Germs Le Mensonge Dans La Figure De L’Art

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    30-Jun-2015

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Actes du colloque Le Mensonge Dans La Figure De LArt organis par GERMS (Groupe d'Etude et de Recherche des Mdias Symboliques)

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  • 1. Le mensonge dans la figure de lart, sous les catgories Esthtiques, Ethiques et Politiques GERMS :Groupe dEtude et de Recherche des Mdias Symboliques

2. Introduction

  • Nous souhaitons mener une rflexion pour approfondir les consquences de la ngociation du sens partir de lutile et de linutile, qui, depuis un certain temps, entranent invitablement labolition de lArt en tant que figure critique de lesthtique, de lthique et du politique, et par consquent, rend lArt incapable de sortir de la standardisation de son objet

3. Nietzsche nous parat ici une rfrence incontournable

  • Tant que lon cherche la vrit dans le monde, on se tient sous la domination de linstinct cherchant les effets du plaisir de cette croyance. Le plaisir le plus grand, parce que sous la forme dun mensonge, est esthtique, il dit la vrit dune faon tout fait gnrale - Illusion ncessaire la libert morale - Lart traite donc lapparence en tant quapparence, il ne veut donc pas tromper, il est vrai . (F. Nietzsche,Le Livre du Philosophe )

4. Rsum des principales directions de recherche dgages dans le colloque

  • Le mensonge se dfinit comme intention consciente de contredire la vrit (Patrice Vermeren). La question se pose de savoir si lart relve du mensonge en ce sens dtermin. Cette question engage deux sous-questions : premirement, lactivit artistique est-elle avant tout consciente ? Ne doit-on pas renoncer lide dune matrise consciente de lartiste sur sa production ( cf.Schelling, Freud, etc.)

5.

  • Et deuximement, lart a-t-il effectivement affaire la vrit ? Tout ne semble pas relever de la vrit. Considrons le cas de laction politique : elle est value non en fonction de la vrit ou de lerreur, mais de la russite ou de lchec. Elle a toutefois encore affaire la vrit travers la catgorie du vraisemblable. Car laction politique nest possible que si elle peut entraner ladhsion des foules quil sagit de convaincre. Il faut donc produire un discours vraisemblable.

6.

  • Mais le vraisemblable nest pas le vrai. Cest peut-tre mme une forme particulire de mensonge. Or lart permet de construire le vraisemblable. Dans sa dimension mimtique, il est donc un instrument pour le politique. Aussi le politique a toujours cherch asservir lart pour en faire un instrument de propagande. Pour se librer de la tutelle du politique, lart doit-il rejeter le mimtique et la vraisemblance, comme le suggre Platon, et se redonner pour objectif une vrit plus haute ?

7.

  • Mais quen est-il de cette vrit ? Ne faut-il pas admettre avec Nietzsche que la vrit est une illusion radicale ? Sengager dans cette direction, cest gnraliser le concept dart : comprendre la science elle-mme comme cration artistique, mtaphorique. Si la vrit nest quune suite mouvante de mtaphores, de mtonymies , la frontire entre vrit et erreur sefface. Lart est ce qui nous rvle que le monde nest pas vrai, il nous confronte linexistence. Et lart contemporain, qui travaille, comme le montre Rancire (Ivan Lapeyroux), sur limprsentable, la dfiguration de la figure, la dissolution des formes dart traditionnelles (peinture, sculpture) apparat alors comme lexploration ultime de labsence de toute vrit.

8.

  • Reste trois difficults affronter : premirement, comment viter lenlisement du nihilisme ? Car tel est prcisment, et cest ce sur quoi insiste Ciro Bruni, lenjeu fondamental de Nietzsche qui rcuse les instincts eudmonistes. Deuximement, quen est-il de la volont de vrit des artistes comme, par exemple, le compositeur Fausto Romitelli (Alessandro Arbo) ? Est-ce une illusion ncessaire pour la cration ? Ou peut-on penser une forme de vrit par-del la fictionalit essentielle de lart ? Quen est-il ainsi de lambition raliste en art ? Est-elle galement une irrductible illusion ?

9.

  • Troisimement, Nietzsche affirme que lart parvient quand mme une forme de vrit dans la mesure o il nous rvle le caractre simplement apparent de lapparence, et nous dvoile sous la condition du mensonge la tromperie luvre dans les oprations de mtaphorisation. Mais cette vrit nest-elle pas celle du menteur qui dit je mens ? Et la thorie nietzschenne ne nous conduit-elle pas un cercle logique analogue au paradoxe logique sur lequel a but la thorie mathmatique en 1901 (Alain Sguy-Duclot) ?

10. Vrit et mensonge de lartiste dans Le Livre du philosopheAn g le Kremer Marietti -Universit de Picardie, Amiens;Groupe dEtudes et de RecherchesEpistmolo g i q ues ,Paris 11.

  • Les tudes thortiques soulvent le dbat de la vrit indissociable de lexamen du langage. Du point de vue gnral de la civilisation occidentale, Nietzsche rsume la situation comme suit : lhistoire et les sciences de la nature furent ncessaires contre le Moyen ge : le savoir contre la croyance , maintenant, ajoute Nietzsche, contre le savoir nous dirigeons l art: retour la vie ! .

12.

  • Procdant un dchiffrement de signes, Nietzsche oppose aux illusions et pseudo-vrits de la conscience rflexive les contre-vrits qui rvlent lhomme captif de sa conscience. Est mis en lumire le fait de la naissance de la vrit qui passe ncessairement par la grille du langage, un phnomne social. La vrit passe par le nom de la chose nomme, et dans une fin sociale.

13.

  • Que fait le menteur ? Il msuse des conventions fermes au moyen de substitutions volontaires ou dinversions de noms . Sil est honteux de mentir, cest avant tout pour le caractre dinsociabilit qui sattache au menteur. Mais ce sont les mmes raisons qui poussent au mensonge ou la vracit : la conservation de la vie. Nietzsche traduit donc mensonge et vrit : il tente de lesliredans leur processus originel.

14.

  • Cest pourquoi Nietzsche analyse le procs originel de la nomination qui commence avec limitation : celle-ci occasionne la mtaphore. Nietzsche part de lexcitation nerveuse et de limage sensorielle concomitante : cest--dire une premire imitation, suivie dune autre, le son articul , cest--dire le mot, synthse des phnomnes intermdiaires se mettant en place de la chose mme. Le processus originel est un processus artiste : il se manifeste dans les figures de rhtorique. Les tropes sont ainsi des raisonnements inconscients sur lesquels reposent nos perceptions sensibles. Alors, les figures de rhtorique se rvlent comme identifiant le semblable avec le semblable en cherchant les ressemblances entre les choses.

15. Aux sources de la danse moderne et/ou allemande : danser avant, avec, sous, contre et aprs la croix gamme.Phili pp e Ivernel - Germaniste 16.

  • Quoi du mensonge (nietzschen) dans la figure de lart quand le mensonge (hitlrien) srige en loi du monde ? Et quadvient-il des catgories esthtiques, thiques et politiques la lumire (obscure) de ce double mensonge ? Lapproche de ces questions se fera en parlant des uvres danses de Mary Wigman et de Valeska Gert. Portes lune et lautre, lorigine, par une inspiration commune la danse de la sorcire elles aboutissent la plus grande divergence au bout du compte

17. Esthtique et politique dans la nouvelle peinture murale mexicaineLaurence Le Bouhellec - Dpartement de Philosophie et Lettres, Universidad de las Americas, Puebla ,Mexique 18.

  • Au cours des dernires annes du XXe sicle et de ce dbut du XXIe sicle, au Mexique, les pratiques artistiques ralises dans certains lieux publics ont connu en particulier dans les grandes villes et surtout la capitale, un dveloppement sans prcdent qui a boulevers compltement la donne de la peinture murale publique jusque l reconnue et accepte et surtout officiellement promue en termes de nationalisme culturel. En particulier dans la capitale, la peinture murale et le graffiti se sont vus attribuer en alternance des zones de rpression et des zones de permission la mesure des programmes officiels de nettoyage visuel de la ville touchant certaines zones spcifiques

19.

  • Plus intressante encore est le type de rcupration ngocie de certains groupes dartistes comme le collectif Neza Arte Nel qui a eu sa charge les 25 km de murs protgeant une ligne de mtro au sud de la ville de Mexico mais devant, pour raliser les mural , utiliser exclusivement les peintures produites par deux entreprises et surtout ne plus aller peindre ailleurs.

20.

  • Il sagit donc, aprs une brve analyse de certains traits caractristiques surtout de la capitale mexicaine, dessayer de dfinir la situation actuelle de la nouvelle peinture murale mexicaine oscillant entre une revendication politico-existentielle de certains groupes marginaux et une rcupration officielle dans la ligne de la tradition mural mexicaine et aussi de mesurer limpact de ces anonymes et pas toujours anonymes qui commencent faire bouger limaginaire de la peinture murale mexicaine.

21. Songe et Mensongede Picasso ?Juan Marin - Historien de lart 22.

  • Le 8 janvier 1937, donc en pleine guerre civile dEspagne, Picasso entame, Paris, la ralisation de deux planches de gravures qui auront pour titreSonge et Mensonge de Franco . Si le lendemain mme, le 9 janvier, il poursuit la ralisation de ces gravures, ce ne sera que le 7 juin suivant quil les compltera. Bien que lintention premire de ces uvres fut celle dtre dcoupes en cartes postales afin dtre vendues au profit de lEspagne rpublicaine, les planches demeureront entires et runies configurant ainsi une curieuse bande dessine de contenu politique.

23.

  • Entre-temps, Picasso aura reu la commande et commence lexcution dune uvre majeure pour le Pavillon Espagnol de lExposition Internationale de 1937, Paris, uvre qui seraGuernica . Enfin, du 15 au 18 juin de la mme anne, Picasso rdige un pome qui aura le mme titre que les gravures :Songe et Mensonge de Franco , avec lesquelles il composera une plaquette vendue au sein du Pavillon. Nous essayerons de considrer aussi bien les gravures que le pome en fonction tant de leur titre commun que de leur cohrence mutuelle suppose ; cela la lumire des considrations sur la vrit et le mensonge/en art auxquelles ce titre nous invite.

24.

  • Considrations qui sont le fait de Picasso lui-mme : Nous savons tous que lart nest pas la vrit. Lart est un mensonge qui nous fait comprendre la vrit, au moins la vrit qui nous est donne comprendre. Lartiste doit savoir comment parvenir convaincre les autres de la vracit de son mensonge que du corpus de Nietzsche qui nous sert ici de socle de rflexion et o on peut lire : lart traite donc lapparence en tant quapparence, il ne veut donc pas tromper, il est vrai , sans oublier que au-dessus du tumulte de lhistoire contemporaine, la sphre du philosophe et de lartiste prospre labri de la ncessit .

25. Stratgies du bluff dans lart contemporain Paul Ardenne - Historien de lart contemporain ,Universit de Picardie Amiens 26. Filmer le faux : Rashomon, dAkira KurosawaCllia Zernik - Normalienne ,Doctorante en Histoire du Cinma 27.

  • DansAcheminement vers la parole , Heidegger fait allusion, dans son dialogue avec le Japonais, au film de Kurosawa,Rashomon . Il reproche au film son faire-devenir-objet , incompatible avec lesthtique japonaise. Mais si cette critique pourrait valoir pour tout autre film, le choix particulier deRashomonest significatif, et on peut y voir un redoublement de linterrogation.Rashomonprsente quatre droulements diffrents dun mme meurtre. Comment le faire-devenir-objet du film peut-il prsenter mme limage des faits mensongers, des faits faux ? Par quels stratagmes, par quelle rhtorique, Kurosawa immisce les indices du faux mme lobjectivit de limage filmique ?

28. Art, ducation : entre vrit dissocie et mensonge critique Gilles Boudinet -Matre de confrences en Sciences de lducation, Universit de Paris VIII 29.

  • Art, ducation : entre vrit dissocie et mensonge critique.
  • Lart en ducation est de nos jours lobjet de deux tendances contradictoires. La premire le rfute au nom dune vrit hritant du positivisme, tandis que la seconde laccorde un paradigme gnral qui contribue diluer les fonctions critiques quil assurait auparavant. En rponse ces deux cueils, la dualit, pressentie par Nietzsche, entre le sujet de la cration artistique , en phase avec un monde primitif de mtaphores , et le cachot de la conscience de soi , permet de problmatiser lart en ducation selon une dialectique opposant une dissociation ontologique des formes symboliques unifiantes. Cette dialectique renvoie la question du contenu de vrit des uvres, la fois comme d-menti des falsifications positivistes et comme lieu dun paradoxe, proche de celui dEpimnide, dont lirrsolution maintient lnigme vive de lesprit critique.

30. Du pareil au mme : apparence et reproductionJean-Baptiste Dussert - PhilosopheJean Lauxerois - Philoso p he ,Traducteur 31.

  • La question de lapparence, quant luvre dart, passe aujourdhui plus que jamais par la question de la reproduction,puisque les techniques de reproduction et denregistrement sont au cur des processus industriels et culturels de laproduction, de lexposition et de la rception des uvres.

32.

  • Mais le phnomne de la reproduction nest pas univoque, et penser lapparence exige prcisment quon puisse distinguerplusieurs sens de la reproduction, impliquant la diffrence entre identique et semblable, entre pareil et mme, entrestrotype et prototype, entre simulacre et image, entre reprsentation et construction.On montrera ds lors :
  • en quoi la reproduction est originairement productive, sous le signe du prototype, de la rptition et de la mmoire (sonore, visuelle, musicale, plastique, corporelle et idelle).
  • pourquoi la culture et lindustrie instaurent la possibilit dune reproduction de type particulier, qui dploie paradoxalement les attendus de lesthtique classique : lenjeu de cette reproduction est notamment la constitution des strotypes et de limaginaire du sujet.
  • comment la technique - et spcialement les techniques denregistrement - ouvre la voie une reproduction dont la temporalit serait penser selon la dimension du discontinu et de la rcurrence. Elle engagerait laconstructiondu sensible (parole, geste, son, etc.) et lanticipation symbolique.

33. Le concept en tant que contenu structurant de la vrit Phili pp e Boisnard - Ecrivain ,Video performer 34.

  • Nietzsche, expliquant dansLe livre du philosopheen quel sens le concept tend une identification non identique, n'ouvre pas seulement une critique de la vrit, qui ne serait qu'une mtaphore, mais indiquant que s'effectue un oubli dans le temps, il indique surtout que cette vrit n'a que peu de valeur, tout concept ne valant que comme une pice qui ne vaudrait plus par son empreinte, l'exprience originale qui l'aurait provoqu, mais seulement en tant que mtal, selon le langage.

35.

  • Le concept, en tant que contenu structurant de la vrit, poutre rigide dans l'difice de la vrit, permet la rptition. Celle-ci se fait en soustrayant la force sensible de ce que renferme le mot. La diffusion mdiatique, les modalits de toute forme de publicit pour la parole, les exigences de toute transaction commun...