commencé au Royaume-Uni, afin de relancer une consommation atone. La chaîne Debenhams propose des prix en baisse de 70 % et Superdrug de 90 %. Les annonces de faillite se succèdent pourtant. L’emblématique Woolworths fermera ses 800 magasins le 5 janvier, supprimant 27 000 emplois. Le groupe de distribution de disques Zavvi (125 magasins) a été placé sous administration judiciaire. Un centre de recherches prévoit que l’économie britannique se contractera de 2,9 % en 2009, la pire récession depuis 1946.

CHINE Les entreprises d’Étatinvitées à ne pas licencierUn haut responsable chinois, Li Rongrong, président de la commission de supervision économique, a appelé vendredi les entreprises d’État à éviter de licencier en 2009. Cette recommandation intervient après une série d’émeutes liées à des suppressions d’emplois. Le gouvernement maintient son objectif d’un taux de chômage de 4,5 % en 2009, sous-estimant le problème car il n’inclut pas des mil-lions de travailleurs ruraux. De leur côté, de nombreuses multinationales ont cessé d’embaucher, voire ont diminué leurs effectifs en raison de la crise.

Au large de Rio de Janeiro, le Brésil s’approvisionnera en gaz africainLa construction d’un terminal gazier ultramoderneva permettreau Brésil d’importer du gaz d’Afriqueet de réduiresa dépendancevis-à-vis de la Bolivie,avant de devenirlui-même un géant dans la productionRIO DE JANEIRODe notre envoyé spécial

«Si vous tombez à l’eau et partez à la dérive, soufflez dans le sifflet en plastique, cela peut vous

sauver la vie. » Le conseil de l’agent en charge de la sécurité se fait en-tendre alors que la navette rapide file en direction de l’embouchure de la baie de Guanabara, au large de Rio de Janeiro. À ce sifflet pendu autour du cou, il faut ajouter bottes, casque, veste et gilet de sauvetage, une tenue obligatoire pour visiter le chantier de construction de la plate-forme située à vingt-cinq mi-nutes de la terre ferme, soit environ 15 km. La distance est faible mais le site est déjà situé en haute mer. L’océan descend à plus de 35 mè-tres et la température ne dépasse guère les 10 degrés. Les eaux sont cependant tranquilles, sans grands courants maritimes.

Le lieu idéal donc pour la cons-truction d’un vaste terminal conçu pour recevoir des navires spéciaux chargés de gaz naturel liquéfié (GNL). Un bateau fixe sert de réservoir flottant. Puis le GNL est regazéifié, passant de l’état liquide à l’état gazeux. Le gaz est ensuite transporté via un gazoduc, vers une station de com-pression située à terre qui distribue l’énergie à un réseau de raffineries et de centrales thermoélectriques situées dans les États du sud du pays. À terme, 16 millions de m3

de gaz seront produits ici chaque jour à partir de gaz en provenance d’Algérie et du Nigeria.

Jusqu’à présent, jamais le Brésil n’avait importé de gaz d’Afrique.

L’usine flottante de la baie de Guanabara permettra aussi de stocker 140 millions de m3 de gaz, des réserves utiles en cas d’aug-mentation subite de la demande. La plate-forme de Rio devrait être opérationnelle le mois prochain. Une seconde, au large de Fortaleza

dans l’État nordiste du Céara, a été inaugurée fin août et possède une capacité de production de 7 mil-lions de m3 par jour.

Le Brésil est le premier pays au monde à posséder ce type de terminal, dont la construction est extrêmement complexe et délicate. Au large de Rio, 1 200 ouvriers tra-vaillent en 3 × 8 depuis le début de l’année pour livrer cet ouvrage haut d’une dizaine de mètres, long de 365 m et large de 65 m. Le travail

de fondations est titanesque.« Pour amarrer la plate-forme,

288 colonnes métalliques remplies de béton armé ont été nécessaires, explique Jubert Tomé de Sá, ingé-nieur de production de l’entreprise Carioca, maître d’ouvrage du chan-tier. Ces pieux de 80 cm de diamètre descendent à 30 m de profondeur puis sont plantés dans la roche sur une épaisseur de 10 m. Certains sont inclinés pour résister au choc lors de l’accostage des navires. La pression de ces géants des mers est si forte qu’elle risque de détruire le termi-nal. » Chaque colonne a nécessité 30 m3 de béton et a dû être coulée en cinq heures maximum. Passé ce laps de temps, le béton durcit et devient inutilisable.

Ces terminaux gaziers ont une fonction géostratégique. Pour la Petrobras, la compagnie pé-trolière d’État qui finance les travaux, l’objectif est clair : aug-menter l’offre de gaz disponible sur le marché domestique et diversifier les sources d’appro-visionnement afin de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Bolivie. Chaque jour, ce voi-sin sud-américain fournit au Brésil

31 millions de m3 de gaz naturel, soit près de la moitié du volume consommé dans le pays. L’autre moitié, soit environ 40 millions de m3, provient des champs gaziers situés au large des côtes du Brésil.

Les États du sud brésilien comme ceux de São Paulo, de Rio de Janeiro ou du Rio Grande do Sul sont ac-tuellement dépendants à 100 % du gaz bolivien. Or, à plusieurs reprises durant l’automne, les op-posants au président Evo Morales ont envahi des installations de distribution de gaz dans leur pays, faisant planer la menace d’un ra-tionnement de la distribution. Une situation problématique, alors que la production d’énergie électrique à partir d’usines fonctionnant au gaz a connu une hausse vertigineuse depuis le début de l’année. D’ici à 2012, la Petrobras compte fournir au marché près de 130 millions de m3 de gaz par jour, soit plus du double de la consommation actuelle.

La découverte récente de très larges réserves de gaz et de pétrole sur une zone de 800 km s’étendant de l’État de Santa Catarina à celui de l’Espirito Santo est une bonne nouvelle. Mais il faudra près d’une décennie pour que la première goutte d’or noir jaillisse des fonds marins dits du pré-sal. Et les in-vestissements ont été récemment qualifiés de « gigantesques » par José Sergio Gabrielli, le président de la Petrobras. Les experts estiment que d’ici à 2017, près de 500 milliards d’euros devront être investis pour exploiter ces réserves, qui feront du Brésil le sixième producteur mondial de gaz et de pétrole.

STEVE CARPENTIER

16 millions de m3

de gaz seront produits ici chaque jour à partir de gaz en provenance d’Algérie et du Nigeria.

La plate-forme en construction dans la baie de Guanabara. Pour amarrer cette usine flottante, 288 colonnes métalliques remplies de béton ont été nécessaires.

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Le recul de la croissance va aggraverla pauvreté en Amérique latine

d L’Amérique latine, qui a connu depuis six ans une forte période de croissance économique, affrontera à nouveau des temps difficiles en

2009 à cause de la crise économique mondiale. La croissance régionale tombera de 4,6 % en 2008 à environ 1,9 % l’an prochain, selon de récentes prévisions de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), un organisme dépendant des Nations unies et basé à Santiago du Chili. Ce scénario est considéré comme optimiste car il prévoit un redressement des économies des pays développés dans le second semestre de 2009. Dans le cas contraire, la croissance régio-nale sera nulle.D Cette stagnation menace de réduire à néant les efforts réalisés dans la région pour combattre la pauvreté. En six ans, la croissance moyenne de 5 % a fait reculer le taux de pauvreté pour 40 millions de personnes. Or la crise frappera les secteurs où les salaires sont faibles, augmentant le chômage et réduisant les virements en provenance des familles de Latino-Américains vivant à l’étranger, ce qui agrandira le fossé existant entre les plus riches et les plus pauvres.D Selon la CEPAL, les secteurs les plus touchés seront les activités où le taux d’emploi des femmes est le plus élevé comme le commerce, les services financiers, le tourisme, l’industrie manufacturière, la restau-ration et les emplois domestiques.

I La Croix I LUNDI 29 DÉCEMBRE 2008 I I ÉCONOMIE I 11

8,1 % C’est la chute de la production industrielle du Japon en novembre par rapport à octobre, la plus lourde jamais enregistrée depuis

que les statistiques à ce sujet ont commencéà être publiées, en 1953. Cette baisses’explique principalement par l’effondrementdes exportations : – 26,7 % en novembre sur un an.