Olivier Demazet Silhouettes

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DESCRIPTION

Recueil de poésie : portraits de personnages peints de manière humoristique

Text of Olivier Demazet Silhouettes

  • Olivier DEMAZET

    SILHOUETTES

    (Pomes et Thmes)

    1984

  • 2

    SILHOUETTES

  • 3

    Olivier DEMAZET

    SILHOUETTES

    POMES ET THMES

    1984

  • 4

  • 5

    Du mme auteur :

    Foi dAnimal (Paris 1978)

    Histoire de dire (Bordeaux 1982)

    Pages anthologiques (Paris, Brest, Chambry, Tours, Saint-Jean-de-Luz, Arige, Toulouse, 1963-1983)

    Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens srieux

    (Alphonse Allais).

    N.B. : Tous ces textes sont purement imaginaires.

  • 6

    PRFACE

    Se sont tus les grandes orgues piques et les violons

    lyriques du sicle dernier. Steignent leur tour les trompettes

    du Surralisme transformes par certains en borborygmes. Et,

    dans lindiffrence gnrale, les bredouillements hermtiques des

    esthtes purs retournent leur nant originel do les avaient

    fait sortir pour un temps le parisianisme et le voyeurisme dune

    poque dboussole.

    La place est nette. Ds lors, peut apparatre une posie

    autre, originale quant la forme et quant au fond.

    Une posie qui, nhsitant pas dcevoir les fanatiques de

    la rime (qui en ont vu bien dautres !), les amants inconditionnels

    de la symtrie, du bon ordre, du bien dire et du dire bien ,

    rejette le carcan dun classicisme dsuet, pour simposer ses

    propres rgles, souvent plus difficiles respecter quune dirse

    artificielle ou un S impratif la fin dun vers.

    Une posie qui ne privilgie plus ni les sanglots la lune,

    ni le stocisme farouche, ni le marbre froid de lArt pour lArt,

    mais se veut au contraire la fois de son poque et de tous les

    temps, et qui prtend trouver dans le quotidien de lhomme

    daujourdhui ce qui fait la fois la grandeur et la faiblesse de

    lHomme de toujours.

    De cette posie fleur de terre, fleur fleur, fleur

    dHomme, Olivier Demazet est lun des meilleurs reprsentants.

    Avec un matriau le plus souvent peu fertile en lments

    purement potique ( les poux , Actes notaris ,

    Polyclinique , LAvocate ), il sait trouver la posie l o on

    ne sattendrait pas la voir apparatre et parvient, dune

    boutade ou dun mot apparemment jet en lair, nous mouvoir.

  • 7

    Sa virtuosit (mais je sais quil naimerai pas ce terme)

    consiste jouer avec les mots pour leur faire rendre leur

    substantifique moelle , tout en sachant sarrter temps.

    Enseignant, Olivier Demazet connat la valeur des mots, il joue

    avec eux, mais sans se jouer deux car, si bon manipulateur

    de notre langue soit-on, ceux-ci finissent toujours par avoir ... le

    dernier mot. Et notre pote sait viter lcueil. Les meilleurs de

    ses textes supportent la comparaison avec ceux de ses illustres

    devanciers Raymond Queneau ou Jean Tardieu.

    Mais il ne sagit pas l dun jeu gratuit. On trouve souvent

    sous cette apparente jonglerie une profondeur et un

    engagement que ne dsavoueraient pas des auteurs rputs

    srieux . En tmoignant Le drapeau , Alerte , Nature

    morte , Un crtin .

    Remplacer le cri par un clin doeil, linvective par un

    haussement dpaules, la diatribe par la drision ; ajouter une

    bonne dose de tendresse ( Le fou ), un brin de gauloiserie

    ( Actes notaris ), une poigne dimages imprvues ; faire

    mijoter le tout dans un bain de dsinvolture et de fantaisie. Et

    agiter dune cadence tantt motive, tantt lgre, mais toujours

    prenante. Telle est la recette quOlivier Demazet a eu le

    bonheur de mettre au point, pour son propre plaisir et pour celui

    de ses lecteurs.

    Les voix (et les voies) de la posie sont multiples et

    varies. Et il es est bien ainsi. Aucune ne peut prtendre faire

    lunanimit. Mais, croyez-moi, celles que vous allez dcouvrir

    dans ces Silhouettes sont le produit dune inspiration

    gnreuse et dune forme cachant, sous une feinte facilit, le

    mtier consomm dun amoureux de notre langue, qui a rsolu

    pour le mieux le double problme de faire sourire tout en

    donnant penser, tout en demeurant clair.

    Gilbert PATOUT,

    Psychologue, Pote - Nmes.

  • 8

    A Emmanuel Marteau (post mortem)

    LE PEINTRE

    Du fond du cur de son pinceau,

    plong dans son me en couleurs

    un peintre peignait et repeignait

    la ville de Paris

    en promenade sur les rives de la Seine

    Un clochard en chapeau hirsute

    et godillant de la savate,

    vint jeter son pav

    dans les ondes du peintre.

    Tu naurais pas, dis ...

    une cigarette ...

    et puis ... une allumette ?

    Et repartant,

    ainsi quun tortillard,

    il se remit jusqu' six fois

    sur cette mme voie.

    Tu consumes beaucoup,

    dit le peintre.

    Tu nas donc pas damis ?

    dit le clochard.

    Il ny a que de petits sujets pour de petites mes

    (Balzac)

  • 9

    LE FOU

    Enfin, Quel est ce grand fou, monsieur ?

    direz-vous. Non ! il est amoureux !

    Font ses yeux resplendir le soleil,

    sonnent, des toiles, le rveil,

    Et grandes ouvertes ses oreilles

    sont lafft des chansons du ciel.

    Sa vois rsonne sur cette terre

    et fait taire tous les cris du fer.

    Sous chaque pas, doucement seffacent

    le sang, les pleurs qui pleuvaient des traces.

    Il est, direz-vous, fous lier, fou !

    Non ! Amoureux, amoureux de tout !

    LE MONTE EN LAIR

    A moi tout lair,

    moi la mer,

    moi la terre

    et lunivers !

    Je suis le monte en lair

    qui vous a entrouvert

    le coffret des bijoux

    au salon des fous doux ...

    N.B. : Jaime ces petites folies pas si folles.

  • 10

    Faon de parler ...

    MONSIEUR MI

    Cest Monsieur Mi qui chante en mi,

    en mi mineur, car il nest pas majeur.

    Il parle mi-voix et sarrte mi-chemin.

    Il travaille mi-temps

    et reste toujours mi-figue, mi-raisin,

    mi-fugue, mi raison.

    Cest Monsieur Mi qui chante en mi,

    en mi mineur, car il nest pas majeur.

    TORDU

    Si tu as attendu pour tre mordu,

    tu nas pas attendu pour tre tordu.

    En ce monde vendu, tout est distordu.

    Maurais-tu entend, sordide dtendu ?

    Tu tes bien rpandu, mais te voici tordu.

    Comme on lui avait dit que sa tte tait son meilleur

    capital, il alla la dposer en banque

    (Jacques Sternberg)

  • 11

    Aux fatigus, mais heureux

    BLONDE

    Il adora une grie blonde

    Il fantasma sur la clameur blonde

    Il sanima sur la mare blonde

    Il crma la secrte blonde

    Il sanima dans lcume blonde

    Il sabma dans la splendeur blonde

    Il sexclama O tempte blonde

    Il sublima dans les senteurs blondes

    VENDANGES

    Jagrippe les grappes,

    jattrape la grippe.

    La grippe mtrique,

    les grappes me traquent.

    La saison draisonne,

    ma raison pamoisonne.

    Le chemin est si doux du plaisir au bonheur

    (Musset)

  • 12

    Si tu ne veux pas la guerre,

    prpare la paix

    ASSOURDIS

    Assourdis par les bruits

    de bottes fires,

    assourdis par les bruits

    de guerre sotte,

    coutons,

    les chants damour

    des troubadours.

    Nous, les ennemis,

    nous, tous les amis !

    UN OCCITAN

    Un Occitan ma dit :

    LOccitanie, dis,

    sans la France, dis,

    cest les vacances, dis,

    Mais la France, dis,

    plus lOccitanie, dis

    cest le Paradis.

    PAR LPE

    Sadate est mort la hte.

    La paix sendort par lpe.

  • 13

    Cherchez dans le dictionnaire

    LEXPLICATION

    Vous avez du malheur, des ennuis, des checs.

    On ne vous aime pas. On ne vous comprend pas

    Vous avez vos raisons et des torts, coup sr.

    Mais moi, je sais pourquoi. Voici lexplication.

    Ou vous manquez dargent, ou vous manquez dappuis.

    Ou vous manquez de chance, ou vous manquez de chien.

    Ou vous manquez dides, ou vous manquez dtoffe.

    Ou vous manquez de tact, ou vous manquez de cur.

    FAINANT

    Tire-ligne, Tire-lire.

    Tire-bouchon. Tir au pigeon.

    Tire au flanc. Fainant

    Prends ton dictionnaire.

    La vrit, fut-elle douloureuse, ne peut blesser que

    pour gurir (Andr Gide)

  • 14

    Aux Obscurs

    ON VOUS TIRE

    On vous tire vue de nez ?

    Debout les derniers ns !

    On vous tire bout portant ?

    Debout les bien portants !

    On vous tire comme des lapins ?

    Debout comme des sapins !

    On vous tire en plein cur ?

    Debout les vainqueurs !

    La mort se tire sous votre tire-nez,

    et sous vos tirs de pieds-de-nez.

    QUI ?

    Qui est-il ? Un pote ?

    Un joueur de mots ? Un joueur dides ?

    Un marchand de phrases ?

    Un marchand de priphrases ?

    Un crivain ? Un homme vain ?

    Un homme de lettre ?

    Il est lhomme de ltre, de tous son tre,

    lesprit, la lettre !

  • 15

    Malgr mon respect ...

    LA PUCELLE LA NUIT

    Un ftard arpentant

    la place dOrlans

    observa un moment

    un noble monument :

    la Pucelle cheval,

    statue sur pidestal.

    Livrogne appareilla :

    Il parat quelle est belle !

    Mais o dont est-elle ?

    La jument ou la fille ?

    O Pucelle O broutille !

    LE CHEF DE TRAIN

    Garde vous !

    hurla le chef de tra