Bardèche maurice sparte et les sudistes

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    28-Aug-2014

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  • SPARTE ET LES SUDISTES Il A ETE TIRE DE CET OUVRAGE CENT EXEMPLAIRES SUR PAPIER INGRES DE LANA CONSTITUANT L'DITION ORIGINALE NUMROTS DE 1 A 100 MAURICE BARDCHE SPARTE ET LES SUDISTES PYTHAS Pythas n'tait qu'un armateur de Marseille, il naviguait ses risques et prils travers des mers inconnues, son vaisseau tait quip ses frais : et ce sembla plus tard une merveille, mme aux yeux des Grecs, qu'un des leurs et pu aller si loin avec ses seules ressources, contre vents et mares, haines et lgendes ... Pythas, 1994 ISBN 2-910082-00-8 NOTE DE L'DITEUR La prsente dition inclut le chapitre II, Biographie intellectuelle d'un nationaliste, tel qu'il se prsentait dans l'dition hors commerce publie aux dpens de l'auteur et tire une centaine d'exemplaires, mais qui faisait dfaut dans l'dition courante publie par Les Sept Couleurs en 1969. Avoir des manires bienveillantes et douces pour instruire les hommes, avoir de la compassion peur les insenss qui se rvoltent contre la raison, voil la force virile propre au vent du Sud: c'est elle que
  • s'attachent les sages. Faire sa cuirasse de lames de fer et sa couche de peaux de btes sauvages, contempler sans frmir les approches de la mort, voil la force virile propre au vent du Nord : et c'est elle que, s'attachent les braves . TCHOUANG-YOUNG, Trait de la conduite du sage, par un disciple de Confucius. PROLOGUE C'est peut-tre un grand malheur de ne pas allumer les lampions quand les autres les allument. Je n'ai pas sorti mes drapeaux pour la victoire des dmocraties. Je me sentais en quarantaine : il me semblait que toute une partie de moi-mme avait t vaincue. Je suis rest depuis ce temps un tranger parmi les hommes de mon temps. Le monde qui se construisait sous mes yeux, il me semblait qu'il opprimait ce qui, en moi, me paraissait le plus vivace. Celte rpulsion s'tendait beaucoup de choses. Je dtestais le plastique, la publicit, le chewing-gum. plus tard je m'habituai mal certains ornements en nylon et au chandail qui devint le costume ordinaire des ecclsiastiques. Il ne me venait pas la pense que ces rpugnances pussent tre trangres l'une l'autre. On m'avait impos une religion et je refusais les eaux du baptme : et en mme temps que les eaux du baptme, la gandhoura, le fez, les babouches qu'il fallait dsormais porter. Des milliers d'hommes taient comme moi et regardaient avec suspicion le nouvel uniforme du croyant. C'est qu'en effet, le tournant du XXe sicle avait t marqu par une guerre de religion, cela, nous le savions tous. Mais nous ne savions pas bien ce qu'tait une guerre de religion. Nous croyions, en nous rfrant ce qu'on appelait dans le pass guerre de religion , que l'objectif tait d'extirper l'hrsie, que cela n'allait pas au-del de la destruction des temples et du bcher des pasteurs, rsultats qui furent gnralement supports avec patience. Nous ne savions pas, parce que nous ne faisions rfrence qu' notre propre histoire, que la victoire d'une religion est aussi la victoire d'un Koran et l'instauration d'une certaine optique qui colore toutes choses : non seulement la politique, mais les
  • moeurs, les habitudes, les jugements qu'on porte sur les choses, en un mot, toute la vie. En proclamant le triomphe d'une certaine religion, il a donc fallu dtruire non seulement les structures, mais plus profondment une certaine manire d'tre. Et l'tendue et la porte de ces destructions ont t peu aperues en gnral. Car l'hrsie avait des racines, un certain mode de sensibilit, une certaine prdisposition de l'tre humain qu'il a fallu, en mme temps qu'on dtruisait l'hrsie, changer et expurger. Et c'est un sang nouveau qu'il fallait transvaser dans toute une catgorie d'tres humains, si l'on voulait voir disparatre jamais une certaine morale et, finalement, une certaine conception de la vie. Or, c'est toute une partie de la morale commune qui a t atteinte en mme temps, car les morales hrtiques ne sont pas des fleurs monstrueuses qui naissent de quelque terreau empoisonn, elles ne font que dvelopper par lection certaines branches de la morale commune. Il n'est pas difficile de voir quelles sont les branches de la morale commune, de la morale la plus traditionnelle, qui ont t dlabres et saccages par la condamnation porte sur une certaine dfinition de l'homme. Le devoir de discipline, le respect de la parole donne, le culte de l'nergie et des vertus viriles, le choix des hommes en fonction de leur courage et de leur attitude devant la vie, sont devenus galement vertus et mthodes suspectes parce qu'elles avaient conduit une obissance qu'on jugeait aveugle, une fidlit qui avait t dclare criminelle, un idal humain qu'on regardait comme barbare, et qu'elles risquaient d'tablir une hirarchie qu'on refuse. Et, avec cette morale, c'est toute une famille de l'espce humaine qu'on mettait la porte de la civilisation. Cette exclusion tait d'autant plus singulire que ce temprament avait t jadis non seulement tolr, mais exalt par la Rpublique. Quand j'tais enfant et que j'admirais Lazare Canot, Hoche, Desaix, Klber, et aussi le petit Viala et le tambour Bara, et mme Danton et plus tard Clemenceau, c'est cette espce d'hommes qu'on me recommandait d'admirer. Et plus tard, dans cet autre livre d'images qu'est l'histoire romaine, c'tait Regulus, c'tait Cincinnatus, c'tait Horatius Cocles, hros de cette rpublique exemplaire qui avait nourri tant de gnrations. Toute ma jeunesse de bon lve se rvoltait contre la religion nouvelle. Et mme le petit Jacobin que j'avais t quatorze ans se rveillait en moi, ne comprenant plus pourquoi on
  • dgradait sur le front de l'histoire ces hommes de bronze qu'on m'avait appris aimer. Je ne reconnaissais pas dans le dmocrate de 1945 le bon petit lve de l'cole communale que j'avais t, le boursier que j'avais t, le fils de petit fonctionnaire radical-socialiste que j'avais t, et qu'au fond je n'ai pas cess d'tre. Alors j'avais l'impression que cette nuclation qu'on avait fait subir l'Europe la suite de la guerre, ce n'tait pas l'Europe seule qu'elle avait touche, mais toute la civilisation, l'espce humaine tout entire. De mme qu'en supprimant au coeur de l'Europe l'antique Allemagne, ce tronc germanique partir duquel elle s'tait forme dans le pass, on avait fait subir l'Europe une ablation monstrueuse aprs laquelle elle n'tait plus qu'un cheval aveugle qui s'appuie et se frotte machinalement sur son bat-flanc atlantique, sans force et incertain, ainsi en dracinant dans le monde moral certaines qualits lmentaires, en liminant certains mtaux qui avaient compos jusqu' prsent l'alliage humain que nous connaissons, c'tait toute une sensibilit que nous avions extirpe, toute une image de l'homme, non pas seulement un rgime mais tout un monde qui venait avec, botte de racines qu'on enlve avec la plante. Si bien que nous vivions dans un monde moral d'une certaine faon dcervel. Lhistoire du pass ne dbouchait plus sur l'homme d'aujourd'hui. La culture du pass, l'homme du pass lui-mme sont comme trangers l'homme qu'on nous invite tre. A Nuremberg dtruit par les bombes, on a reconstruit les maisons du XVIe sicle, mais en nous-mmes, c'est le contraire : en nous-mmes on veut construire une ville nouvelle qui nous fasse oublier les maisons d'autrefois. L'acceptons-nous ? En avons-nous mme conscience ? Quand on nous invite accepter le monde moderne, faire en nous-mmes un aggiornamento, une mise jour, comprenons- nous ce qu'on nous propose, dcelons-nous la manuvre qu'on mle subrepticement une indispensable rvision ? Savons-nous quelles rives on nous demande d'abandonner ? Et pour quel dclin ? Les mots mmes nous trompent, les mots surtout. On nous dit : c'est le fascisme qu'il faut abandonner sur les rivages des morts . Ce n'est pas le fascisme seulement que je vois au bout de ma lorgnette. C'est tout un continent que nous abandonnons. Et les mots ne servent qu' dguiser l'exode. Les fumes qui s'lvent des cits de la Plaine nous empchent de voir les collines heureuses que nous quittons jamais. Ce qui importe l'avenir, ce n'est pas la rsurrection d'une doctrine
  • ni d'une certaine forme de l'tat, encore moins d'un caporalisme et d'une police, c'est le retour une certaine dfinition de l'homme et une certaine hirarchie. Dans cette dfinition du l'homme, je place les qualits que j'ai dites, le sentiment de l'honneur, le courage, l'nergie, la loyaut, le respect de la parole donne, le civisme. Et cette hirarchie que je souhaite, c'est celle qui place ces qualits au-dessus de tous les avantages donns par la naissance, la fortune, les alliances, et qui choisit l'lite en considration de ces seules quotits. L'autorit dans l'tat n'est rien d'autre que le respect de ces qualits et de cette hirarchie. Elle peut s'accommoder de beaucoup de tolrance quand ce rgne des meilleurs est tabli. Elle n'exige la perscution de personne ni l'viction de personne. Mais je crois qu'aucune nation, aucune socit ne peuvent durer si les pouvoirs qui se fondent sur d'autres mrites que ceux-l ne sont pas essentiellement prcaires et subalternes. Toute nation est conduite, certes, mais toute nation galement se conduit d'une certaine faon, toute nation a une conduite, noble ou basse, gnreuse ou perfide, comme on dit d'un homme qu'il a une bonne ou une mauvaise conduite. Une de nos erreurs actuelles est d'admettre trop facilement que ces choses-l n'ont aucune importance. Nous nous plaignons chaque jour de l'immoralit et nous ne daignons pas nous apercevoir que nous avons dtruit nous-mmes ou laiss dtruire toute une partie des bases de la morale, qu'on les dtruit encore chaque jour devant nous. Les pousses que nous avons plantes la place des grands chnes abattus sont rabougries et se desschent. Et nous nous plaignons d'avancer dans un dsert. C'est que nous avons reconstruit les ponts, les usines, les villes que les bombes avaient crass, mais non les valeurs morales que la guerre idologique avait dtruites. Dans ce domaine nous sommes encore devant un champ de ruines. Des cloportes hantent ces ruines, on y trouve des vgtations inconnues, on y rencontre des visiteurs tranges. Le vide moral que nous avons cr n'est pas moins menaant pour notre avenir que le vide gographique que nous avons laiss s'installer au cur de l'Europe, mais nous ne le voyons pas. Tout le monde ne s'en plaint pas. Il y a beaucoup de gens qui s'arrangent de ce vide moral auquel ils trouvent des avantages. Ils ne se font peut-tre pas d'illusions sur son avenir, mais ils pensent que cet interrgne durera bien autant qu'eux. Cela leur suffit. Ils redoutent les temps encombrants o le courage fait du bruit, o l'nergie s'exhibe, o la loyaut se transforme en dcorations. Ils ont peu de got pou les
  • machinistes de ce dcor. Ils trouvent un peu chre la prime qu'on leur demande pour leur scurit, le danger ne leur paraissant pas urgent. C'est en effet ainsi qu'on raisonnait en 1939. Mais surtout, les fantmes dont on a peupl leurs cervelles agitent leur sommeil : ils voient des chevaux noirs se dresser dans le ciel. Le courage, l'nergie, la loyaut, leur paraissent de gros mots inquitants. Ce vocabulaire de professeurs de gymnastique dbouche sur Sparte, l'enfant au renard, les soldats de l'an II, Robespierre, les canons qui remplacent le beurre, et Napolon qui finit toujours par percer sous le jacobin Bonaparte. Ces limites de leur cervelle ne sont pas pour rien dans leur dcouragement. Et si tant de gens se laissent faire sans protester l'opration qu'on fait aux matous pour les transformer en chats paisibles, cest en grande partie parce qu'ils ne voient pas trs bien quoi peut leur servir ce qu'on leur enlve : ils pensent mme confusment que cela ne peut servir qu' de vilaines choses. Il n'est pas inutile, peut-tre, d'essayer de les persuader que tout sert dans la vie, y compris les qualits qu'on regardait autrefois comme celles d'un homme. Essayons de les rassurer. Ce n'est pas d'une doctrine qu'ils ont besoin, comme on le rpte trop souvent, mais du sentiment d'une certaine parent. Montrons-leur donc les cercles concentriques qui s'tendent autour de la petite opration qu'on leur propose, autour du petit traitement auquel ils se prtent si volontiers, car il est bnin, bnin comme disait monsieur Purgon. CHAPITRE I SUR LA ROUTE DU PROGRS Pour bien des gens, la disparition des qualits viriles, ou plus exactement leur dvaluation, n'est qu'un accident transitoire, qui n'est ni aussi dsastreux qu'on le dit, ni aussi irrparable, ni aussi complet. Ils attestent les parachutistes qui leur ont fait grand peur et les astronautes qui leur inspirent une grande admiration. Je leur concde bien volontiers que le courage, les tireurs d'lite, et les recordmen n'ont pas tout fait disparu du monde o nous vivons Je ne voudrais toutefois pas qu'ils se laissent prendre ces apparences qui sont fort peu reprsentatives de notre tournure d'esprit. Et je souhaiterais qu'ils voient un peu mieux les consquences de ce qu'ils ont accept. Car, d'abord, ce que laggiornamento de la civilisation nous invite
  • rejeter, c'est toute une partie instinctive, il faudrait presque dire animale de l'homme qui tait, nous ne le comprenons pas assez, une de ses armes contre le machinisme et l'uniformisation. Le courage, l'endurance, l'nergie, l'esprit de sacrifice mme, sont chez l'homme des qualits de bte , du robustes et primitives qualits de mammifres qui le classent parmi les animaux nobles qui survivent par leur force et leur intelligence. Je me demande si la loyaut, mme, si trangre aux animaux, n'est pas une de ces qualits pour ainsi dire biologiques : on nat avec une certaine noblesse dans le sang. Ces qualits tout animales ont fix autrefois le classement des hommes. A l'origine des castes que toutes les grandes civilisations ont tablies, il n'y a rien d'autre que leur existence et leur transmission. Ces qualits n'appartiennent pas exclusivement ce qu'on appelle dans notre histoire la noblesse d'pe . Ce sont aussi les qualits des pionniers, celles des btisseurs de villes, celles des retres et des lgionnaires : et ce sont aussi celles du peuple quand une cause ou une ncessit lui met les armes dans les mains. Il n'y a rien de grand dans l'histoire des hommes qu'on ait fait sans que ces qualits du sang y aient quelque part. Je ne vois que les premiers chrtiens qui les aient refuses, passagers parmi les hommes comme sur une terre trangre, indiffrents tout sauf ce qu'ils diraient devant leur Juge. Cette part instinctive de l'homme, cette part animale de lui-mme, le ramne sans cesse lui et par l elle lui sert de dfense, elle est mme sa terre d'lection la fois contre les dnaturations intellectuelles qu'on cherche lui imposer...