Sparte Et Les Sudistes_BARDECHE Maurice_A4

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    __________________________________________________________________SPARTE

    ET

    LES SUDISTES

    MAURICE BARDCHE

    SPARTE

    ET

    LES SUDISTES

    PYTHAS Pythas n'tait qu'un armateur de Marseille, il naviguait ses risques et prils

    travers des mers inconnues, son vaisseau tait quip ses frais : et ce sembla plustard une merveille, mme aux yeux des Grecs, qu'un des leurs et pu aller si loin avecses seules ressources, contre vents et mares, haines et lgendes ...

    Pythas, 1994ISBN 2-910082-00-8

    NOTE DE L'DITEUR

    La prsente dition inclut le chapitre II, Biographie intellectuelle d'unnationaliste, tel qu'il se prsentait dans l'dition hors commerce publie auxdpens de l'auteur et tire une centaine d'exemplaires, mais qui faisait dfautdans l'dition courante publie par Les Sept Couleurs en 1969.

    Avoir des manires bienveillantes et douces pour instruire les hommes,avoir de la compassion peur les insenss qui se rvoltent contre la raison, voil

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    la force virile propre au vent du Sud: c'est elle que s'attachent les sages.

    Faire sa cuirasse de lames de fer et sa couche de peaux de btessauvages, contempler sans frmir les approches de la mort, voil la force virile

    propre au vent du Nord : et c'est elle que, s'attachent les braves .TCHOUANG-YOUNG,

    Trait de la conduite du sage,par un disciple de Confucius.

    PROLOGUE

    C'est peut-tre un grand malheur de ne pas allumer les lampions quand lesautres les allument. Je n'ai pas sorti mes drapeaux pour la victoire desdmocraties. Je me sentais en quarantaine : il me semblait que toute une partie demoi-mme avait t vaincue.

    Je suis rest depuis ce temps un tranger parmi les hommes de mon temps.Le monde qui se construisait sous mes yeux, il me semblait qu'il opprimait cequi, en moi, me paraissait le plus vivace. Celte rpulsion s'tendait beaucoup dechoses. Je dtestais le plastique, la publicit, le chewing-gum. plus tard jem'habituai mal certains ornements en nylon et au chandail qui devint lecostume ordinaire des ecclsiastiques. Il ne me venait pas la pense que cesrpugnances pussent tre trangres l'une l'autre. On m'avait impos une

    religion et je refusais les eaux du baptme : et en mme temps que les eaux dubaptme, la gandhoura, le fez, les babouches qu'il fallait dsormais porter. Desmilliers d'hommes taient comme moi et regardaient avec suspicion le nouveluniforme du croyant.

    C'est qu'en effet, le tournant du XXe sicle avait t marqu par une guerrede religion, cela, nous le savions tous. Mais nous ne savions pas bien ce qu'taitune guerre de religion. Nous croyions, en nous rfrant ce qu'on appelait dansle pass guerre de religion , que l'objectif tait d'extirper l'hrsie, que cela

    n'allait pas au-del de la destruction des temples et du bcher des pasteurs,rsultats qui furent gnralement supports avec patience. Nous ne savions pas,parce que nous ne faisions rfrence qu' notre propre histoire, que la victoired'une religion est aussi la victoire d'un Koran et l'instauration d'une certaineoptique qui colore toutes choses : non seulement la politique, mais les moeurs,les habitudes, les jugements qu'on porte sur les choses, en un mot, toute la vie.En proclamant le triomphe d'une certaine religion, il a donc fallu dtruire nonseulement les structures, mais plus profondment une certaine manire d'tre. Et

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    l'tendue et la porte de ces destructions ont t peu aperues en gnral.

    Car l'hrsie avait des racines, un certain mode de sensibilit, une certaineprdisposition de l'tre humain qu'il a fallu, en mme temps qu'on dtruisait

    l'hrsie, changer et expurger. Et c'est un sang nouveau qu'il fallait transvaserdans toute une catgorie d'tres humains, si l'on voulait voir disparatre jamaisune certaine morale et, finalement, une certaine conception de la vie.

    Or, c'est toute une partie de la morale commune qui a t atteinte en mmetemps, car les morales hrtiques ne sont pas des fleurs monstrueuses quinaissent de quelque terreau empoisonn, elles ne font que dvelopper parlection certaines branches de la morale commune. Il n'est pas difficile de voirquelles sont les branches de la morale commune, de la morale la plustraditionnelle, qui ont t dlabres et saccages par la condamnation porte surune certaine dfinition de l'homme. Le devoir de discipline, le respect de laparole donne, le culte de l'nergie et des vertus viriles, le choix des hommes enfonction de leur courage et de leur attitude devant la vie, sont devenus galementvertus et mthodes suspectes parce qu'elles avaient conduit une obissancequ'on jugeait aveugle, une fidlit qui avait t dclare criminelle, un idalhumain qu'on regardait comme barbare, et qu'elles risquaient d'tablir unehirarchie qu'on refuse.

    Et, avec cette morale, c'est toute une famille de l'espce humaine qu'on

    mettait la porte de la civilisation. Cette exclusion tait d'autant plus singulireque ce temprament avait t jadis non seulement tolr, mais exalt par laRpublique. Quand j'tais enfant et que j'admirais Lazare Canot, Hoche, Desaix,Klber, et aussi le petit Viala et le tambour Bara, et mme Danton et plus tardClemenceau, c'est cette espce d'hommes qu'on me recommandait d'admirer. Etplus tard, dans cet autre livred'images qu'est l'histoire romaine, c'tait Regulus,c'tait Cincinnatus, c'tait Horatius Cocles, hros de cette rpublique exemplairequi avait nourri tant de gnrations. Toute ma jeunesse de bon lve se rvoltaitcontre la religion nouvelle. Et mme le petit Jacobin que j'avais t quatorze

    ans se rveillait en moi, ne comprenant plus pourquoi on dgradait sur le front del'histoire ces hommes de bronze qu'on m'avait appris aimer. Je ne reconnaissaispas dans le dmocrate de 1945 le bon petit lve de l'cole communale que

    j'avais t, le boursier que j'avais t, le fils de petit fonctionnaire radical-socialiste que j'avais t, et qu'au fond je n'ai pas cess d'tre.

    Alors j'avais l'impression que cette nuclation qu'on avait fait subir l'Europe la suite de la guerre, ce n'tait pas l'Europe seule qu'elle avait touche,

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    mais toute la civilisation, l'espce humaine tout entire. De mme qu'ensupprimant au coeur de l'Europe l'antique Allemagne, ce tronc germanique partir duquel elle s'tait forme dans le pass, on avait fait subir l'Europe uneablation monstrueuse aprs laquelle elle n'tait plus qu'un cheval aveugle qui

    s'appuie et se frotte machinalement sur son bat-flanc atlantique, sans force etincertain, ainsi en dracinant dans le monde moral certaines qualitslmentaires, en liminant certains mtaux qui avaient compos jusqu' prsentl'alliage humain que nous connaissons, c'tait toute une sensibilit que nousavions extirpe, toute une image de l'homme, non pas seulement un rgime maistout un monde qui venait avec, botte de racines qu'on enlve avec la plante. Sibien que nous vivions dans un monde moral d'une certaine faon dcervel.Lhistoire du pass ne dbouchait plus sur l'homme d'aujourd'hui. La culture dupass, l'homme du pass lui-mme sont comme trangers l'homme qu'on nousinvite tre. A Nuremberg dtruit par les bombes, on a reconstruit les maisonsdu XVIe sicle, mais en nous-mmes, c'est le contraire : en nous-mmes on veutconstruire une ville nouvelle qui nous fasse oublier les maisons d'autrefois.L'acceptons-nous ? En avons-nous mme conscience ? Quand on nous invite accepter le monde moderne, faire en nous-mmes un aggiornamento, une mise jour, comprenons-nous ce qu'on nous propose, dcelons-nous la manuvrequ'on mle subrepticement une indispensable rvision ? Savons-nous quellesrives on nous demande d'abandonner ? Et pour quel dclin ?

    Les mots mmes nous trompent, les mots surtout. On nous dit : c'est le

    fascisme qu'il faut abandonner sur les rivages des morts . Ce n'est pas lefascisme seulement que je vois au bout de ma lorgnette. C'est tout un continentque nous abandonnons. Et les mots ne servent qu' dguiser l'exode. Les fumesqui s'lvent des cits de la Plaine nous empchent de voir les collines heureusesque nous quittons jamais.

    Ce qui importe l'avenir, ce n'est pas la rsurrection d'une doctrine nid'une certaine forme de l'tat, encore moins d'un caporalisme et d'une police,c'est le retour une certaine dfinition de l'homme et une certaine hirarchie.

    Dans cette dfinition du l'homme, je place les qualits que j'ai dites, le sentimentde l'honneur, le courage, l'nergie, la loyaut, le respect de la parole donne, lecivisme. Et cette hirarchie que je souhaite, c'est celle qui place ces qualits au-dessus de tous les avantages donns par la naissance, la fortune, les alliances, etqui choisit l'lite en considration de ces seules quotits. L'autorit dans l'tatn'est rien d'autre que le respect de ces qualits et de cette hirarchie. Elle peuts'accommoder de beaucoup de tolrance quand ce rgne des meilleurs est tabli.Elle n'exige la perscution de personne ni l'viction de personne. Mais je crois

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    qu'aucune nation, aucune socit ne peuvent durer si les pouvoirs qui se fondentsur d'autres mrites que ceux-l ne sont pas essentiellement prcaires etsubalternes. Toute nation est conduite, certes, mais toute nation galement seconduit d'une certaine faon, toute nation a une conduite, noble ou basse,gnreuse ou perfide, comme on dit d'un homme qu'il a une bonne ou unemauvaise conduite. Une de nos erreurs actuelles est d'admettre trop facilementque ces choses-l n'ont aucune importance.

    Nous nous plaignons chaque jour de l'immoralit et nous ne daignons pasnous apercevoir que nous avons dtruit nous-mmes ou laiss dtruire toute unepartie des bases de la morale, qu'on les dtruit encore chaque jour devant nous.Les pousses que nous avons plantes la place des grands chnes abattus sontrabougries et se desschent. Et nous nous plaignons d'avancer dans un dsert.C'est que nous avons reconstruit les ponts, les usines, les villes que les bombesavaient crass, mais non les valeurs morales que la guerre idologique avaitdtruites. Dans ce domaine nous sommes encore devant un champ de ruines. Descloportes hantent ces ruines, on y trouve des vgtations inconnues, on yrencontre des visiteurs tranges. Le vide moral que nous avons cr n'est pasmoins menaant pour notre avenir que le vide gographique que nous avonslaiss s'installer au cur de l'Europe, mais nous ne le voyons pas.

    Tout le monde ne s'en plaint pas. Il y a beaucoup de gens qui s'arrangentde ce vide moral auquel ils trouvent des avantages. Ils ne se font peut-tre pas

    d'illusions sur son avenir, mais ils pensent que cet interrgne durera bien autantqu'eux. Cela leur suffit. Ils redoutent les temps encombrants o le courage fait dubruit, o l'nergie s'exhibe, o la loyaut se transforme en dcorations. Ils ontpeu de got pou les machinistes de ce dcor. Ils trouvent un peu chre la primequ'on leur demande pour leur scurit, le danger ne leur paraissant pas urgent.C'est en effet ainsi qu'on raisonnait en 1939. Mais surtout, les fantmes dont on apeupl leurs cervelles agitent leur sommeil : ils voient des chevaux noirs sedresser dans le ciel. Le courage, l'nergie, la loyaut, leur paraissent de gros motsinquitants. Ce vocabulaire de professeurs de gymnastique dbouche sur Sparte,

    l'enfant au renard, les soldats de l'an II, Robespierre, les canons qui remplacent lebeurre, et Napolon qui finit toujours par percer sous le jacobin Bonaparte. Ceslimites de leur cervelle ne sont pas pour rien dans leur dcouragement. Et si tantde gens se laissent faire sans protester l'opration qu'on fait aux matous pour lestransformer en chats paisibles, cest en grande partie parce qu'ils ne voient pastrs bien quoi peut leur servir ce qu'on leur enlve : ils pensent mmeconfusment que cela ne peut servir qu' de vilaines choses.

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    Il n'est pas inutile, peut-tre, d'essayer de les persuader que tout sert dansla vie, y compris les qualits qu'on regardait autrefois comme celles d'un homme.Essayons de les rassurer. Ce n'est pas d'une doctrine qu'ils ont besoin, comme onle rpte trop souvent, mais du sentiment d'une certaine parent. Montrons-leur

    donc les cercles concentriques qui s'tendent autour de la petite opration qu'onleur propose, autour du petit traitement auquel ils se prtent si volontiers, car ilest bnin, bnincomme disait monsieur Purgon.

    CHAPITRE I

    SUR LA ROUTE DU PROGRS

    Pour bien des gens, la disparition des qualits viriles, ou plus exactementleur dvaluation, n'est qu'un accident transitoire, qui n'est ni aussi dsastreuxqu'on le dit, ni aussi irrparable, ni aussi complet. Ils attestent les parachutistesqui leur ont fait grand peur et les astronautes qui leur inspirent une grandeadmiration. Je leur concde bien volontiers que le courage, les tireurs d'lite, etles recordmen n'ont pas tout fait disparu du monde o nous vivons Je nevoudrais toutefois pas qu'ils se laissent prendre ces apparences qui sont fort peureprsentatives de notre tournure d'esprit. Et je souhaiterais qu'ils voient un peumieux les consquences de ce qu'ils ont accept.

    Car, d'abord, ce que laggiornamento de la civilisation nous invite rejeter, c'est toute une partie instinctive, il faudrait presque dire animale de

    l'homme qui tait, nous ne le comprenons pas assez, une de ses armes contre lemachinisme et l'uniformisation.

    Le courage, l'endurance, l'nergie, l'esprit de sacrifice mme, sont chezl'homme des qualits de bte , du robustes et primitives qualits demammifres qui le classent parmi les animaux nobles qui survivent par leur forceet leur intelligence. Je me demande si la loyaut, mme, si trangre auxanimaux, n'est pas une de ces qualits pour ainsi dire biologiques : on nat avecune certaine noblesse dans le sang. Ces qualits tout animales ont fix autrefois

    le classement des hommes. A l'origine des castes que toutes les grandescivilisations ont tablies, il n'y a rien d'autre que leur existence et leurtransmission. Ces qualits n'appartiennent pas exclusivement ce qu'on appelledans notre histoire la noblesse d'pe . Ce sont aussi les qualits despionniers, celles des btisseurs de villes, celles des retres et des lgionnaires : etce sont aussi celles du peuple quand une cause ou une ncessit lui met les armesdans les mains. Il n'y a rien de grand dans l'histoire des hommes qu'on ait faitsans que ces qualits du sang y aient quelque part. Je ne vois que les premiers

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    chrtiens qui les aient refuses, passagers parmi les hommes comme sur uneterre trangre, indiffrents tout sauf ce qu'ils diraient devant leur Juge.

    Cette part instinctive de l'homme, cette part animale de lui-mme, le

    ramne sans cesse lui et par l elle lui sert de dfense, elle est mme sa terred'lection la fois contre les dnaturations intellectuelles qu'on cherche luiimposer et aussi contre le gigantisme et les cancers qui naissent de la civilisationindustrielle. Elle lui rappelle sa vocation paysanne, sa vocation familiale, savocation de dfenseur et...