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1 Institut Arabe des Chefs d’Entreprises Quelles réformes pour le système financier tunisien : Chokri Mammoghli / Abdelkader BOUDRIGA

Financier tunisien

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  • 1. Institut Arabe des Chefs dEntreprises Quelles rformes pour le systme financier tunisien : Chokri Mammoghli / Abdelkader BOUDRIGA1

2. Au lendemain de grands bouleversements politiques et sociaux qui vont, sans aucun doute,trouver un cho dans la sphre conomique, de nombreuses institutions tunisiennes, du mondeacadmique, de celui des affaires ainsi que de la socit civile sont en phase de rflexions afindidentifier les meilleures orientations quil convient de donner diffrentes politiquessectorielles telles que celle de linvestissement, du dveloppement rgional et delamnagement du territoire, du commerce extrieur, de la fiscalit directe et indirecte ou dela couverture sociale.Quelles incitations faut-il mettre en place afin dattirer les investissements dans certainesrgions et dans certains secteurs, faut-il encourager linvestissement dans les services, danslindustrie ou dans les activits primaires ? Faut-il encourager les IDE ou les investissementsde portefeuille ? Faut-il maintenir la politique douverture commerciale actuelle avec lUE enpoursuivant ainsi, les ngociations dans le secteur des services, dans celui de lagriculture etdes industries agro-alimentaires avec lUE ? Quelles relations commerciales faut-il avoir avecles pays de la Grande Zone Arabe de Libre Echange ? et avec ceux de lAfrique Sub-Saharienne ?Telles sont quelques questions qui se posent et auxquelles il faut apporter des rponsesnovatrices et au diapason des grands bouleversements qua connu le pays.Ces rflexions sont dautant plus importantes et opportunes quelles concident avec unepriode charnire, historique mme, du pays et qui est celle de la formation du premiergouvernement issu des premires lections vritablement dmocratiques.Les questionnements portant sur le secteur financier et sur son volution sinscrivent, donc,dans ce contexte spcifique rvlateur dune Tunisie nouvelle au lendemain de sa mutation.Toute la sphre financire est, en effet, appele voluer afin daccompagner leffort demobilisation des ressources internes et externes que va ncessiter le financement de lacroissance de lconomie nationale. Les questions qui se posent ce niveau sont en rapportavec : La nature du financement encourager. Faut-il dvelopper la finance directe, via lemarch boursier, au dtriment de la finance dintermdiation via le secteur bancaire? Lopportunit de la mise en place de barrires lentre et/ou la sortie desinvestissements de portefeuilles, Le dsengagement de lEtat ou le renforcement de son rle dans le secteur bancaire,2 3. La structure du secteur et sa rpartition en termes de banques nationales et de banquestrangres, Limplantation desbanques tunisiennes ltranger dans un effortdinternationalisation des entreprises tunisiennes.Ces interrogations portent galement sur la gouvernance des banques. Il sagit en effet dedimaginer le meilleur systme de gouvernance permettant dviter de retomber dans lesdrives qui ont lieu par le pass. Cette gouvernance devrait galement favoriser une clritdans la prise de dcision ainsi que la responsabilisation des ressources humaines, de hautniveau, dont regorge ce secteur.Ces rflexions portent enfin sur lopportunit du dveloppement de nouveaux servicesbancaires disponibles dans de trs nombreux pays du monde arabo-musulman mais galementdans des rgions traditions diffrentes. Ces services sont ceux en rapport avec la financeislamique. Celle-ci est-elle mme de contribuer une meilleure bancarisation de lapopulation tunisienne et daider une plus grande mobilisation de lpargne ?Le prsent papier est une contribution cet effort national de rflexion. Il ne prtend pasrpondre toutes ces interrogations mais propose quelques pistes en partant de comparaisonsinternationales avec des pays relativement similaires la Tunisie.Les rflexions sont en rapport avec : la structure du systme financier dans sa globalit, La structure du systme bancaire, La gouvernance de ce systme, Le dveloppement de nouveaux services et de nouvelles formes dintermdiation. I- Investissement de portefeuille ou financement bancaire ?Le financement travers le march boursier constitue la seconde source de financementmajeur cot du financement bancaire. Les entreprises peuvent en effet, sous certainesconditions de taille, de performance financire et de statut juridique (SA notamment) recourir des missions obligataires, des missions dactions sur le march primaire ou desmissions de titres hybrides (obligations convertibles en actions). En Tunisie cette forme definancement, disons le directement et sans dtour, na pas connu le succs rencontr dansdautres pays. Malgr toutes les incitations mises en place par les Autorits publiques pour 3 4. promouvoir la finance directe et quoiquon en dise, cette politique na pas connu le succsquelle mrite. Les raisons dun tel chec sont connues des diffrents oprateurs du march etdes Pouvoirs publics. Cette timide volution de la finance directe incombe principalement : Une certaine rticence de la part des entreprises prives, divulguer les informations obligatoires exiges par les autorits de march ainsi que la discipline requise par le march en terme de dlais et de transparence financire, Les entreprises prives tunisiennes sont pour leur majorit des socits familiales, dsireuses de maintenir lanonymat sur leurs activits et entretenant gnralement dexcellentes relations avec leurs banquiers. Il va de soi que le recours au march boursier savre tre une alternative non envisageable pour ces investisseurs, Limposition des plus values latentes des anciens actionnaires lorsquil sagit dune cession dune partie du capital et non dune augmentation de capital sur le march Cette rticence est conforte, dans de nombreux cas (mais pas toujours), par un comportement non incitatif et parfois agressif de la part des actionnaires minoritaires lors des Assembles Gnrales et au sein des Conseils dAdministration, Le faible nombre dentreprises tunisiennes ayant la surface financire leur permettant denvisager srieusement un financement par le march, La rticence de la part des entreprises, la sparation entre le management et lactionnariat, condition de succs dun grand nombre dentres en bourse, La complexit perue, des procdures administratives pralables laccs au financement de march. A titre dexemple, citons les conditions dapprobation dmission demprunts obligataires (notation financire ou aval bancaire pour les socits non financires). Le caractre tatillon des interventions de ladministration, notamment fiscale, dans la conduite des entreprises cotes. En revanche, les entres en bourse sont motives, notamment, par le faible taux dimpt qui est appliqu aux entreprises durant les premires annes qui suivent leur entre. La loi de finance 2010 relative la restructuration des groupes permettant lexonration fiscale des plus values est venue consolider ces avantages et incitations, par une volont de protection contre les prises de participations forces . De nombreuses entreprises ayant t obliges, en effet, de cder une partie de leur capital de manire force .4 5. Ce manque de succs se traduit par des indicateurs de dveloppement boursiers, trs en de de ceux des pays similaires. Le tableau 1 donne le rapport :(capitalisation boursire/PIB) pour la Tunisie ainsi que pour diffrents pays similaires :Tableau 1 : Capitalisation boursire en % du PIB 2003 200420052006 2007 2008 2009 Moy. (10 ans) Egypte32,3%41,8% 66,1% 81,4%91,2%101,7% 114,0% 61,6% Jordanie89,0%129,2%222,9%242,0% 225,2% 208,8% 192,7% 150,7% Malaisie141,4% 144,8%136,6%134,8% 156,0% 180,3% 210,6% 151,6% Maroc 21,9%34,0% 44,7% 59,0%85,5%124,0% 184,2% 63,6% Tunisie 9,3% 9,1%9,6%11,9%14,1%16,6%19,6%12,8% Turquie 16,9%21,3% 27,0% 30,9%34,3%37,9%41,9%29,2% Source :Banque Mondiale, 2011.Il apparait ainsi que la Tunisie prsente le rapport le plus faible parmi les cinq paysconsidrs.Lacapitalisationboursirerapporte au PIBnareprsentapproximativement que 20% de celui-ci, en 2009. Ce mme indicateur a t, en moyenne,de 13% sur la dernire dcennie. Ce ratio a t de 42% en 2009 pour la Turquie et de184% pour le Maroc.Soulignons tout de mme, le fait que depuis lanne 2005, cet indicateur na cessdvoluer. Il a ainsi pratiquement doubl.Ce constat est confirm par lvolution que retrace le tableau 2 qui rapporte le volume detransactions en bourse, au PIB :Tableau 2 : Volume de transaction en % du PIB20032004 200520062007 2008 2009 Moy. (10 ans)Egypte4,0%7,1% 28,3% 44,2% 41,4%39,0% 36,6% 21,9%Jordanie 25,6% 46,7% 188,8% 142,2% 110,1% 83,0% 63,2% 68,9%Malaisie48,2% 48,0% 36,4%42,9% 83,0%--47,0%Maroc 1,4%3,0% 7,0%20,6% 35,9%--9,4%Tunisie 0,7%0,8% 1,6%1,7%1,9% 2,1% 2,4% 1,7%5 6. Turquie32,7% 37,5% 41,6%43,0%46,0% 49,7% 53,8% 44,1%Source :Banque Mondiale, 2011.Ce volume de transactions a t de lordre de 2,4% en 2009 alors quil tait de prs de37% en Egypte et de prs de 54% en Turquie.Ce faible niveau peur tre expliqu par le fait que la partie flottante du capital, cest--direcelle faisant, effectivement, lobjet de transactions sur le march secondaire, nereprsente quune faible part du capital. Les actions tant ainsi dtenues de faonpermanente et de manire stratgique par des actionnaires qui ne comptent pas sendessaisir (notamment lEtat dans le capital des banques).Le tableau 3 donne pour le mme groupe de pays lvolution des flux internationaux autitre des investissements de portefeuille. Il convient de signaler ce niveau que le rle deces flux dans le financement de la croissance est trs mitig. Ces flux de capitaux, bienquayant un effet positif sur les rserves de change du pays, sur la liquidit de son marchboursier et par consquent sur le cot de financement des entreprises, prsentent quelquesinconvnients majeurs. Il sagit en effet de capitaux trs volatils qui rentrent dans le payset en ressortent trs rapidement, la moindre difficult, ce qui peut avoir des effets trsdstabilisateurs sur la balance des paiements et par suite sur le taux de change de lamonnaie. Dans de nombreux cas, des crises boursires se sont en effet transformes en degraves crises de change (et inversement dailleurs). Cela a t notamment le cas pour lespays du sud-est asiatique la fin des annes 1990.La mise en place de barrires (surtout lentre) afin dviter lapparition de bullesspculatives et les mouvements de sorties intempestives est donc une prcaution que tousles pays ayant des marchs boursiers mergents ou pr-mergents sont en train deprendre.La rgle consistant encourager les IDE qui constituent linstar des investissements deportefeuille, des substituts la dette mais qui se caractrisent, en plus, par une certainestabilit et par des effets directs sur lemploi, est donc toujours de rigueur.Lvolution que retrace le tableau 3 confirme cette propension la prudence observechez les pays qui nous sont les plus comparables (Egypte, Maroc, Jordanie). Les fluxdinvestissements sont modestes et du mme ordre que ceux de la Tunisie, malgr descapitalisations boursires et des volumes de transaction bien plus importants.Tableau 3 : Investissement de portefeuille (en millions de US$)6 7. Pays20052006 2007 2008 2009 Egypte8 209 18 482 24 567 10 781 8 563 Jordanie441 8511 1981 5801 548 Malaisie49 60860 709 101 25550 974 69 366 Maroc 2 185 2 6696 3253 1382 088 A. du Sud 80 63985 052 105 40964 219 109 563 Tunisie 3 613 3 5894 1933 9274 185 Turquie 60 41276 522 95 075 58 655 87 263 Source :Banque Mondiale, 2011.Il apparait donc clairement que les entreprises tunisiennes ne recourent pas au marchpour assurer le financement de leurs activits. Le nombre faible dentreprises cotes,la faiblesse du volume de transaction ainsi que la nature des investisseurs oprant surle march expliquent, en partie, ce manque denthousiasme aux produits de march.En effet, rares sont les entreprises, mme cotes, qui recourent des levs de fonds surle march. Ceci sexplique, entre autres, par la facilit daccs aux crdits bancairesdont bnficient les grandes entreprises tunisiennes.La dynamisation de la place financire de Tunis passerait ncessairement parlaugmentation du nombre dentreprises cotes. Il serait par exemple opportun deprocder lintroduction en bourse des grandes entreprises tatiques (lEtat pourraitgarder le contrle) linstar de la STEG, la SONEDE, le Groupe Chimique, la STIRou la CTN. Il est galement possible de rflchir la possibilit de sortie sur le marchdes entreprises confisques aprs le 14 janvier. Ceci viterait les destructions devaleurs que sont entrain de subir ces entreprises et dassurer un partage quitable etdiffus des richesses.En outre, une Bourse dveloppe constituerait un facteur dattraction desinvestissements de portefeuille trangers de manire stable et durable et fournirait dessolutions de montages financiers aux entreprises internationales voulant sinstaller enTunisie. A cet gard, la BCT pourrait jouer un rle essentiel en imposant auxentreprises sous-capitalises de faire des sorties sur la bourse dans le but de consoliderleurs fonds propres et de rduire le recours aux financements bancaires classiques. II- Des banques de petites tailles et peu comptitives7 8. Les banques jouent un rle essentiel dans le financement de lconomie tunisienne. En effet, plus de 95% des concours lconomie transitent par ces institutions financires. Le financement concerne aussi bien le dveloppement des entreprises, que le renouvellement de lappareil productif ou de linnovation et laccompagnement des entreprises linternational. Il concerne galement le cycle dexploitation. Les changements politiques et sociaux que la Tunisie est en train de vivre appellent une transformation substantielle dans les fondements mme du mtier de la Banque. Les banques sont ainsi appeles revoir le partage de la valeur cre. Du point de vue des entreprises, et en considrant les rsultats de lenqute mene, les marges ralises par les tablissements financiers sont trs leves et dnotent dune relation de type oligopolistique dans laquelle lacteur le plus fort, en loccurrence la banque, est en train dimposer ses conditions. Les taux dintrt sont levs et les garanties toujours exiges. En outre, le systme bancaire tunisien compos dune trentaine de banques, semble sur- bancaris, et ne permettant pas, par consquent, un financement efficient de lconomie. En effet, un tel nombre de banques, laisse supposer que celles-ci ne bnficient pas de rendements dchelle. Lindustrie bancaire est en effet, fragmente et domine par des banques de petites tailles. Les trois premires banques ne reprsentent que 60% des actifs du secteur contre 86% en Jordanie et plus de 90% au Maroc. Ces taux sont par contre suprieurs ceux observs en Malaisie et en Turquie. La fragmentation des banques constitue un double handicap. Elle les prive de raliser les conomies dchelle et de gammes indispensables lamlioration de leur comptitivit. Ce faisant, elle rduit les possibilits de leur implantation ltranger. A cet effet, la premire banque tunisienne pointe la 48me place sur le plan africain (STB) et son total de bilan reprsente 1/39me du total de bilan de la premire banque africaine (la Standard Bank Group, Afrique du Sud). A titre de comparaison, deux banques marocaines se classent dans le top 10 des banques africaines. Il sagit dAttijari Wafa Bank (7me) et du Crdit Populaire du Maroc (10me). Lmergencedegrandes banques tunisiennesayant une stratgie claire dinternationalisation avec un plan de dveloppement prcis semble devenir une ncessit. Les entreprises tunisiennes sont en effet de plus en plus prsentes sur les marchs europens, arabes et africains. 8 9. Des oprations de croissance interne par augmentation de capital ou externe par fusions amicales et ngocies devraient tre suscites par les Autorits publiques. A ce propos signalons quune opration de fusion entre la STB et la BH a t envisage au cours de la dernire priode. Malgr les arguments qui viennent dtre avancs nous pensons quune telle opration, qui serait ralise dans la prcipitation et sans concertation pralable, ne parait pas souhaitable. Ce genre dactions ralises avec empressement risquerait en effet de crer plus de problmes quil ne va en rsoudre. La recherche de synergies serait en effet handicape par le choc de cultures internes qui sont trs fortes dans les deux institutions, par les conflits aux niveaux des systmes dinformation ainsi que par la rsistance aux changements organisationnels qui accompagneraient une telle opration. Lautre alternative consisterait encourager (ou pousser) les banques prives raliser des oprations de fusions. Une premire solution serait daugmenter le capital minimal exig (100 Md actuellement jusqu 2014). Nous pensons quen dpit des bienfaits dun niveau de capitalisation lev, cette mesure naurait pas dincidence directe sur la taille des banques. En Afrique du Sud par exemple, le capital minimal est de 37 millions de dollars. Ceci na pas empch les banques sud africaines doccuper les cinq premires places lchelle du continent. En mme temps, linternationalisation dAttijari Wafa Bank au Maroc sest faite par le biais demprunts obligataires. Les leviers de la croissance semblent tre situs ailleurs quau niveau des fonds propres. Tableau 4 : Classement africains des banques tunisiennes2009 2010 2011 1re Banque africaine/Banque TunisienneSTB47 4448 39 foisBIAT 50 4250 41BNA49 4753 42BH 57 5256 50Amen Bank67 6060 55ATB69 6170 66Attijari 74 6569 66BT 83 7683 84UIB89 8353 92UBCI 104102 109 120Source : Jeune Afrique, diffrents numros. Le taux de bancarisation reste cependant faible en Tunisie. La densit par agence est de 12000 habitants (Maroc : 6000 habitants par agence, pays de lOCDE moins de 2000 habitants par agence). 9 10. Les tableaux 5 et 6 donnent quelques indications en rapport avec le taux de bancarisation et linclusion financire :Tableau 5 : Inclusion financire (chiffres 2009)JordanieMalaisie MarocAfrique du sudTunisie TurquieNombre dagencespar 16,17 11,5 11,598,0313,317,3100000 habitants (> 15 ans)Nombre de comptes par 1000 160972 296 175 315habitants (> 15 ans)Nombre ATM par adulte (>1543,2516,6454,85 14,26 40,98ans)Nombre de comptes de 814,23 2226,74277,36 671,98788,131851,15dpts par 1000 adultes ((>15ans)Source : Banque mondiale, WDI, 2011 Le nombre dagences par 100000 adultes a atteint selon les derniers chiffres publis par la Banque Mondiale, 13,3 agences en Tunisie contre 11,59 au Maroc et 17,3 en Turquie. La disponibilit des services bancaires prsente nanmoins, de fortes disparits entre les rgions. Le tableau 6 montre que dans le centre ouest du pays, il existe une agence pour 22000 habitants alors que dans le grand Tunis ce chiffre passe 7000 habitants. Par ailleurs, lutilisation des services bancaires semble tre trs en retard comparativement dautres pays ayant un niveau de dveloppement similaire. Ainsi, le nombre de comptes pour 1000 adultes est seulement de 175 en Tunisie contre 296 en Afrique du Sud, 315 en Turquie et 972 en Malaisie. Enfin, le nombre de machines ATM est de 14,26 en Tunisie alors quil est suprieur 40 dans les autres pays.Tableau 6 : Rseau bancaire : rpartition par rgion au 30 septembre 2011 Population par Nombre dagence % Nombre agence dagencesCentre ouest 22072926,71%Grand Tunis7001 551 40,16%Nord ouest 14500684,96%Rgion ctire 9354 575 41,91%Sud11536866,27%Total gnral126181372100%Source : APTBEF et calculs des auteursLa dernire mesure en rapport avec la structure du secteur que nous prsentons est laconcentration. Le tableau 7 retrace ainsi, pour le mme groupe de pays, le poids des troispremires banques sur la dernire dcennie.10 11. Tableau 7. Concentration bancaire : Total des actifs des trois premires banques en % dutotal du total des actifs des banques2000 2001 2002 2003 2004 20052006 200720082009 Moy.Egypte0,57 0,58 0,57 0,57 0,550,58 0,590,570,55 0,530,57Jordanie0,85 0,90 0,90 0,90 0,890,85 0,850,850,86 0,860,87Malaisie0,48 0,44 0,40 0,40 0,410,41 0,460,470,49 0,500,45Maroc 0,53 0,62 0,63 0,64 0,680,66 0,660,780,91 0,910,71Tunisie 0,45 0,45 0,45 0,46 0,460,45 0,450,490,54 0,590,48Turquie 0,74 0,66 0,74 0,71 0,700,96 0,500,460,42 0,390,63Source : Banque mondiale, Financial Development and structure DatabaseIl apparait que ce poids a t en moyenne de lordre de 48% sur lensemble de la dcennie.Nous notons quil a nanmoins augment de manire significative partir de 2007, passantainsi de 49% 59% en 2009.Compar aux pays du groupe, ce poids moyen apparait nettement infrieur celui observ auMaroc o il est gal 71% et celui de la Jordanie qui est de lordre de 87%. Ce constatconfirme limage trace prcdemment qui est celle dun secteur fortement miett composdun grand nombre de petites banques. Aucune de celles-ci ne dominant significativement lesecteur. Cependant ce nombre lev ne se traduit pas par une forte bancarisation et une grandeinclusion financire. Les diffrentes mesures moyennes de ces deux dimensions sontrelativement faibles par rapport celles dautres pays. Leur dcomposition en paramtresrgionaux rvle galement dassez fortes disparits. III- Performance et solidit des banques tunisiennesLes dveloppements qui suivent sont en rapport avec la gestion des tablissements bancaireset avec leur gouvernance. Le premier constat qui simpose et sur lequel il y a une quasi-unanimit est celui relatif la qualit de linformation produite et divulgue. Les banquestunisiennes apparaissent ainsi comme tant trs conservatrices dans ce domaine. Lesdocuments produits sintressent davantage aux informations patrimoniales, la solidit desgaranties relles ou personnelles produites, quaux capacits de remboursement et lasituation financire future des entreprises finances. Les projections sont effectues maisrarement prises en compte de manire dcisive.La situation financire projete est pnalisante lorsquelle est mauvaise mais rarementdterminante lorsquelle est bonne. Lanciennet de la relation ainsi que la qualit du 11 12. patrimoine sont les lments dcisifs. Lorsque ces conditions sont satisfaites, les relations sontjuges plutt bonnes.La prpondrance des garanties dans les dcisions de financement bancaires pourraitsexpliquer par les carences observes au niveau de linformation financire en gnral (bilansnon certifis, des rapports annuels non fournis) ainsi que par la quasi indisponibilit delinformation sur la qualit du crdit (lindice de divulgation dinformation sur les entreprisesest gal 5/10). Il semble galement que le non respect des rgles de droit (score gal 3pour lanne 2012) constitue lune des raisons principales pour lutilisation juge excessivedes garanties, par lensemble des entreprises ayant particip au questionnaire sur les rformesdu secteur financier.Le tableau 8 laisse apparatre un taux de recouvrement (% du montant rcupr par lecrancier en cas de faillite) de lordre de 52,2 %. Ce taux semble assez satisfaisantcomparativement aux autres pays du panel. Nanmoins cela traduit en premier lieu la forteutilisation des garanties et la faible prise de risque par les banques.Pour sortir de cette impasse, deux axes damlioration peuvent tre envisags. Le premierconsiste amliorer loffre dinformation sur les entreprises et sur leur solvabilit. A titredexemple, le lancement de bureaux de crdits privs linstar des autres pays devraitpermettre de renforcer les capacits dvaluation des banques et de discipliner lensemble desoprateurs.En second lieu, les banques doivent tre encourages rendre loffre de crdit plus sensibleau risque. Autrement dit, elles sont appeles prendre plus de risques (mesurs) et fairepreuve desprit entrepreneurial (voir questionnaire). Une des pistes envisager de manireapprofondie consisterait dvelopper la fonction Etudes, analyses et prospectives au seindes institutions bancaires. Tableau 8 : Evaluation de risque et information 2012PaysEgypte Jordanie Malaisie MarocA. du Sud Tunisie TurquieIndice de divulgation 3510 68 5 9dinformation sur lesentreprises (de 1 10)Taux de recouvrement17,7 27,2 44,6 38,3 35,252,222,3(%)Rgle de droit (0 10) 3410 3103 412 13. Couverture par des13,7083,414,6 54,70 60,5bureaux de crditprivs (% adultes)Source : Doing business, 2012. La qualit de la gestion oprationnelle des banques et de la mise en uvre des ressources semble tre raisonnable. Le tableau 9 retrace lvolution dans le temps, du coefficient dexploitation (rapport : charges dexploitation/Produit net bancaire.) pour le mme groupe de pays. Les charges dexploitation contiennent notamment les charges salariales, les dotations aux amortissements et aux provisions ainsi que les autres charges. Le PNB est en gros gal la diffrence entre intrts perus et intrts servis. Ce coefficient a atteint 33% pour la Tunisie en 2009 et a prsent un niveau moyen de 56% sur la dernire dcennie. Seule la Turquie prsente un ratio de meilleure qualit en 2009. Soulignons tout de mme que la faiblesse de ce ratio peut tre due non pas la faiblesse des charges et loptimalit de la gestion mais plutt limportance du PNB qui est le rsultat de taux dintrts levs. La faiblesse des taux de provisionnement des prts non performants qui a atteint 58% en Tunisie contre 74% au Maroc (tableau 13) peut tre une seconde explication.Tableau 9. Coefficient dexploitation20032004 2005 200620072008 2009 Moy. (10 ans)Egypte0,484 0,575 0,527 0,588 0,533 0,478 0,4250,517Jordanie0,615 0,582 0,421 0,447 0,439 0,428 0,4190,522Malaisie0,373 0,374 0,391 0,382 0,404 0,430 0,4610,407Maroc 0,641 0,593 0,655 0,546 0,483 0,418 0,3600,565Tunisie 0,725 0,728 0,627 0,561 0,476 0,396 0,3310,562Turquie 1,126 0,812 0,598 0,656 0,514 0,389 0,2970,719Source : Banque mondiale, Financial Development and structure DatabaseCette mme conclusion peut tre galement tablie en considrant non pas un indicateur deloptimalit de lexploitation mais une mesure de la rentabilit. Il sagit en loccurrence duscore Z qui est en fait une mesure normalise de la rentabilit des fonds propres des banques.Formellement ce score est gal au rapport : 13 14. (Rentabilit des fonds propres Rentabilit moyenne des fonds propres) / Variabilit desRentabilitsLe niveau du Z score semble tre plus faible que pour les autres pays lexception delEgypte indiquant une plus grande fragilit du systme bancaire tunisien. Lvolution labaisse (donc une fragilit accrue) de ce score peut tre explique par deux phnomnes quisont : - Le niveau lev des provisions pratiques durant les cinq dernires annes. Ces provisions additionnelles concernent les prts non performants. En effet, sous la pression du FMI, les autorits montaires ont t accules rduire les taux des prts non performants et augmenter les taux de provisionnement (les objectifs annoncs taient respectivement de moins de 15% pour les PNP et de 70% pour les provisions). Ceci a eu pour effet daugmenter la volatilit des revenus. - Leffort de recapitalisation (augmentation du capital social, mises en rserves des bnfices) qui implique une baisse du ROE et par consquent du Z score. Tableau 10. Z-score : Solidit du systme bancaire 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Moy. (10 ans) Egypte10,48,5 4,4 6,6 4,8 3,4 2,46,7 Jordanie10,9 15,613,717,715,814,7 13,7 13,1 Malaisie11,7 12,314,813,713,410,3 8,011,4 Maroc 10,3 18,224,824,5 9,722,0 -15,9 Tunisie 14,4 10,613,4 7,4 8,5 7,6 6,711,9 Turquie- - - 6,7 13,6 17,1 21,4 14,7 Source : Banque mondiale, Financial Development and structure Database IV-Prsence linternational et concurrence marocaine sur le continentafricain :Les premires installations de banques tunisiennes ltranger datent du milieu des annes 70avec la cration de lUnion Tunisienne de Banque (UTB, linitiative de la Banque Centralede Tunisie) en 1977 Paris. Dix ans plus tard, la Socit Tunisienne de Banque a cr laBanque sngalo-tunisienne (BST), une autre au Liban, et a pris une participation dans une 14 15. banqueauBurkina Faso.Depuis, les banques tunisiennes nont pas tendu leur prsence linternational, et ont mmerecul. La BST a t rachete en janvier 2007 par Attijari Wafa Bank, et la filiale libanaise dela STB a t cde des investisseurs Libyens. Seule lUTB continue exister.A linverse, les banques marocaines ont mis en place une vritable stratgiedinternationalisation, notamment en Afrique francophone subsaharienne. Menes par AttijariWafa Bank, la BMCE et le groupe Banque populaire, les institutions financires marocainesont conquis plusieurs pays africains linstar du Sngal (ou il dtiendrait plus que 60% dutotal bilan des banques du pays), le Madagascar, Le Kenya, lOuganda, lIle Maurice, laGuine, la Rpublique Centrafricaine, et la Mauritanie. Leurs activits stendent tous lesinstruments de financement : investissement, leasing, banque de dtail et les banquesdaffaires.La prsence des banques tunisiennes ltranger, tant souhaite par les oprateurs tunisiens(du moins ceux qui ont particip au questionnaire) a t handicape par divers facteurs. Il at souvent avanc que la faible taille de nos institutions financires constitue le principalobstacle linternationalisation. Nous pensons au contraire que cest grce une stratgiedinternationalisation agressive que les banques tunisiennes pourraient atteindre des taillesimportantes leur permettant chemin faisant damliorer leur efficience.Par ailleurs, il semble que la stratgie dinternationalisation des banques marocaines a tmotive essentiellement par un souci de recherche de rentabilit suite la rduction desmarges dintermdiation sur le march domestique (aprs larrive des banques trangres etla drglementation du march bancaire). Comme nous lavons mentionn plus haut, cetteinternationalisation a t finance essentiellement par lmission demprunts obligataires etpar la mise en place, de la part de lEtat marocain, des lignes de crdits.En Tunisie, limportance des marges dintermdiation et le contrle serr de la BCT(encadrement des conditions doctroi du crdit), font que les Banques ne sont pas incites rechercher dautres marchs.Nous pensons que la libralisation des marges bancaires et un dsengagement graduel etplanifi de la BCT pourrait conduire une rduction des taux dintrts du fait de laconcurrence qui sinstaurerait. Ce phnomne aurait invitablement pour consquence la miseen uvre doprations de restructuration (fusions) et se traduirait par lmergence destratgies dinternationalisation. 15 16. Soulignons enfin que lEtat tunisien a un grand rle jouer dans cet effortdinternationalisation qui est porteur de grandes potentialits en matire demploi. Lune desmesures les plus urgentes prendre, et qui est rclame par les oprateurs, consisterait mettre en place une ligne de crdit (mme modeste au dbut) gre par les banques et mise la disposition des entreprises travaillant notamment sur les marchs dAfrique subsaharienne.Une telle ligne de crdit mettrait les entreprises sur le mme pied dgalit que leurshomologues dautres nationalits et permettrait aux banques tunisiennes de se familiarisergraduellement avec un environnement totalement diffrent de celui local. V- Prsence des banques trangres et impact sur les performances et laqualit de la gestion :Les oprations de privatisation, bien que critiques, ont largement influenc la structure dusecteur bancaire tunisien. En effet, ce dernier comporte de plus en plus de banques prives.Plusieursde celles-cisont desfilialesde banquestrangres.En 2004, on comptait cinq banques prives et filiales de banques trangres. Aujourdhui,elles sont au nombre de sept et pour la plupart dentre elles, ce sont des filiales de banquesfranaises. Il sagit des banques suivantes : UBCI (50% BNP Paribas), Attijari Bank (34%AttijariWafa Bank, Maroc), UIB (filiale de de la socit Gnrale, 53%) , BTK ( 60%, CaissedEpargne, France), Arab Tunisian Bank (ATB), filiale de lArab Bank Plc (Jordanie), laCitibank Tunisie qui est une filiale appartenant en totalit au groupe amricain: Citigroup,lArab Banking Corporation (ABC) installe en Tunisie avec ses deux branches on-shore etoff-shore, le CIC de Paris et Proparco (filiale de lAgence Franaise de Dveloppement) dansle capital de la Banque de Tunisie (BT), ainsi que la Socit Marseillaise de Crdit et NatixisBanques Populaires dans celui de la Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT).La prsence des banques trangres a un impact positif sur loffre de crdit aux entreprises etsur la performance du systme financier dans sa globalit. Ainsi, grce lapport en expertiseet en savoir faire international les prises de participation par des banques trangres contribue amliorer lefficience des banques et leur capacit mieux rpondre aux besoins desentreprises Tunisiennes. En outre, grce un rseau international dvelopp, ces banques sontplus mme daccompagner les entreprises tunisiennes linternational et daider les banquestunisiennes sinternationaliser.16 17. Lanalyse des rponses au questionnaire laisse apparaitre que 91% des rpondants portent unjugement positif concernant les banques trangres et rclament mme leur prsence lintrieur du pays.Le tableau 11 compare les poids respectifs des banques on-shore et des banques off-shore. Ilne comporte pas de mesures directes de la prsence des banques trangres en Tunisie. Celles-ci tant largement prsentes dans le secteur off-shore il est possible den tirer quelquesenseignements.Tableau 11.b. Dpts des banques off-shore / Dpts des banquesrsidentes 200320042005 2006 2007 2008 2009Moyenne Egypte12,2% 13,2% 13,4% 13,6% 13,2% 12,7% 12,2% 12,5% Jordanie 27,1% 23,7% 26,3% 29,7% 26,8% 23,6% 20,7%28,0% Malaisie 3,6%3,8%3,0% 3,2%3,5%3,8%4,2% 3,4% Maroc8,7%7,9%6,8% 6,8%7,1%7,5%7,9% 8,0% Tunisie7,5%7,5%6,9% 8,1%8,5%8,9%9,3% 7,8% Turquie 11,3% 11,0% 10,0% 12,9% 11,5% 10,2% 9,0%10,8%Il apparait ainsi que le poids du secteur off-shore a t en moyenne gal 7,8% du secteur on-shore en termes de dpts. Ce rapport a t gal 9,3% en 2009 ce qui place la Tunisie dansla moyenne des pays retenus. Seule la Jordanie merge du groupe avec un rapport gal 20,7% pour lanne en question et 28% pour lensemble de la priode. Signalons enfin queces banques off-shore reoivent essentiellement les dpts des entreprises totalementexportatrices et qui sont approximativement au nombre de 3000. VI-Problme de prts non-performantLes autorits nationales (BCT) et internationales (FMI), conscientes des taux excessifs desprts non performants des banques tunisiennes, recommandent la mise en place dunepolitique de gouvernance stricte. Elles suggrent en outre de rsoudre les problmes degestion au niveau des banques afin de rduire les prts improductifs, sources de vulnrabilitde lensemble du systme financier.Le taux des PNP qui a connu une nette baisse depuis 2005, reste assez lev comparativementaux normes internationales (la moyenne mondiale est de 6,9% en 2009) et surtout par rapport 17 18. aux pays prsentant les mmes caractristiques. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces tauxtrs levs, en particulier linefficacit des mcanismes de gouvernance et les pressionspolitiques exerces la fois sur les dirigeants des banques et sur les organes de supervision dela Banque Centrale. Tableau 12. Prts non performants en % des engagements totaux desbanquesAnne200520062007200820092010Turquie5.0 3.9 3.6 3.8 5.6 4.9Malaisie 9.6 8.5 6.5 4.8 3.7 3.5Egypte 26.518.219.314.813.4-Jordanie 6.6 4.3 4.1 4.2 6.7 -Maroc15.710.97.9 6.0 5.5 5.2Tunisie20.919.317.615.513.2-A. du Sud1.5 1.1 1.4 3.9 5.9 5.9Source: FMI, Global financial stability report 2010.Le tableau 12 ne donne pas les chiffres pour la Tunisie concernant lanne 2010 et lanne2011 nest pas encore acheve. Il y a fort craindre quau terme des volutions politiques etsociales rcentes, du relchement dans le contrle qui sen est suivi et des difficultsconomiques relles quont connu certains secteurs (notamment le secteur du tourisme), cetaux soit reparti la hausse durant lanne 2011. Le tableau 13 donne enfin le taux deprovisionnement des prts non performants cest--dire le degr de leur couverture par desprovisions prleves sur les bnfices. Il sagit donc dun indicateur de robustesse et dersistance aux ventuelles dfaillances. Pour lanne 2009 ce taux a t de lordre de 58% cequi signifie que 42% des PNP ntaient couverts par aucune provision. Le niveau decouverture des prts improductifs reste trs en de des normes internationales (la moyennemondiale de 90%) et loin de lobjectif convenu par la BCT (70%). Tableau 13. Taux de provisionnement des PNP en %200520062007200820092010Egypte51.076.274.692.1100.4 -Jordanie78.479.667.863.451.9-Maroc 67.171.275.275.374.172.2Tunisie 46.849.053.256.858.3-Turquie 88.789.786.879.883.683.518 19. Source: FMI, Global financial stability report 2010. VII- Quelle gouvernance pour viter les drivesLes modalits dorganisation et de fonctionnement du Conseil dAdministration, ainsi que sescaractristiques, sont susceptibles daffecter la qualit du contrle et lefficacit de la gestion.La place dvolue au Conseil dadministration conditionne, dans une large mesure, son rledans ldification dun systme de gouvernance bancaire crateur de valeurs et rigoureux.A cet effet, la circulaire 2011-06 traitant des bonnes pratiques de gouvernance dans lestablissements de crdits a impos une batterie de rgles dont lobjectif est de rendre plusefficace et saine la gestion des banques. Ainsi, la circulaire prne la sparation des pouvoirsde contrle et dexcution, linstauration de comits de contrle et le relvement de leur rang,ainsi que lencouragement de lindpendance du conseil dadministration.La sparation entre les pouvoirs de gestion et ceux de contrle est galement prne par leguide de bonnes pratiques de la gouvernance tunisien. Mais dans la pratique, les formes decontrle sont plutt caractrises par la dualit des fonctions. Sur les 10 banques cotes enbourse, trois seulement ont adopt la sparation des fonctions. La prpondrance du cumuldes fonctions sexplique entre autre par la forte concentration du capital. Dailleurs, dans cesbanques le pouvoir est dtenu soit par lEtat, directement ou indirectement, soit par desfamilles, des groupes dentreprises, des structures pyramidales ou des tablissementsfinanciers trangers.En outre, la nouvelle circulaire a impos la nomination dau moins deux administrateursindpendants et au plus un administrateur dirigeant. Cependant, en Tunisie il semble que laprsence dadministrateurs externes est souvent recherche pour des objectifs dexpertiseplutt que dans une logique de sauvegarde des intrts des actionnaires minoritaires ou decontrle des risques.Lexercice de la fonction daudit, notamment au sein des tablissements de crdits a connuune volution importante en Tunisie. Sous limpulsion de la Banque Centrale de Tunisie, lesinstitutions financires se sont actives la mise en place de structures daudit interne, dont 19 20. lindpendance et ltendue diffre dune banque lautre. Il nen demeure pas moins quelinstauration de ces Comits daudit qui a eu lieu de manire progressive a contribu lmergence dune culture de rendre compte indispensable tout effort damlioration dugouvernement des banques. Cette volution a t galement consolide par le renforcement durle de lauditeur externe et linstauration du co-commissariat aux comptes, obligatoire depuis2008.Malgr les efforts dploys, il reste beaucoup faire sur le chemin dune gouvernance audiapason des normes internationales et qui rpond aux exigences des changements socio-politiques que connait le pays. Certes la nouvelle circulaire 2011-06 constitue un premier pasdans le bon sens, le souci majeur est de sassurer que ces rgles et pratiques soienteffectivement mises en application dans toutes les banques.Afin de complter les actions dj entreprises nous proposons une srie de mesuressusceptibles damliorer davantage la gestion des banques et damliorer ainsi le financementde lconomie nationale.Il serait cet effet opportun dencourager ladoption de systmes de tarification sensibles aurisque. Lobjectif tant de renforcer la culture risque et son utilisation sur une base au jour lejour et dans les dcisions de gestion, afin de renforcer le rle des comits de risque et daudit.Il est galement souhaitable de mettre en place des mcanismes de calcul des ratiosprudentiels qui favorisent les banques ayant mis en place effectivement des systmes degouvernance interne avancs. Nous pensons notamment la ncessiter de procder lanotation obligatoire de toutes les banques de la place.Enfin, nous proposons la cration dun observatoire indpendant du respect des bonnespratiques dans les tablissements financiers et de crdits. Son rle serait principalement unrle dinformation sans pouvoir rgulateur afin de renforcer la discipline de march et laculture dvaluation externe. VIII- Niveau de supervision, et Indpendance de la Banque Centrale lgard du pouvoir politiqueDonner un pouvoir accru aux autorits de supervision (Banque Centrale) est, dun point devue thorique, bnfique pour le dveloppement et pour la stabilit du systme financier.20 21. En effet, les imperfections du march peuvent tre corriges par la supervision officielle quiconstitue en quelque sorte un substitut la faillite des mcanismes de march et contribuedonc la solidit du systme financier. Cependant, dans des environnements o la corruption est leve et o les pressions politiquessont importantes, un fort pouvoir de supervision peut se transformer en un fort pouvoir derpression et de dtournement des dcisions au profit dintrts privs.Tableau 14. Qualit de la supervision bancaireIndice CapitalPouvoir deIndpendanceContrleRglementaire supervision privEgypte4 142,6 8,4Jordanie6,6 142,2 8Malaisie4,2 112,4 8,8Maroc 5,2 12,71 8,6Tunisie 7 132 5Turquie 6 15,51 9A.du Sud7,2 6 1,6 9,4Source : Barth, Caprio et Levine (2008) et calculs des auteursCe risque peut cependant tre limit en augmentant lindpendance de la Banque Centrale lgard du pouvoir politique. Outre les gains en crdibilit que cela procure et leur impact surune politique de ciblage dinflation, cette indpendance est de nature limiter le risque dedtournement du pouvoir de supervision au profit des intrts particuliers. Plusieurs tudesdmontrent que les pressions politiques sur les superviseurs, rduit leur capacit mettre enapplication les actions disciplinaires requises.Cependant, la question de lindpendance de lautorit de supervision ne fait pas lunanimitdans les milieux politiques qui veulent toujours avoir le plus grand nombre de leviers. Endfinitive, cela dpend essentiellement de la qualit des institutions politiques de chaque pays,de la performance de ses institutions et du degr de respect des rgles de droit. Nous pensonsque la priode actuelle est favorable laugmentation de lindpendance de la BanqueCentrale.Dans le contexte tunisien, lindpendance et la crdibilit de la Banque Centrale sontessentielles pour une meilleure performance du systme financier. La premire tche concernelassainissement du portefeuille du crdit qui alourdit les bilans des banques et limite leurefficience. Il semble impratif dencourager davantage lindpendance de la Banque Centrale, 21 22. particulirement en prvision des changements politiques et conomiques qui seront vcus aucours de la prochaine priode. A cet effet, le Gouverneur de la Banque Centrale devrait trenomm par le Parlement et lu parmi des personnalits indpendantes. Nous pensons quiserait opportun, galement, de crer une instance de supervision en dehors de la BanqueCentrale. Cette indpendance vis--vis de lexcutif serait indispensable lamlioration de lasupervision bancaire et une application rigoureuse de la rglementation en vigueur. IX- Recommandations : 1. Accroissement de lindpendance de la Banque Centrale lgard du pouvoirpolitique. 2. Maintenir et afficher ostensiblement la volont de raliser la convertibilit totale dudinar un horizon raisonnable, malgr la faiblesse des rserves de change et malgrlexistence dun dficit commercial et dun dficit courant structurels. Il sagitessentiellement denvoyer un message de confiance en lavenir lintention despartenaires conomiques et financiers de la Tunisie. Ce message sadressera galementagences de Rating et aux marchs de capitaux sur lesquels le pays sera amen,immanquablement, lever des fonds. Le pire des scnarios serait que la pays perdeson investment grade et quil se retrouve totalement dpendant des agencesinternationales (Banque Mondiale, BAD, Banque Europenne etc). Cette annonce estgalement un mcanisme de gouvernance publique. Il sera interprt lintrieurcomme synonyme de la poursuite de la politique de rigueur. 3. Accroissement du pouvoir des banques en matire de fixation des taux dintrts. Ilsagit de se diriger graduellement vers davantage de responsabilit et de concurrence. 4. Mise la disposition des banques, par lEtat, de lignes de crdit (modestes au dpart)afin daccompagner les entreprises linternational et notamment sur les marchsarabes et dAfrique subsaharienne. 5. Amlioration de la gouvernance des banques prives et publiques en impliquant desadministrateurs indpendants dans les Conseil dAdministration. 6. Cration dun observatoire indpendant du respect des bonnes pratiques dans lestablissements financiers et de crdits. 7. Mise en place des mcanismes de calcul des ratios prudentiels qui favorisent lesbanques ayant mis en place effectivement des systmes de gouvernance interneavancs. 22 23. 8. Encouragement de la dcentralisation des dcisions doctroi de crdit vers lesdirections rgionales (tout remonte au sige actuellement) afin daccrotre linclusionfinancire et laccs au financement dans les rgions intrieures. 9. Renforcement des capacits des banques en matire dvaluation en dveloppant lesfonctions tudes et prospectives (quasi inexistante actuellement) et en insufflant uncertain degr desprit entrepreneurial. 10. Favoriser linstallation de banques internationales. Le cadre actuel de ngociations surla libralisation des services avec les pays arabes et avec lUE peuvent tre utilis afinde mener cette rflexion. 11. Favoriser la cration de banques rgionales qui pourraient utiliser des lignes quiseront mis la disposition des rgions afin de dvelopper le concept de banqueentrepreneuriale. 12. Dynamiser le march boursier en procdant lintroduction en bourse des grandesentreprises publiques linstar de la STEG, SONEDE, STIR, Groupe Chimique et laCTN. LEtat garderait cependant le contrle des ces entreprises. 13. Imposer aux entreprises sous-capitalises de procder des recapitalisations via desaugmentations de capital sur le march. 14. Concernant la finance islamique, il serait souhaitable dautoriser les banquesconventionnelles de crer des fentres islamiques afin de commercialiser des produitsconformes la Sharia. Ceci permettrait damliorer le niveau dinclusion financirenotamment dans les rgions intrieures du pays rputes pour tre plus conservatriceset dont laccs aux services bancaires reste trs limit. 23