Livre de la Sagesse

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    LE LIVRE DE L-SAGESSE0 "

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    INTRODUCTI~N

    10 Le titre. - Dans la Vulgate, Liber Sapienti; d'aprs les Septante, ~1>(~wlJ.wv~o., Sagesse de Siilomon. Le syriaque et l'arabe paraphrasent ces noms: La grande Sagesse de Salomon, et: Livre de la Sagesse de Salomon, fil~ deDavid, qui rgna sur les enfants d~Isral. Les Pres grecs nomment quelque- "

    fois ce livre, cmme les Proverbes: ~ 'ltcxvtXpe;~o. cro~lcx, la sagsse qui procure.. tolites les vertus; ou bien : ~ 6e;!cx ao~C, la divine sagesse. Ces diffrentes dno-

    minations expriment trs bien la pense dominante de l'crit, qui traite, en effet,de la sagesse, de son origine e.t de ses effets.

    2 La canonieit. - Le livre de la Sagesse ne fait point partie de la Biblehbraque; il est donc deutrocanoniqlie 1. Mais il n'est pas douteux qu'il n'aitt admis depuis longtemps dans la synagogue comme une portion intgrntedes saintes critures, puisqu'il est contenu dan~ la Bible des LXXi destine auxJuifs dits Hellnistes. Les crivains du Nouveau Testament ne le citent pas d'unemanire directe; mais ils y (ont souvent et clairement allusion, et c'est l un

    . argument trs srieux en faveur de son autorit divine, car il est bien ,videptque les aptres n'auraient pas trait avec tant d'honneur un livre profane etapocryph92. Les gli1!es, soit grecque, soit latine, n'ont jamais h~sit sui' cepoint, ainsi qu'il rsulte des tmoignages des Pres et des Conciles. Dj le papesaint Clment, dans sa premir;e lettre aux Corinthiens, XXVII, citait deux pas-sages de la Sagesse (XI, 22, et XII, 12). Saint Irne, saint Hippolyte, Clmentd'Alexandrie, Origne " Tertullien, saint Cyprien, Lactance, saint Hilaire dePoItiers, saint Jrme, etc., lui attr,ibuent entirement l'autorit d'un .livre in-spir, et regardent son au~eur comme un prophte . Cum veneratione divinauctoritatis, disait saint Augustin, rsumant toute la tradition 3.

    C'est absolument tort que, de nos jours, on a attaqu la canonicit et l'in-spiration, en prtendant trouver dans le livre de la Sagesse des erreurs historiques

    . ou philosopbiques, des lgenrIes sans porte et les systmes de Platon ou de l'coled'Alexandrie. Ces fausses assertions tombent d'elles- mmes devant l'examenattentif et impllrtial des textes incrimins4.- .. ,,/ " .-, . .

    1 Voyez le tome 1, p.13. VII, 25, et Jao. m, 15; m, 5-7, et! petr._I, 6-7;2 Plus\eurs rationalistes admettent la force de pl.. 26, et Hebr. J, 3; VII.. J2 - 24, et B;ebr .IV,

    ce ra1sonnement. Comp. VIII, 5 et ss., et Joan. 12-13. Etc...~, 1; IX, l, et Joan. l, 3; XVI, ets~.,et Joan. 3 De P'I'l1Jdestinat. Sanct., l, 14.

    III, 14-15; XI, 16, et Rom. l, ~1; xv,7, et Rom. 4 Voyez Cornely, Introduciio speciq!is in di-IX, 21; XII, 20-21,et Rom. IX, 22-23; m, 8, et dacticos et prorheUcos V. T. !ioros, Paris, 1887,1 Cor. VI, 2; IX, 15, et II Cor. V, 4; v, 18-10, p.232-237.et Eph. VI, 13.11; m,lS,et 1 Thess. IV, 13;

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    tE LIV.RE DE LA SAGESSE. " , '39L~autll~t' et l~pQqu d ~acompositi[)li. :-:-jj;n accolant le nom de Salomo~

    au, titre du livre, ls LXX, l.syriaque 1)t Yarilbe ,n~QnlnullementvQulu attrl'huer s~c9mposition ce prince. Le trarlucteursyrien a ..fait des reserves .for-.

    , melles sur ~e point, niant ou~ertme~t que Salomon soit Y,auteur rel. C'est dgpc'-.'-l~lln pseudonyme, mais manifeste, transparent, qui ne voulaiJ tromper per,

    sonn, et 'auqllel bien peu se.sontJaisse prend.r~ dans l'antiquit mme 1. ~al~t.Irne,'Origrie, ~aint Jrm~ et saint~ugustin sonta~ssLnetsquepossible cesujet: Non... ess~ ipsius (Salomonis) non dubitant doc~io1"es, dit expres.,sment ce derni~r Pre 1. Et ailleurs 3 ~ Salomoni~ libri res: Proverbiorum"Cantica canticorum et Ecclesiaste,s; naw jllj duo libri..., Sapientia... et Ecclesia-sticus,de quadam,similitl:!:dihe Sa/Tomonis esse;dicuntur. C'est donc,' tout le:monde eI) convient, dans un sens t,rs large que, parfois, les Conciles tenus enOccident et les docT:!ments pontificaux mention~ent ei~q livres de Salomon (les,Proverbes, le Cantique, I~Eeelsiaste, 1ft Sagsseet l'Ecclsiastique): simple for-m?le;d'abrR--viation,. base ~up un eQutume trs aneienne, ~ais qui ne veut riendefimrsr la question d'aut~ur. -

    La dernire ligne de saint Augustin que nous venons d~' citer indique le motifpour lequel l'el'ivain sacr; j!fi!iis inepnnu, auquel nos devons le livre 'de

    - " la Silgesse, a probablement plac .lui - mme le nom de Salginon en tte d ~n. uvre: il voulait montrer ainsi qu'il allait traiter uil sujet digne'du roi renomm~

    entre tous par silsagesse, et analogue ceux qui avaient en ralit servi ~d~- thme Salomon dans ses erits ,uthentiques4. Ne Fqurrait.on pas aller plus'

    .. loiq et pens6r, avec des exgtes de renom .,que l'il.uteur aur!i;it mis profitdes notes laisses par le grand roi; de sorte que Salomon urait eu une partrelle dans la composition du )ivre? Le fait n'est pasjmpossible eh soi. et ilexpliquerait le double courant qui s'est form ds le temps de~ Pres sr cepoint d~lieat; ~ais ce n'est malheureusement qu'uI)e eonjeetllr~ silnsfonde-ment solide. , - .-

    C'est aussi en vertu de simples hypothses) mais certainement errones ,quel'on a attribu, dans les tempsaneiens ou modernes, le livre de la'Sagesse tantt, Jsus, fils de Siraeh., auteu~ de l'lJ!

  • 'LIV '1., ,

    iam redolet, il un degr vraiment inou dns tout le reste de .la Biblea~t (emploi frquent d'expressions trslassiqueS, et spcialementde"lposs; ailsonanf:es, allitrations et autres jeux 'driiots qui supposentai~sance assz approfondie du grec t;- familiarite avec les c~utumes 2 et

    ies grecques a-) , Cet crit est donc rem{1rqullble a~ point ie vue )itt-Mis to1it s'~xp~iqu isment, ai l'ona

  • 8,

    fond avec le Logos du Nouveu Test~ment 1. Rien de plus net et de plus saisiR-sant; aussi saint Jean et saint Paul emploient-ils une phrasologie analogue pourdcrire les' attributs de Notre-Seigneur Jsus-Chriet en tant que Verbe in{)arn,Fils du Pre. D'autres dogmes sont encore enseigns clairement dans ces pages,.

    . spcialement ceux de l'immortalit de l'me et du jugement dernier 2. Elles.

    occupent donc rellement une ~lace d'bonneur dans l'histoire de)a Prparationvanglique. ,

    60 Commentteurs catholiques. -..: Lorin, Cornelius a Lapide, Jansnius deGand (Annotationes i.n librum Sapientire), Bossuet, Calmet.De nos jours~ Gut.,'berlet, das Buch der Weisheit bersetzt und erklrert (Munster, 1874), et Lestre,.leLivre de la Sagesse (PariB, 1880)3.

    1 Voyez le Man. bib~, t. J.I, n. 874. lgrem~nt retouche par saint Jrme. Elle est2 Cf: ll, 28; m,let ss.; IV, 2, 7 et ss.; v,l assez conforme l'originai grec. Elle contient

    et ss.; vrn, 17;xy, 3, .etc. 'uR grand nombre d'expressions popuiaires, et lE! i3 La Vulgate ne fait gure que reproduire, styljJ est souvent peu soign, ce qui tetteparfoil

    pour ce livre, la traduction de l'ancienne ltala, de l'obscurit sur la pense.

  • f.'

    LA SAGESSE

    CHAPITRE 1

    1. ime~ la justice, vous qui jugez la 1. Diligite justitiam, qui jdicati~terre. A)!ez du Seigneur des "entim~nts telTam. .Sentite de Domino in bonitate,.dignes de lui, et cherchez-Je dans la et in simplicitate cordiB qurerite illiim; ,sil:Ilplicit du cur;

    .. 2. car'coox qui ne le tentent pas le . 2. quoniani invenitur ab his qui non.

    trouvent, et il s manifeste ceux qui tentant ilIum, apparet autem eis quiont confiance en lui. fidem habent in ilIum.

    3. Car les penses p,erverses sparent. 3. Perversre enim cogitatioiles separantde Dieu, et sa puissance convainc de a Deq; probata autemvirtus corripitfolie ceux qui la mettent l'preuve. insipientes.

    4. Aussi la sagesse n'entrera-t.-elle 4. 'Quoniam in maJevolam animam .

    PREMIRE PARTIE, DIDACTIQUE double et faux que mentlonneut frquemmentLa Sagesse considre dans sa nature et dans les saints Livres. Cf. Ps. XI, 3; Jac. l, 8, etc. -

    ses heureux elfets. l,. - IX,.9. Q"riteillum. Ghercher Dieu: la plus belle detoutes les occupations de l'homme, mals pour

    SEfJrlON 1. - LA SAGESSE, SCffiNCE DE VRAI iaquelle le secours de Dieu lui-mme est abso-JON~EUR ET D'IMMORTALIT,j. 1,1- V, 2'. lumnt ncessaire, comme dit Origne. - Qui

    . , non tentant. It On tente DIeu de diffrentes ma-I 1. - Les cond'tions nece88a'res pour acqurir nlres, mals particulirement en doutant de sal ' la Sagesse. l, 1-12. puissance lit de sa bont (Deut. XXXIII,.8, etc.),

    1"I'remlre condltlou : la rectitude du C!2ur. ou eu menantun~ vie Impie (Deut. VI, 18; Act.1,1-5. v, 9).011 s'agit surtout Ici de ce dernier mode,

    CHAP. 1. - 1-2. Pa~ de sagesse sans la con- par opposition It ln bonltate ]) du vers. 1. -naissance de DIeu et sans un cur droit. - Apparet... ets qu' /Idem... Le grec exprime laDiligite iusttt'am: Ici, la Justice dans l se.ns m\11e pense en termes ngatifs: Il se manlfcstelarge, c.--d. It l'Intgrit morale ]), la parfaite' ceux qui ne se dfient pas de lui.obissance la )01 et aux volonts de DIeu, ou 3- 5. Ide semblable celle des vers, 1-2, malsencore la sagesse pratique. Ces premiers mots du plus -dveloppe. - Perver.en'm... Vers. 3, lalivre eu contiennent donc un rsum assez exact. perversit morale cre une sparation entre DIeu- Qui judicatfs... Formule qui dsigne dlrecte- et les hommes. - Cogitationeo. Dans le grElC :ment les rois et leurs ministres, dont l'une des OYI(jILOi, des raisonnements. Nous aurons bien-principales fonctions est de rendre la Justice. tt, II, 1-20, un frappant exemple de ces raison-Cf. VI, 2 et ss.; IX, 7: Ps. II, 10, etc. En s'adres- nement~ pervers. - Probata". vtrtus. La puls-5ant tout d'abord cette haute catgorie d'au- sance dlvllle, lorsqu'on la tente et qu'on la metditeurs, l'au~ur se proposait de donner plus de Ii l'preuve, se venge en chtiant les Impies (cor-, poids aux vrits qu'II va prcher; nmlsll n'exclut' "ipit,..). lnsipiente. est pris au figur, comme

    po